أنا أؤمن بأنه توجـد عدالة سماويّة, وأن جميع ما يُصيبنا في الحياةِ الدنيا من مُنغصات انَّ هـو الاّ جـزاءٌ وفاق لِما أجترحناه في أدوارنا السابقة من آثـامٍ وشـرور.ولهـذا يجب علينا أن نستقبلَ كلّ مـا يحـلّ بنـا من آلامِ الحياةِ ومآسيها غير مُتبرّمين ولا متذمّرين , بل قانعين بعدالةِ السماء ونُظمها السامية.

Highlighter
أحبُّ الكُتُبَ حبَّ السُكارى للخمر , لكنَّني كلَّما أزددتُ منها شرباً, زادتني صَحوا
ليس مّنْ يكتُبُ للهو كمَن يكتُبُ للحقيقة
الجمالُ والعفّــة فـردوسٌ سماويّ .
لا معنى لحياةِ ألأنسان اذا لم يقم بعملٍ انسانيٍّ جليل .
اعمل الخير , وأعضد المساكين , تحصل على السعادة .
من العارِ أن تموتَ قبل أن تقـوم بأعمالِ الخير نحـو ألأنسانيّة .
الموتُ يقظةٌ جميلة ينشُدها كل مَنْ صَفَتْ نفسه وطَهرت روحه , ويخافها كلّ من ثقُلت أفكاره وزادت أوزاره .
ان أجسامنا الماديّة ستمتدّ اليها يـد ألأقـدار فتحطِّمها , ثمّ تعمل فيها أنامل الدهـر فتتَّغير معالمها , وتجعلها مهزلةً مرذولة . أمّا ألأعمال الصالحة وألأتجاهات النبيلة السّامية , فهي هي التي يتنسَّم ملائكة اللّه عبيرها الخالد .
نأتي إلى هذا العالمِ باكين مُعولين، و نغادره باكين مُعولين! فواهً لك يا عالمَ البكاء والعويل!
جميعنا مُغترٌّ مخدوعٌ ببعضه البعض.
العدلُ كلمة خُرافية مُضحكة.
أمجادُ هذا العالم وهمٌ باطل، و لونٌ حائل، و ظلٌّ زائل.
لا باركَ الله في تلك الساعة التي فتحتُ فيها عينيّ فإذا بي في مكانٍ يطلقون عليه اسم العالم .
أنا غريبٌ في هذا العالم، و كم احنُّ إلى تلك الساعة التي اعود فيها إلى وطني الحقيقيّ.
الحياةُ سفينةٌ عظيمة رائعة تمخرُ في بحرٍ، ماؤه الآثام البشريَّة الطافحة، و امواجه شهواتهم البهيميَّة الطامحة، و شطآنه نهايتهم المؤلمة الصادعة.
كلّنا ذلك الذئبُ المُفترس , يردع غيره عن اتيانِ الموبقاتِ وهو زعيمها وحامل لوائها , المُقوّض لصروح الفضيلة , ورافع أساس بناءِ الرذيلة .
الحياةُ سلسلة اضطراباتٍ وأهوال , والمرءُ يتقلَّب في أعماقها , حتى يأتيه داعي الموت, فيذهب الى المجهولِ الرهيب , وهو يجهلُ موته , كما كان يجهلُ حياته .
من العارِ أن تموتَ قبل أن تقومَ بأعمالِ الخير نحو الانسانيّة .
المالُ ميزان الشرِّ في هذا العالم .
السعادةُ ليست في المال , ولكن في هدوءِ البال .
كلُّ شيءٍ عظيمٍ في النفسِ العظيمة , أمّا في النفسِ الحقيرة فكلُّ شيءٍ حقير .
الرُّوح نسمةٌ يُرسلها الخالق لخلائقه لأجل , ثم تعودُ اليه بعجل .
الرُّوح نفثةٌ الهيَّة تحتلُّ الخلائق , وكل منها للعودة الى خالقها تائق .
الرُّوح سرٌّ الهيٌّ موصَدْ لا يعرفه الاّ خالق الأرواح بارادته , فمنه أتتْ واليه تعود .
أنا أؤمن بأنه توجـد عدالةٌ سماويّة , وأنَّ جميع ما يُصيبنا في الحياةِ الدُّنيا من مُنغِّصاتٍ وأكدارٍ انَّ هـو الاَّ جـزاء وفاق لمِا أجترحناه في أدوارنا السابقة من آثـامٍ وشـرور . ولهـذا يجب علينا أن نستقبل كلَّ مـا يحـلُّ بنـا من آلام الحياة ومآسيها غير م
الحرّيةُ منحة من السماءِ لأبناءِ ألأرض .
الموتُ ملاكُ رحمةٍ سماويّ يعطف على البشر المُتألّمين , وبلمسةٍ سحريّة من أنامله اللطيفة يُنيلهم الهناء العلويّ .
ما أنقى من يتغلّب على ميولِ جسده الوضيع الفاني , ويتبع ما تُريده الرُّوح النقيّة .
ما أبعدَ الطريق التي قطعتها سفينتي دون أن تبلغَ مرفأ السلام ومحطَّ الأماني والأحلام .
الراحة التامّة مفقودة في هذا العالم , وكيفما بحثت عنها فأنت عائدٌ منها بصفقةِ الخاسر المَغبون .
ليس أللّــه مع الظالم بل مع الحقّ.
ان الصديق الحقيقي لا وجود له في هذا العالم الكاذب.
ما أكثر القائلين بالعطف على البائسين وغوث الملهوفين والحنو على القانطين , وما أقلَّ تنفيذهم القول.
يظنُّ بعض ألأنذال ألأدنياء أنّهم يُبيّضون صحائفهم بتسويدِ صحائف الأبرياء , غير عالمين بأنَّ الدوائر ستدور عليهم وتُشهّرهم.
ما أبعدَ الطريق التي قطعتها سفينتي دون أن تبلغَ مرفأ السَّلام ومحطَّ الأماني والأحلام .
رهبة المجهول شقاء للبشرِ الجاهلين للأسرارِ الروحيَّة , وسعادة للذين تكشّفت لهم الحقائق السماويَّة .
الموتُ نهاية كل حيّ , ولكنه فترة انتقال : امّا الى نعيم , وامّا الى جحيم .
الحياةُ خير معلِّمٍ ومُؤدِّب , وخيرَ واقٍ للمرءِ من الأنزلاقِ الى مهاوي الحضيض .
حين تشكُّ بأقربِ المُقرَّبين اليك تبدأ في فهمِ حقائق هذا الكون .
مَنْ يكون ذلك القدّيس الذي لم تخطرُ المرأة في باله ؟ لو وجدَ هذا لشبَّهته بالآلهة .
المرأة هي إله هذه الأرض الواسع السُّلطان. و هي تحملُ بيدها سيفاً قاطعاً لو حاولَ رجالُ الأرض قاطبةً انتزاعه منها لباؤوا بالفشلِ و الخذلان .

Born again French

 

Salim Onbargi

 

 

 

Ma Renaissance

Grâce au

Docteur Dahesh

 

 

Un voyage à la découverte de l’homme et de sa philosophie et

du message spirituel le plus éclairé de tous les temps

 

 

Anne Kombargi

Déc. 25.2008


 

Dédicace

 

 

À l’homme qui donna un but et un sens à ma vie.

À l’homme qui réenflamma ma foi en Dieu

Et ses justes voies.

À l’homme qui éleva mon âme et lui donna espoir

Quand tout semblait vide et sans signification.

À lui qui s’opposa fermement au mal

Dans toutes ses formes avec courage et défiance.

Au message divin qu’il prêcha et auquel il consacra sa vie.

À tous les nobles principes qu’il représenta

Et pour lesquels il vécut.

Au Docteur Dahesh je dédie ce livre.

 


 

Introduction

 

« Introduction au Daheshisme » était le titre d’un article dans lequel je racontais ma première rencontre avec le docteur Dahesh, un homme extraordinaire qui a donné naissance à une nouvelle philosophie religieuse.

 

La Daheshist Publishing Company (une maison d’édition) à New York m’avait écrit pour me demander un article concis de quatre pages décrivant comment j’avais fait la connaissance du docteur Dahesh et pourquoi j’étais devenu daheshiste.

 

Cette commande d’un texte en anglais, une langue que je ne maîtrisais pas parfaitement, ne m’enthousiasmait pas vraiment. Je n’étais pas certain de pouvoir écrire correctement. Malgré mes doutes et mes hésitations, je décidais de faire un essai, par respect pour Vout, une sœur daheshiste (les daheshistes s’appellent entre eux frère ou sœur, pour marquer le lien spirituel des individus les uns envers les autres). Pendant plusieurs années, c’est cette même Vout qui m’incita à écrire en anglais mes expériences daheshistes. Sans ses exhortations et ses encouragements constants, je n’aurai jamais pensé écrire ce livre.

 

Je me souviens avoir expliqué à Vout, en présence du Docteur Dahesh qui était alors malade, que j’étais incapable d’écrire un tel livre en anglais. Mes connaissances dans cette langue se limitaient à la rédaction de lettres et rapports commerciaux. Mais rien ne la dissuadait. Elle continua d’insister arguant que j’avais une histoire importante à raconter. Elle était convaincue que j’étais capable d’écrire un tel livre. Je garde une dette envers elle pour sa confiance inébranlable.

 

Je suis également reconnaissant envers Haimanola, une jeune daheshiste dévouée et fort intelligente dont le soutien efficace m’a poussé à développer l’article d’origine de quatre pages pour rédiger un livre. Après avoir lu mon premier récit, elle me pressa de continuer à écrire tout ce que je pouvais de mes expériences avec le docteur Dahesh. Depuis le tout début, elle a pris en charge les écrits que j’envoyais à la Dahesh Publishing Company, faisant en sorte que tous mes envois soient présentés fidèlement et correctement mis en forme pour être imprimés.

 

Je remercie aussi ma fille Suzanne, qui s’est portée volontaire avec empressement pour mettre au point tout ce que j’écrivais, notamment pour corriger les nombreuses fautes de grammaire. Je souhaite aussi remercier mon ami M. Charles Meinhardt qui m’assista pour l’édition finale du livre, ainsi que ma femme Kathleen qui m’a aidé à me remémorer précisément les souvenirs de certains des événements que j’ai mentionnés.

 

D’une part, j’ai dû raconter mes expériences avec le docteur Dahesh dans une langue qui n’est pas la mienne, ce qui n’était pas simple du tout. Et d’autre part, j’ai dû sans cesse fouiller dans ma mémoire pour retrouver tous les événements décrits, et mes souvenirs de voyages avec le docteur Dahesh. Je regrette de ne pas avoir tenu de journal durant les deux ans pendant lesquels j’ai été son compagnon de route. Des notes m’auraient bien servies à évoquer précisément de la façon dont tous ces événements se sont déroulés.

Les descriptions des voyages du docteur, que j’ai retrouvées dans ses livres, m’ont beaucoup aidé et m’ont ramené en mémoire des événements importants. Mais elles ne me furent d’aucun secours pour retrouver les paroles exactes ou les révélations précises. Je regrette beaucoup de ne pas me souvenir des mots employés par le docteur dans des moments particuliers mentionnés dans le livre. Néanmoins, j’ai toujours tenté de rester aussi fidèle et proche que possible de la parole et des suggestions du docteur Dahesh.

 

La dernière difficulté à laquelle je me suis heurté lors de la rédaction de ce livre fut lorsque j’essayais de faire comprendre certains aspects de la philosophie daheshiste et ses principes, dans des termes faciles à comprendre par tous. Expliquer, par exemple, certains aspects de la nature et des caractéristiques d’un « Sayal » était extrêmement compliqué. Ce principe fondamental du Daheshisme, qui est la base de la compréhension de la religion Daheshiste, est une idée complexe que j’ai essayée de simplifier. J’ai mis un temps considérable pour réfléchir au concept daheshiste du Sayal et à la façon de le traduire en un texte compréhensible. J’ai rassemblé et mélangé toutes les idées que j’avais tirées de mes lectures des livres du docteur Dahesh ou le concernant parus à l’époque, et de nos conversations. J’ai intégré les révélations et les miracles du docteur Dahesh en rapport avec le concept daheshiste de Sayal; comme, par exemple, la concrétisation instantanée de pensées en objets. Je me suis également référé à des articles scientifiques, à la Bible et au Coran, afin de rendre les concepts daheshistes plus accessibles au lecteur. Puis, j’ai dû écrire encore et encore sur ce sujet, de nombreuses fois, en arabe, pour clarifier certains points, avant d’être capable de l’exprimer en anglais.

 

Ce que j’ai écrit à propos des Sayal était seulement la partie de ce qu’il m’était donné de voir de leur globalité car, à mon avis, la réalité des Sayal reste un secret spirituel qui ne peut être entièrement compris. La réalité des Sayal est un défi à l’imagination, à l’expérience et au raisonnement humain. Elle est bien au-delà de notre capacité de conception, de compréhension ou même de notre capacité à l’exprimer avec des mots.

 

Le livre débute par les circonstances de ma rencontre avec le docteur Dahesh et la première fois où j’ai été témoin de certains de ses miracles. Ensuite, je raconte mon retour des États-Unis pour vivre au Liban. Les difficultés auxquelles j’ai dû faire face pour gagner ma vie là-bas. Au milieu de mon récit, je décris comment j’ai été de plus en plus attiré vers le docteur Dahesh et son message spirituel. Il m’a fallu bien du temps pour prendre peu à peu conscience du fait que le docteur était le fondateur d’une nouvelle religion, basée sur des révélations divines et des miracles. Je relate certains voyages entrepris avec lui et les événements spirituels inhabituels qui les ont émaillés. J’ai essayé de donner au lecteur quelques aperçus précis et un certain éclairage sur l’extraordinaire unicité de la réalité de l’homme à qui j’ai été intimement lié pendant plus de vingt ans. J’ai aussi tenté d’expliquer brièvement certaines de ses idées et de ses enseignements que j’ai retenus de ma longue association avec lui. Vers la fin du texte, j’évoque la destruction du Liban et le triste destin de la civilisation. Enfin, je résume ce que l’expérience daheshiste a été pour moi, et les enseignements du docteur Dahesh qui est et restera dans mon cœur et mes pensées pour toujours. Ce livre que j’ai intitulé « Ma renaissance avec le docteur Dahesh » est ma propre interprétation de cet homme et de sa philosophie, le plus lumineux message spirituel de tous les temps.

 


 

Chapitre Premier

 

Ma première rencontre avec le Daheshisme remonte à l’été 1963. J’étais rentré des États-Unis au Liban. Je venais rejoindre ma mère et ma famille pour partager le chagrin et trouver la consolation à la suite du décès de mon père. Il était mort quelques semaines auparavant, foudroyé par une attaque cardiaque. L’annonce tragique m’était parvenue à Chicago. Je travaillais comme ingénieur industriel pour une société de manufacture. J’avais été embauché après deux années de recherche exténuantes, de privations et d’épreuves. Je commençais juste à bien gagner ma vie lorsque la triste nouvelle tomba. Je demandai à la société la permission de m’absenter six semaines. J’empruntai alors quelques centaines de dollars et partis pour le Liban, laissant derrière moi ma femme, enceinte, et notre petite fille.

 

Je venais à peine de me remettre du choc de la perte de mon père quand mon jeune frère Ali, de 7 ans mon cadet, commença à me parler du docteur Dahesh, un homme qu’il admirait et révérait immensément. Il me pressait constamment de l’accompagner pour lui rendre visite. Il ne tarissait pas de paroles sur les merveilleux et incroyables miracles que le docteur Dahesh était capable de réaliser et du nouveau message spirituel et religieux qu’il professait. À cette époque, je n’étais intéressé ni par les miracles, auxquels je ne croyais pas, ni par un soi-disant message spirituel. J’étais tout à fait content d’une vie sans aucun lien religieux.

 

J’étais né musulman et en ce qui me concernait, c’était tout. Je ne pratiquais pas ma religion et j’étais heureux ainsi. Je ne souhaitais pas raviver la mémoire de la bigoterie religieuse et du fanatisme des sociétés libanaise et moyen-orientale, que je pensais avoir laissées derrière moi en partant en Amérique. Donc, lorsque mon frère me parla avec ferveur du Daheshisme, je ne partageais pas son enthousiasme et ne voulais pas être impliqué dans ce que je croyais être une nouvelle secte. M’investir dans un culte religieux quelconque était bien la dernière chose que j’avais à faire. Il était hors de question que je me complique l’existence. Rien ne pouvait me distraire de mon devoir : gagner ma vie dans une société matérialiste et complexe comme la société américaine. J’avais laissé derrière moi, ma femme et mon bébé, seules avec peu d’argent pour vivre, dans un monde cruel où l’argent faisait tout : en avoir permettait de vivre confortablement et en manquer entraînait dans la déchéance. J’étais démuni, mais déterminé et rien ne pouvait me distraire de mon principal objectif : gagner ma vie, et surtout pas une philosophie religieuse.

 

Et puis le fait que ce soit Ali qui veuille me convertir à cette pensée religieuse ne plaidait pas en faveur du Daheshisme. Pour toute ma famille Ali était un jeune impétueux, un garçon à problèmes, aux propos blessants. Il agissait et parlait toujours de façon inappropriée. Il avait contrarié la famille en abandonnant l’école et en se mariant à la femme qu’il aimait, un mois après le décès de son père. Il avait seulement 22 ans et n’avait pas de travail stable. Avec sa jeune femme ils avaient emménagé dans un studio de l’un des quartiers les plus pauvres de Beyrouth. Pour subvenir aux besoins du ménage, il fut embauché comme coursier dans une agence de voyages qui lui donnait un maigre salaire, en dépit du niveau de vie libanais. Toutefois, je l’aimais beaucoup. Il était le plus proche de mes frères et j’admirais son esprit de provocation, sa fierté, son honnêteté et sa droiture.

 

Un jour, j’osais lui dire qu’il avait commis une erreur en ne terminant pas ses études universitaires et qu’il s’était marié prématurément, sans être sûr de pouvoir subvenir aux besoins de son couple. Il me répondit en colère qu’il n’avait pas besoin de ma pitié ou de mes conseils et que tant que Dieu lui donnerait un toit sur sa tête et quelque chose à manger, c’est tout ce qu’il demandait. De toute façon, je n’étais alors pas en position d’aider mon frère car j’étais pauvre et n’avais rien en trop. La seule différence entre Ali et moi était qu’il menait une existence misérable dans une société superficielle alors que je démarrais en Amérique un pays doté en abondance et plein d’opportunités. Sur ce fond d’appréhension, de doute, de peur de m’impliquer d’une part et voulant, d’autre part, satisfaire de le souhait de mon frère de rendre visite au docteur Dahesh, j’allais découvrir le Daheshisme. Le moment décisif fut lorsque mon frère me demanda de l’accompagner chez lui pour rendre visite à sa femme. Je me souviens avoir monté sept étages de hautes marches sinueuses dans un vieil immeuble décrépit pour atteindre son petit appartement sous les toits. Nous entrâmes ; je saluais sa jeune épouse, mais mon cœur battait encore très fort et je pouvais à peine reprendre mon souffle. Dès que je pus à nouveau respirer normalement après cette escalade éprouvante, je me rendis compte de l’extrême pauvreté dans laquelle ils vivaient. Il y a des instants dans la vie d’une personne où les impressions deviennent des souvenirs ineffaçables, ce moment fut l’un d’eux.

 

Il y avait un couloir menant vers le petit appartement, à gauche une petite salle de bains, à droite un évier. Près d’une table rectangulaire de taille moyenne, étaient posés, d’un côté, des plats et des casseroles, quelques assiettes, des tasses et des ustensiles jetés dans une boîte en bois, et de, l’autre côté, un sac plastique avec du pain arabe, un pot d’olives vertes, quelques oignons, un plateau d’œufs à moitié rempli et quelques boîtes de conserve contenant le sucre, le sel, le poivre, l’huile et le café. Au centre de la table, un petit four était connecté à une bonbonne de gaz rangée sous la table. Il n’y avait pas de réfrigérateur dans l’appartement. La chambre à coucher tenait lieu de salon avec le lit comme canapé. Il y avait une paire de vieilles chaises et une petite table en bois sur laquelle était posé un cendrier métallique. Mon frère et sa femme vivaient dans un grand dénuement et malheureusement, ni moi, ni les membres de la famille qui auraient voulu l’aider n’étaient en position de le faire. Nous étions tous pauvres, mais aucun de nous autant que Ali.

 

Après que je leur ai souhaité beaucoup de bonheur et une vie heureuse ensemble, la femme d’Ali alla préparer le traditionnel café arabe. Alors qu’elle s’affairait, mon frère mentionna que le Docteur Dahesh leur avait rendu visite quelques semaines auparavant. Il demanda à sa femme de me raconter ce qui s’était passé durant cette visite. Elle dit qu’un miracle de nature incroyable c’était produit à travers le Docteur Dahesh. Mais elle ne souhaitait pas en faire part à quiconque par crainte que les gens ne croient pas son histoire et se moquent d’elle. Peu avant la visite du docteur Dahesh, alors qu’elle préparait des pommes de terre frites, elle avait malencontreusement fait tomber de l’eau dans l’huile bouillante qui lui avait sauté au visage, la brûlant complètement. Elle plongea son visage dans l’eau, mais cela ne fit qu’empirer le problème. Mon frère et sa femme n’avaient pas les moyens de demander un traitement médical et ils voulaient que personne ne soit au courant de leur situation difficile. La jeune mariée resta à la maison et n’en sortit pas pendant quelques jours de peur que quelqu’un ne voit son visage sévèrement brûlé. Un dimanche matin, alors qu’ils se demandaient quoi faire, on frappa à la porte. Mon frère ouvrit et à sa grande surprise, il vit le docteur Dahesh et son compagnon le docteur Farid Abu Sleiman. Ils saluèrent le jeune couple et après quelques minutes de conversation amicale, le docteur Dahesh se mit soudainement à écrire une prière daheshiste sur un papier. Après l’avoir brûlé, il pris une pincée de la cendre, alla vers la jeune femme et traça une étoile daheshiste sur son front. C’est là que le miracle débuta, elle sentit disparaître les sensations de brûlures et de tiraillement sur son visage. La peau commença immédiatement à se cicatriser et le jour suivant il n’y avait plus trace de brûlures sur son visage, il était redevenu comme avant. Elle était heureuse, tout cet épisode était passé comme un rêve. En entendant cette histoire, un sentiment étrange envahit tout mon corps, et soudain je fut pris d’un fort désir de rencontrer le docteur Dahesh. Si un homme capable de d’un tel miracle existe, pensais-je, je serais chanceux et ce serait un privilège de le rencontrer. Je n’avais aucune raison de douter de la véracité de l’histoire que je venais d’entendre. Pourquoi mon frère et sa femme me mentiraient-ils et qu’auraient-ils à gagner à inventer une telle histoire ? Je réclamais à mon frère de m’emmener avec lui lors de sa prochaine visite chez le docteur Dahesh. Avant de prendre congé, Ali me remit trois livres écrits par le docteur Dahesh.

En rentrant chez moi, j’entrepris leur lecture et appréciais beaucoup les ouvrages, particulièrement « Mémoires d’un Dinar» qui captiva mon imagination et continue d’ailleurs encore de me fasciner aujourd’hui. Ce livre est le récit des aventures incroyables d’une pièce d’un dinar en or, passant d’une main à l’autre. Les événements relatés se déroulent sur une période de 99 années.

Quelques jours plus tard, mon frère arriva vers moi heureux et excité et me dit que nous allions rendre visite au docteur Dahesh cette après-midi même. Pour lui, rencontrer le docteur Dahesh était toujours un moment privilégié. Ce jour-là, sur le chemin, j’avais encore des sentiments partagés. D’un côté je me sentais excité de rencontrer un homme si mystérieux et controversé, d’un autre côté, j’appréhendais que le docteur Dahesh soit juste un homme autoritaire et dominateur, doté d’un pouvoir mystique inexpliqué.

 

Le taxi fila à travers les rues de Beyrouth avant de stopper devant un vieil immeuble avec une grande porte de fer. « C’est ici », me dit Ali. Il marcha un peu et sonna trois fois à la porte. Le pêne de la porte fut ouvert d’en haut par le moyen d’une corde descendant du deuxième étage vers le rez-de-chaussée.

 

Nous montâmes les escaliers jusqu’à l’entrée de la résidence du docteur. Une femme amicale nous souhaita la bienvenue et nous guida vers le salon à travers un corridor dont les murs étaient recouverts de nombreuses étagères. Le salon était empli d’une multitude d’objets d’art. Il y avait des peintures à l’huile et des tapisseries sur les murs, des statues d’ivoire, de bronze et de bois étaient disposées à tous les coins de la pièce. J’étais submergé par les toutes représentations artistiques de cette maison. Quelques minutes passèrent. Soudain, un homme d’une cinquantaine d’années entra. Il embrassa Ali sur les joues puis me salua. Mon frère me chuchota à l’oreille qu’il s’agissait du docteur Dahesh. C’était un bel homme, de carrure et de taille moyenne, le teint clair avec des traits marquants et des yeux plein de tendresse. Après nous avoir chaleureusement accueillis, il s’assit à côté de nous. Je notais qu’il était calme, un peu timide et extrêmement poli. Il parlait peu et il émanait de sa personne quelque chose de bienveillant et de rassurant. J’étais assis et je le contemplais, une pensée grave traversa mon esprit. Quelle étrange relation étrange liait mon frère au docteur Dahesh : ces deux hommes qui semblaient appartenir à deux mondes opposés. Le docteur Dahesh était un homme réputé, de grande culture, un artiste, auteur prolifique de livres sur différents sujets : littérature, religion et philosophie. Quant à mon frère, il travaillait comme coursier. Il avait une éducation limitée et était très pauvre. Sûrement, pensais-je, tous deux n’ont rien en commun. Plus tard, je me rendis compte que j’avais complètement tort, car je n’envisageais leur relation qu’en termes purement matériels, négligeant le lien le plus fort de tous, celui qui relie les âmes entre elles, le lien spirituel.

Par la suite, j’ai pu constater que le docteur Dahesh ne jugeait pas les gens d’après leur richesse, leur position sociale ou leur influence, mais selon leur âme et leurs qualités spirituelles. Souvent, il refusait de recevoir des premiers ministres, des personnalités renommées et des hommes riches, alors qu’il n’hésitait pas à recevoir les plus humbles et les plus pauvres des visiteurs. Nous restâmes assis sans dire mot. Alors je décidais de prendre l’initiative et parlais avec le docteur Dahesh. Je lui dis qu’Ali l’aimait beaucoup et qu’il était toujours dans son esprit. Il répondit qu’Ali lui était particulièrement cher et que tous deux n’étaient qu’un seul, dans le sens qu’il ressentait la même chose que mon frère.

 

Je lui parlais de son livre « Mémoires d’un Dinar » que j’avais trouvés fascinant et très plaisant. Malgré l’évocation de la face sombre de la nature humaine, c’est l’odyssée haletante du personnage principal, le Dinar, à travers les pensées et les désirs des autres personnages qui sont montrés au lecteur. Il révélait que les aspirations et les actes humains sont fondamentalement bas et néfastes. Le docteur Dahesh affirma que les histoires du livre tristes et horribles ne reflétaient que la vie et devaient être considérés comme telle.

 

Alors que nous continuions à discuter, une femme qui nous avait accueilli apporta un plateau avec des petites tasses de café arabe. Le docteur Dahesh la présenta comme sœur Zenia. Je la saluais à nouveau en prenant une tasse de café. Mon frère connaissait déjà Zeina et ils échangèrent quelques mots avant qu’elle ne quitte la pièce.

 

Me tournant vers le docteur Dahesh, je remarquais que les peintures sur le mur étaient superbes et que je n’en avais jamais vues autant réunies en un seul endroit, excepté, sans doute, dans un musée. Le docteur Dahesh me demanda si je connaissais la peinture ou les arts en général. Je répondis que non et que je ne faisais pas la distinction entre une bonne et une mauvaise peinture, mais que les peintures qu’il avait étaient réellement belles et que j’étais vraiment impressionné.

 

Le docteur continua en disant que, depuis sa jeunesse, il avait toujours fasciné par tous les arts. Il ne pouvait résister à acheter des objets d’art dès qu’il le pouvait que ce soit une peinture, une tapisserie, une statue ou une gravure. Il était intéressé par tout ce qui était beau et artistique.

 

Après notre conversation, il nous demanda de l’accompagner pour visiter la maison. Toutes les pièces dans lesquelles nous entrions ressemblaient à de petits musées. Il est impossible de décrire les superbes objets d’art et les peintures qui apparaissaient partout. La maison elle-même était unique. Elle avait au moins cent ans et de nombreuses pièces avaient des plafonds très hauts. Une grande pièce m’attira plus particulièrement. Elle était à peu près au centre de la maison et entourée de hauts rayons pour les livres. Pour accéder aux étagères les plus hautes, on devait utiliser une grande échelle. Les étagères étaient remplies de livres de toutes sortes. Sur les étagères les plus hautes se tenaient de superbes et majestueux oiseaux empaillés. Certains étaient petits et exotiques alors que d’autres étaient de grands oiseaux de proie, des aigles ou des vautours. Au centre de la pièce étaient disposés de grandes tables entourées de chaises. Je supposais que la pièce entière était utilisée comme bibliothèque.

 

Alors que nous quittions la pièce, nous entrâmes dans un grand corridor. C’était la salle d’attente par des daheshistes. Deux canapés, de chaque côté, se faisaient face et étaient recouverts de coussins. Un couple âgé était en train de lire assis sur l’un des canapés. Comme nous passions devant eux, ils nous regardèrent et le docteur Dahesh nous les présenta : sœur Marie et son mari Georges Hadad. C’étaient les parents de Zeina et j’appris plus tard qu’ils étaient les beaux-parents de l’ancien Président libanais Bishara El Khouri. Madame Hadad était une artiste et un écrivain célèbre. Je les saluais d’un mouvement de la tête et continuais de marcher avec le docteur Dahesh jusqu’au hall d’entrée où nous nous assîmes à nouveau.

 

Je posais des questions au docteur Dahesh sur le miracle étonnant et difficile à croire que mon frère et sa femme m’avaient rapporté quelques jours plus tôt. Je dis que je croyais mon frère et n’avais aucune raison de mettre en doute sa parole. Néanmoins, j’admis que je ne pouvais pas complètement comprendre pourquoi un tel phénomène devait se produire de nos jours et dans un âge de découvertes scientifiques et de progrès intellectuels. Le docteur Dahesh m’expliqua que les miracles ou les révélations spirituelles se déroulent dans ce monde de plus en plus athée pour renforcer le lien de la foi et de la croyance en Dieu. Nous vivons, dit-il, dans une période dominée par un matérialisme excessif. L’argent et les possessions terrestres ont remplacé Dieu dans le cœur et l’âme de la plupart des gens. Nous vivons un siècle de grandes découvertes et d’inventions, où l’homme a fabriqué les machines les plus sophistiquées pour rendre sa vie confortable et agréable. Mais avec ces progrès scientifiques et matériels l’homme a rendu la vie instable en inventant les armes les plus meurtrières et les plus destructrices de toute l’histoire, capables d’annihiler toutes formes de vie sur terre. Les gens aujourd’hui, en général, tendent à penser que les seules choses qui font que la vie vaut la peine d’être vécue sont le confort physique, le pouvoir, la prospérité et le plaisir. Puisque ceux-ci ne peuvent être atteints qu’à travers des moyens matériels, l’urgence et la motivation pour acquérir tout cela ont rendu la plupart des hommes envieux et pécheurs. En conséquence, la plupart des gens sont conduits par de mauvais instincts. La quête inassouvie de l’homme d’objectifs égoïstes et de gains matériels a rendu la vie sur terre pleine de misère, de souffrance, entraînant le crime, la guerre et l’injustice partout. Des actes diaboliques sont perpétués non seulement par des individus mais aussi par des nations entières. Pour cette raison, les gens ont besoin de guides ou d’éveil spirituel. C’est pour cela que des manifestations spirituelles se déroulent afin de nous rappeler que Dieu vit au-dessus de nous tous.

 

Ces manifestations spirituelles aussi variées soient-elles : prophéties, transformations d’objets, soins ou autres ont toujours une chose en commun, elles sont bien au-delà du pouvoir humain et ne sont pas soumises aux lois physiques de la nature. Elles témoignent du pouvoir infini et de la gloire de Dieu et n’ont lieu que pour des raisons spirituelles.

 

Le docteur Dahesh mit fin à cette conversation et nous restâmes assis en silence, quelques minutes. Je sentis que nous devions partir car nous avions déjà pris beaucoup de son temps. Ni moi, ni mon frère ne souhaitions le déranger avec d’autres questions, aussi nous lui demandâmes la permission de nous retirer.

 

Alors que je le saluais, je le tins spontanément dans mes bras et l’embrassai sur les deux joues. Je le remerciais sincèrement pour sa gentillesse et pour le temps passé avec nous. Sur le trajet du retour mon frère se tourna vers moi et me demanda : « Alors que penses-tu du docteur Dahesh ? » Je répondis : « La meilleure chose que tu aies faite pour moi dans ta vie est de me l’avoir fait rencontrer ». Mon frère dit alors qu’il aurait souhaité que je sois témoin d’une révélation spirituelle, quelque chose d’inhabituel qui aurait fait de moi un croyant. Il me dit que j’aurai sans doute dû demander au docteur Dahesh de voir quelque chose car la parole dit : « Voir s’est croire ».

 

Bien sûr, j’aurais aimé de tout mon cœur avoir été témoin d’une révélation spirituelle, mais je n’aurai pas pu en demander une au docteur. Cela aurait été tout à fait déplacé, alors que, justement, il nous avait expliqué que les révélations n’ont lieu que pour des raisons spirituelles et qu’elles ne doivent pas être considérées comme des événements inhabituels ou distrayants. De plus, le fait de n’avoir pas vu de révélation n’affectait en rien mon profond respect et mon admiration pour l’homme. Tout ce qui concernait le docteur était unique et spécial. Sa sincère humilité, sa gentillesse et son dévouement à des hautes valeurs morales et éthiques étaient au-delà du doute.

 


 

Chapitre Deuxième

 

 

Les jours suivants, je préparais mon retour vers Chicago, mon travail et ma famille. Le congé de six semaines que j’avais obtenu touchait à sa fin. Mais avant de partir j’avais très envie de retrouver le docteur Dahesh. Je décidais de l’appeler en espérant le revoir avant mon départ. Zeina répondit au téléphone puis me passa le docteur. Je lui demandais si je pouvais lui rendre visite puisque je quittais le Liban le lendemain. J’étais enchanté d’aller le voir le jour suivant.

 

Une heure avant mon rendez-vous, j’avais décidé de prendre un taxi et d’aller directement chez lui. Dans des conditions normales de circulation, le trajet aurait pris entre 20 et 30 minutes, mais, à cette période, Beyrouth était une ville très encombrée et je risquais d’être pris dans un embouteillage. Donc je décidais de prévoir suffisamment de temps pour être sûr d’arriver à l’heure au rendez-vous. Étonnamment, la circulation était fluide cet après-midi-là et je me retrouvais devant la maison du docteur Dahesh près de 30 minutes en avance. En tout état de cause, je savais que je ne devais pas aller dans la maison avant 2 heures car le Docteur avait toujours des visiteurs. Je décidais de monter et descendre la rue plusieurs fois en attendant l’heure exacte du rendez-vous. Mon frère Ali n’était pas avec moi car j’avais complètement oublié de demander au docteur Dahesh s’il pouvait venir. Plus tard, quand j’informais mon frère de ma visite, il fut ému d’en entendre parler. En entrant dans la maison, Zeina me salua et m’amena directement au salon. Le docteur Dahesh m’y attendait avec, à ses côtés, un homme d’âge moyen. Il était chauve, portait des lunettes et son visage me faisait penser aux moines bouddhistes. Je saluais le docteur Dahesh avec chaleur, l’embrassant sur les deux joues avec une affection sincère, comme si je l’avais connu depuis de nombreuses années.

 

Je saluais aussi le docteur Farid Abou Soleiman qu’il me présenta. Plus tard, je découvris que ce dernier était son fidèle et son confident. C’était un célèbre médecin. Il possédait sa propre clinique privée et occupait aussi un poste au département de la Santé de la municipalité de Beyrouth. Plus tard le docteur Abou Soleiman démissionnera de ce poste et déclinera une très belle offre de salaire et un poste de directeur du département gynécologie dans l’un des hôpitaux de Beyrouth en signe de protestation contre les persécutions du gouvernement envers le docteur Dahesh. Je m’assis quelques instants avant que le docteur Dahesh ne débute la conversation, me posant des questions générales concernant l’Amérique. Il me demanda alors si Ali m’avait renseigné de la façon dont les daheshistes font des prières, en les écrivant sur du papier jaune. Je lui répondis que mon frère l’avait vaguement mentionné mais je n’avais pas d’idée claire sur la manière dont elles étaient faites. Le docteur Dahesh me proposa de l’apprendre. J’acquiesçais. Il demanda au docteur Farid d’amener une feuille de papier jaune rectangulaire d’environ 3 pouces (7,62 cm) de large et 4 pouces (10,16 cm) de long. Il commença à me montrer comment on écrivait une prière daheshiste. Il me montra aussi comment plier la feuille avant de la brûler. Ce procédé fut répété de nombreuses fois jusqu’à ce que je sache exactement comment faire. Le docteur Dahesh insista sur l’exactitude de la façon de procéder pour écrire cette prière. Soudainement, il se leva et me demanda de rédiger une prière daheshiste dans laquelle je demandais qu’une révélation spirituelle ait lieu immédiatement avec la permission de Dieu tout puissant. À ce moment, un étrange sentiment de respect et de crainte se diffusa dans tout mon corps. Je me rendis compte que j’allais être témoin d’un miracle, quelque chose dont j’avais souvent entendu parler mais que je n’avais encore jamais vu.

 

Je fis exactement ce que le docteur Dahesh me demanda et après avoir brûlé la prière, il me dit de prendre n’importe quelle feuille de prière vierge d’une pile qui était sur une table. Il me demanda alors si j’avais un billet sur moi. Je lui demandais lequel il voulait. N’importe lequel ferait l’affaire. Je tirais de ma poche un billet d’une livre libanaise. Le Docteur me fit découper le papier blanc à la taille du billet en question. Je m’exécutais avec une paire de petits ciseaux que le docteur Farid me tendit. Il me demanda alors d’écrire mon nom sur la feuille de papier blanc et de l’entourer. Je suivis ses instructions précisément et, à aucun moment, le docteur Dahesh ne me donna d’autres papiers. Tout ce qu’il fit fut de me donner des instructions verbales, à distance. Il me demanda alors de froisser le papier en boule et de l’enfermer dans ma main. Puis de répéter : « Au nom de Dieu et son Prophète Bien Aimé, que le papier blanc dans ma main se transforme en billet d’une Livre libanaise. » Après que j’eus répété ce que le docteur Dahesh m’avait dit, je pourrais jurer que je sentis quelque chose bouger dans mon poing fermé. Un phénomène d’étrange et inhabituel se déroulait. Le docteur Dahesh me demanda d’ouvrir la main et, à ma grande surprise, je trouvais un billet d’une livre libanaise. Elle était pliée en forme de triangle, exactement comme une prière daheshiste. J’allais déplier le billet lorsque le docteur me demanda de ne pas le faire tout de suite mais seulement lorsqu’on me le demanderait. Il y avait une raison spirituelle à cela que je découvrirai plus tard. Pour l’instant, je devais le mettre dans mon portefeuille et le porter toujours sur moi. Je ne l’ouvrirai que 7 mois plus tard. Je restais assis quelques minutes, visiblement surpris et étonné de ce qui s’était passé. J’exprimai ma profonde gratitude au Docteur Dahesh de m’avoir permis d’être témoin d’une révélation spirituelle aussi originale. Ensuite, vint pour moi le temps de partir. Je dis au revoir au docteur en l’embrassant sincèrement et chaleureusement car je pressentais que je ne le reverrais pas avant longtemps. Je serrais ensuite les mains du docteur Abou Soleiman.

 

Le soir, Ali et sa femme vinrent chez ma mère pour me dire au revoir. Je retournais aux États-Unis le lendemain matin. Alors que la famille était réunie ce soir-là, je racontais ce qui m’était arrivé chez le docteur Dahesh. Personne n’était aussi content que mon frère Ali. Le jour suivant, un samedi, j’embarquais pour un vol de quinze heures, vers Chicago. Quand j’arrivais à destination, j’étais très fatigué. Le voyage avait été long et ennuyeux. Mais j’étais heureux de rentrer chez moi et de revoir ma femme et ma petite fille. Le dimanche, je ne me sentais pas bien, j’avais du mal à me remettre des 8 heures de décalage entre Chicago et Beyrouth. Je devais me remettre pour être en bonne condition physique le lendemain. Le lundi devait être mon premier jour de travail après une longue absence. Des images du Liban, de ma mère, du docteur Dahesh et du reste de ma famille me revenaient constamment à l’esprit. En les abandonnant, j’avais laissé une partie de mon cœur là-bas. Je les aimais tous et j’aimais leur mode de vie innocent et simple. Revenir en Amérique, retrouver le stress de la société de consommation me déprimait. J’ai toujours senti que mes racines culturelles et spirituelles étaient profondément ancrées au Moyen Orient et je ne pouvais jamais être réellement heureux ailleurs. La pensée de retourner à l’usine le jour suivant, pour préparer et mettre en place de nouveaux standards de travail ne me satisfaisait pas. L’idée d’essayer d’employer les ouvriers plus efficacement en optimisant leur temps de travail et en le transformant en gain de productivité pour la société m’exaspérait. Je savais que c’était la réalité de la vie économique en Amérique ; et même si je sentais que certains aspects en étaient inhumains et impitoyables, je réalisais que je devais m’y habituer pour survivre aux États-Unis.

 

De nombreux mois passèrent, j’étais très impliqué dans mon travail et j’essayais d’améliorer mon niveau de vie. La dette que j’avais contractée était soldée ; ma femme et moi pensions même changer les meubles qui nous avaient été donnés par des amis et par les parents de ma femme. Le Liban, le docteur Dahesh et la famille à Beyrouth devenaient des souvenirs nostalgiques, mémoires d’une vie sereine, simple et spirituellement riche que malheureusement perdus à jamais aux États-Unis. Mais, un jour, revenant du travail je trouvais une lettre qui m’était adressée par une société libanaise à Beyrouth. Le président et propriétaire de la société avait obtenu mon nom et mon adresse par un membre de ma famille avec lequel il entretenait des relations commerciales. Il me proposait un poste d’ingénieur industriel en chef avec un salaire de départ de 1000 livres libanaises (environ 300 dollars) pour les trois premiers mois, puis il passerait automatiquement à 1500 livres libanaises pour une année. Après cela, un nouveau contrat serait rédigé avec une promesse de hausse de salaire substantielle.

 

Je lus la lettre avec émotion et trouvais que l’offre n’était pas mauvaise. À cette époque, un salaire de 1500 livres libanaises par mois était considéré comme excellent, en comparaison avec le niveau de vie libanais. Il représentait à peu près ce que je gagnais à Chicago, mais au Liban se serait beaucoup plus, puisque les locations, la nourriture, le transport et toutes les autres dépenses étaient bien moins chères. Je répondis à la société libanaise de me confirmer l’offre par un courrier officiel. Je suggérais une date pour débuter qui me laisserait le temps de faire tous les arrangements nécessaires. Je devais finir mon travail avec une société aux États-Unis et commencer avec une autre au Liban de l’autre côté de la terre. Deux semaines après, je reçus la lettre de confirmation et donnais immédiatement ma lettre de démission à la société américaine avec un préavis de 30 jours. La perspective du voyage vers le Liban en famille avec mes deux petites filles, l’une de trois ans et l’autre de cinq mois, semblait plutôt délicate.

 

Pour commencer, je n’avais pas assez d’argent pour payer le voyage. J’avais fait une grosse erreur en ne demandant pas de frais de voyage à la société libanaise. Je suis sûr que si j’en avais fait la demande, j’aurai reçu des fonds. L’autre souci était la grande quantité d’ustensiles ménagers invendables et les meubles que nous possédions. Nous n’avions pas d’autre solution que de les donner à l’Armée du Salut. Ma femme souhaitait conserver autant d’ustensiles ménagers que possible pour notre maison au Liban. Voyager en avion était hors de question. Je décidais alors d’écrire à l’un de mes frères qui travaillait au Liban pour le gouvernement. Je lui demandais d’organiser le voyage par la mer, pour moi et ma famille, le plus tôt possible. Il me répondit en m’indiquant que le voyage était organisé, et il me donnait le numéro de téléphone et l’adresse d’une société allemande de transport maritime à New York. Il me donnait également le nom de la personne à contacter. J’appelais immédiatement la société qui me confirma avoir reçu un télex de leur succursale à Beyrouth. Il leur demandait d’organiser notre voyage gratuitement. Ils me donnèrent le nom d’un cargo allemand sur lequel nous voyagerions, le quai auquel il serait amarré, la date de départ et le jour d’arrivée à Beyrouth. Le bateau devait s’arrêter un jour à Tripoli, en Libye. Je demandais à l’agence de me faire parvenir toutes ces informations ainsi que les billets. Je les reçus, quelques jours plus tard.

 

Alors que la date du départ se rapprochait, je commençais à chercher le moyen le plus économique de nous rendre à New York. Louer une voiture serait très cher, il me fallait trouver une alternative. En lisant le journal, je découvris la solution. Une annonce recherchait des chauffeurs pour livrer des voitures à New York à un revendeur. J’appelais l’agence de Chicago qui l’avait publiée et proposais mes services. Le responsable me posa quelques questions et me demanda de venir à son bureau signer des papiers. Puis m’annonça que je pouvais prendre une voiture et m’en aller. J’expliquais que je ne pouvais pas le faire immédiatement car j’avais besoin d’une semaine pour finir un travail. Cela ne posait pas de problème, ils envoyaient régulièrement des voitures vers leur succursale de New York. Quand je serai prêt, je pourrai venir et choisir l’un des véhicules à convoyer.

 

Deux jours avant d’aller chercher la voiture, ma femme commença à emballer nos affaires dans des boîtes de carton, et si je me souviens bien, il y en avait treize plus trois grandes valises. Ma vieille voiture fut vendue à un ami pour une petite somme. C’était une vieille voiture que j’avais achetée quelques mois plus tôt. J’avais aussi une petite télévision que je cédais à un voisin. La voiture et la télévision étaient les deux seuls biens que nous pouvions vendre. Personne ne voulait du reste de nos meubles. Un jour avant le départ, l’Armée du Salut vint les prendre avec tous les objets que nous ne pouvions emporter.

 

Quatre jours avant que le cargo allemand ne parte de New York, j’allais chez le vendeur de voiture choisir un véhicule. Il y en avait quelques uns marqués pour être livrés à New York. J’espérais trouver un break assez grand pour contenir toutes nos affaires. Malheureusement il n’y en avait pas, mais je choisis une jolie voiture rouge. Le responsable nota le numéro de mon permis de conduire et pris d’autres informations. Il me fit signer quelques formulaires et me prévint que je disposais d’exactement 72 heures pour livrer la voiture à l’adresse indiquée à New York. Si je n’arrivais pas à temps, le véhicule serait déclaré volé. Je lui dis de ne pas s’inquiéter que la voiture serait livrée à temps. Je lui demandais la somme d’argent correspondant à l’essence, la nourriture et peut-être une nuit d’hôtel. Il m’attribua 20 dollars, et avant que j’ai pu négocier ce montant ridicule, il m’annonça : « C’est cela ou rien ». Je lui répondis que j’étais d’accord. Il ouvrit un tiroir et me tendit un billet de 20 dollars. C’était une belle Buick récente, avec peu de kilomètres au compteur. Elle devait coûter cher, c’était une voiture de luxe. Je n’avais encore jamais conduit une voiture aussi élégante. Après avoir pris la voiture, j’allais immédiatement à un magasin de location et louais une remorque de taille moyenne et qui devait elle aussi être livrée à New York sous cinq jours. Je donnais un petit pourboire au vendeur et lui demandai d’attacher la remorque à la voiture en vérifiant bien que l’installation était solide. Il le fit et je revins à la maison, prêt à entamer le lendemain matin notre long et fatigant voyage vers Beyrouth, via New York.


 

Chapitre Troisième

 

Cette nuit là, nous dormîmes tous dans la maison de ma belle-mère. À huit heures du matin le lendemain, il faisait très froid, la remorque était pleine et nous étions prêts à partir. Nous prîmes des sandwiches, trois tasses et un grand thermos rempli de café. Nous avions aussi des sacs remplis de produits pour bébé, des couches, des petits pots, du lait en poudre et des biberons. Nous habillâmes les deux enfants avec des vêtements chauds en laine et nous nous munîmes aussi deux grandes. Nous démarrâmes notre voyage par une froide journée d’hiver, ne sachant pas ce que le futur nous réservait. Nous n’espérions que le meilleur. Nous avions pris tout notre argent, ce qui représentait moins de 600 dollars, pour nous aider à débuter une nouvelle vie au Liban.

 

Les trois premières heures de route se déroulèrent normalement, je me concentrais sur ma conduite, sans dépasser les 50 miles à l’heure. Je ne pouvais aller plus vite, car la voiture avec la remorque était très lourde et les conditions de route n’étaient pas très bonnes.

 

Arrivé au centre de l’Indiana, je me rendis compte que le voyage serait difficile et dangereux. Les conditions météorologiques se détériorèrent et il se mit à neiger, les routes devinrent glissantes. De plus, nos deux enfants commencèrent à se fatiguer, nous obligeant à nous arrêter toutes les deux heures pour s’occuper d’eux. Dans des conditions normales, un voyage de Chicago à New York n’aurait pas duré plus de 18 heures, en incluant les arrêts pour l’essence et la nourriture. Mais je réalisais qu’il nous faudrait deux fois plus de temps.

 

Même en tenant compte de ce retard, j’étais confiant et je pensais atteindre New York un jour avant le départ du bateau. Presque 14 heures étaient passées depuis que nous avions quitté Chicago et nous étions encore en Ohio. Je commençais à m’inquiéter, le moindre imprévu pouvait nous empêcher d’arriver à temps à New York. Les mauvaises conditions atmosphériques ne m’aidaient pas. Nous avions encore 500 miles à parcourir et je commençais à sentir la pression qui me poussait à arriver au bateau le plus tôt possible. Tout pouvait nous arriver entre l’Ohio et notre destination finale. Si pour une raison quelconque nous n’arrivions pas à embarquer ce serait un désastre.

 

La simple perspective d’être coincé à New York avec ma famille, tous les bagages et très peu d’argent me terrifiait. Si cela devait arriver, je savais que nous serions très gênés. Nous devrions trouver un garde meuble pour nos bagages et un appartement pour vivre deux ou trois semaines avant qu’un autre cargo allemand parte pour Beyrouth. À moins de retourner à Chicago, chez ma belle. Nous n’avions pas le choix puisque nous voyagions gratuitement. Je n’osais à peine envisager ce cas, il me fallait arriver à temps, même si je devais conduire toute la nuit sans arrêt. Nous ne serions pas en sécurité avant notre embarquement.

 

Je souhaitais aussi livrer la voiture intacte avant que des complications ne surviennent dues aux mauvaises conditions de circulation. J’avais enfreint le contrat de livraison de la voiture en y attachant une remorque et je serai responsable légalement si quoique ce soit arrivait au véhicule. Pour éviter tous ces problèmes, nous devions gagner New York le lendemain après-midi, au plus tard. En conséquence, je décidais de continuer à conduire malgré l’état de fatigue général.

 

Vers minuit, nous étions au milieu de la Pennsylvanie, mais je ne pouvais plus conduire. Nous avions tous besoin de repos, les enfants en particulier. Je décidais de prendre une petite voie pour atteindre une petite ville où nous pourrions passer la nuit. La petite route déserte semblait abandonnée, bordée de chaque côté de champs recouverts de neige. Ma femme suggéra que nous nous arrêtions pour regarder la carte et retrouver notre chemin vers la grande route. Je ralentis et essayais de me ranger sur le côté de la route mais nous dérapâmes sur la droite. La voiture et la remorque pleine se couchèrent subitement vers la droite et se retournèrent presque dans un fossé sur le côté de la route. Nous étions partiellement couverts de neige. Je sortis de la voiture pour inspecter les dégâts et je réalisais que nous étions en très mauvaise posture. La voiture et la remorque étaient renversées dans la neige profonde. J’essayais à plusieurs reprises de déloger la voiture et de la remettre sur la route, mais c’était impossible, les roues tournaient et la voiture ne bougeait pas. Nous étions dans une situation désespérée : sans personne aux alentours pour nous aider. Rien ne pouvait nous secourir dans la nuit noire et déserte, sinon Dieu.

 

Nous priâmes Dieu de tout notre cœur de nous venir en aide. Dans ce moment de détresse, je pensais soudainement au docteur Dahesh et à la prière daheshiste qu’il m’avait apprise à Beyrouth. Je ressentis le besoin d’écrire cette prière, mais je n’avais pas de feuille jaune sur moi ou quoique ce soit d’autre pour écrire. Tout ce que je trouvais était un étui de mouchoirs en papier dans la boîte à gants. Je décidais d’écrire la prière au crayon sur un kleenex, demandant de l’aide à Dieu et à son prophète bien-aimé. Je brûlais le mouchoir et je retournais dans la voiture pour essayer encore de la débloquer. Dès que j’appuyais sur l’accélérateur, quelque chose d’incroyable se produisit. La voiture et la remorque furent poussées et dégagées de la neige comme si une force invisible, un pouvoir spirituel inexpliqué les avaient levées et l’avait placées au milieu de la route pour continuer notre voyage. Ni ma femme, ni moi ne pourrions jamais oublier ce miracle, aussi longtemps que nous vivrons.

 

Nous étions sauvés et nous remerciâmes Dieu tout puissant de nous avoir secouru. Nous roulâmes sur cette même route jusqu’à une intersection, nous vîmes des panneaux indiquant des petites villes dans toutes les directions. Nous choisîmes la plus proche où nous trouvâmes un petit hôtel où je louais une chambre pour la nuit. Exténués, nous dormîmes profondément cette nuit-là. Tôt, le matin suivant, nous étions à nouveau sur la route. Nous traversâmes la Pennsylvanie, le New Jersey et finalement New York où nous arrivâmes à quatre heures de l’après-midi. Nous nous rendîmes directement au port. Là je demandais à des personnes de m’indiquer le quai où le bateau allemand « Troutenfels » était amarré. Quelques minutes plus tard, je vis le bateau. C’était un cargo de taille moyenne, robuste et bien bâtit. J’allais voir le capitaine qui était un homme d’allure sévère. Il parlait de manière sèche et caustique et se comportait comme un officier de la Marine. Il était au courant de nos dispositions avec l’agence de New York. Je lui demandais si nous pouvions embarquer, mais il me répondit que non car l’heure du départ avait été reportée d’une journée. Mais nous pouvions embarquer le lendemain, quand nous le souhaitions. Je lui demandais si nous pouvions au moins laisser nos bagages sur le bateau car nous n’avions pas d’endroit pour les stocker. Il fut d’accord et m’envoya deux marins pour m’aider avec à embarquer les bagages. Ils placèrent les cartons et les valises dans un grand filet et les soulevèrent vers le bateau.

Avec beaucoup de difficultés, je trouvais l’agence des remorques. Laisser la remorque fut un grand soulagement. Il était alors tard, nous étions affamés et nous avions besoin de repos. Je commençais à chercher un hôtel pour passer la nuit. Beaucoup d’hôtels du centre ville nous refusèrent parce que nous avions des enfants. Dans cette ville sans cœur, je m’adressais à six ou sept hôtels et tous refusèrent en voyant nos enfants.

 

Finalement, non loin de Manhattan, j’entrais dans un hôtel plutôt terne. Un vieil homme était assis à la réception. Lorsqu’il me demanda combien nous étions, je mentis et lui dis que nous étions deux adultes et un enfant de 3 ans déjà endormi et qui ne dérangerait personne. Il hésita, mais je le suppliais en lui expliquant que nous étions fatigués d’un long voyage et que nous avions conduit deux jours sans arrêt. Tout ce dont nous avions besoin était d’une chambre pour une nuit. Il nous accepta pour une seule nuit à payer d’avance. Il demanda aussi que l’enfant reste tranquille et dans la chambre jusqu’à notre départ le lendemain matin. J’acceptais et lui payais ce qu’il demandait plus un pourboire de 2 dollars au cas où il se rende compte que nous avions un bébé de six mois. Je laissais sa mère le glisser dans la chambre et heureusement le réceptionniste ne le remarqua pas. Le lendemain matin il le vit, mais il était trop tard pour qu’il fasse quoique ce soit. Tout ce qu’il put faire fut de grommeler et nous jeter un regard noir.

 

Ce matin-là, nous nous levâmes tôt et prîmes un bon petit déjeuner. Nous cherchâmes le revendeur de voiture new-yorkais où nous devions livrer la voiture. Après avoir demandé plusieurs fois notre chemin, nous livrâmes la voiture et le responsable me délivra un formulaire de congé. Nous prîmes un taxi et nous dirigeâmes directement vers le bateau allemand. Le capitaine nous accepta sur le bateau et nous donna deux chambres adjacentes avec quatre lits. Ces chambres devaient être les nôtres pour tout le voyage. Nous décidâmes d’utiliser une chambre pour dormir et l’autre pour nos valises et toutes les affaires qui ne nous seraient pas utiles durant la traversée.

 

Dès que nous fûmes installés dans nos chambres, le steward vint nous voir. C’était un homme jeune, d’environ 25 ans et qui se montra, plus tard, être à l’exact opposé du capitaine : gentil, courtois et serviable. Il demanda si nous avions besoin de quoique ce soit pour rendre notre voyage plus agréable et nous apprit alors que nous étions les seuls passagers à bord. Effectivement il est plutôt rare que les cargos prennent des passagers et ils sont dépourvu des commodités classiques nécessaires à leur transport. Mais en cas d’urgence, le vaisseau était équipé de trois chambres qui leur étaient réservées, et qui pouvaient accueillir six personnes.

Le steward nous informa que nous devions dîner avec le capitaine du bateau, le commandant en chef et l’ingénieur en chef. Tout au long du voyage, nous prendrions nos repas dans la salle à manger principale. Le petit déjeuner était proposé sous forme de buffet entre 6 h 30 et 8 h 00. Le déjeuner et le dîner seraient servis à heures précises : le déjeuner à 12 h 30 et le dîner à 18 h 00. Le capitaine, nous prévint le steward, était un homme très à cheval sur la ponctualité des repas. Il nous montra alors où étaient la salle à manger et le salon principal, non loin de nos chambres.

 

Pour notre premier dîner sur le bateau, nous avions tous trois, ma femme, ma fille et moi, soignés nos tenues vestimentaires. Nous laissâmes notre bébé de six mois s’amusant avec sa tétine. Nous espérions qu’elle ne pleurerait pas pendant que nous prenions notre premier dîner digne de ce nom depuis Chicago. À notre entrée dans la salle à manger, le capitaine et les officiers se levèrent pour nous saluer. Tous étaient amicaux et gentils, même le capitaine changea d’attitude pour nous mettre à l’aise et nous montrer que lui aussi était un gentleman. La salle à manger était immaculée et le service méticuleux. Le steward et son assistant servaient les repas. Le premier repas sur le bateau n’était pas à notre goût. La cuisine allemande était un lourde et le porc très gras. Je mangeais seulement des pommes de terre bouillies et des légumes, laissant le porc. Ma femme et ma fille mangèrent ce qui était servi, sans appétit. Le dessert en revanche fut délicieux et nous nous régalâmes.

 

Nous devions partir dans l’après-midi, mais le départ fut retardé jusque tard dans la nuit. Enfin, le bateau fut guidé jusqu’à la sortie du port de New York par un remorqueur et nous partîmes en pleine mer.

 

Alors que le bateau s’éloignait, nous regardions les belles lumières brillantes de la ville et ses majestueux gratte-ciel. La vue était inoubliable. Cela me rendit un peu triste. Je quittais, sans doute pour toujours, ce grand pays dans lequel j’avais à peine commencé à m’installer. Même si je me réjouissais de vivre au Liban, proche de ma famille, dans une société moyen-orientale que je préférais, je me sentais redevable de l’opportunité que l’Amérique m’avait offerte d’aller à l’Université et d’y recevoir une bonne éducation. J’y avais aussi initié mon expérience professionnelle d’ingénieur et commencé à fonder une famille. Je devais beaucoup à ce grand pays que nous quittions.

 

Debout, regardant pour la dernière fois les lumières de New York, alors que s’allongeait la distance entre nous et la terre, je restais pensif et ému. Je doutais d’avoir pris la bonne décision.

 

Je savais que mon déménagement au Liban me ramenait plus près de ma famille et du docteur Dahesh - les personnes auprès desquelles je désirais vivre. Mais, j’étais moins sûr d’avoir un travail fixe et un bel avenir. Je prenais un gros risque en misant tout sur une lettre reçue d’une société libanaise m’offrant un travail. Quelle était la taille de la société, était-elle stable ? Je n’en savais rien. Je ne l’avais même pas vérifié et j’avais accepté ce travail sur un coup de tête, sans plus de questions. Tout ce que je pouvais faire était d’espérer et de prier afin que tout se passe bien et que la société libanaise soit stable et propère. Il est vrai que j’avais pris une décision imprudente en quittant l’Amérique, le pays le plus riche et le plus avancé du monde, pour le Liban, un petit pays en voie de développement, gangrené par la corruption et le fanatisme sectaire. Malgré celaj’avais fait mon choix et il n’était pas question de revenir en arrière. Nous étions en route pour le Liban.


 

Chapitre Quatrième

 

Les trois premiers jours en mer se déroulèrent calmement, sans événement notable. Nous regardions la mer et à allions de nos chambres au salon et à la salle à manger.

Je peux dire que pendant tout le voyage nous n’appréciâmes pas du tout la nourriture. La cuisine allemande n’était pas à notre goût. Tous les plats principaux étaient à base de porc. Et à notre grand malheur, nous découvrîmes bientôt que c’était la viande préférée du capitaine. Même sa soupe favorite, servie presque un jour sur deux, était faite avec des pieds de porc !

 

Élevé dans la culture musulmane, je n’avais jamais mangé de porc auparavant et je n’allais pas commencer à en manger parce que le capitaine l’aimait. De son côté, le capitaine, qui avait sûrement remarqué notre aversion pour la nourriture à bord, ne montra aucun un signe de compromission concernant ses habitudes alimentaires. Il n’allait certainement pas changer son menu pour nous qui ne représentions à ses yeux qu’une famille d’auto-stoppeurs. Durant tout le voyage, le capitaine ne sembla pas se soucier de savoir si nous mangions ou non notre dîner. Nous n’osions pas nous plaindre. Nous avions le transport gratuit vers le Liban et si la nourriture ne nous convenait pas et bien tant pis. Nous devions faire avec ou sans.

Ma femme et ma fille de 3 ans pouvaient tolérer la nourriture. Quant à notre bébé de six mois, il avait un stock de petits pots et du lait en poudre. J’étais celui qui soufrait le plus. Quand du poulet ou du poisson était servi, nous mangions goulûment. Les desserts étaient toujours délicieux et le steward, qui compatissait avec nous, nous en servait toujours une bonne portion. Nous compensions le manque de viande en mangeant de copieux petits déjeuners et beaucoup de desserts.

 

Tôt, le matin du troisième jour, le temps changea totalement. Nous avions des difficultés à prendre notre petit déjeuner, à cause du violent tangage du bateau. Il était presque impossible de rester assis à table ou de maintenir nos assiettes en place. Le steward nous suggéra de rester à l’intérieur de nos cabines et de ne pas bouger pour ne pas nous blesser. Il dit qu’il nous apporterait nos repas dans la chambre. Alors que le tangage devenait de plus en plus violent, nous décidâmes qu’il serait mieux de disposer les matelas, couvertures et coussins par terre pour éviter de nous faire mal si nous tombions du lit. Nous dormirions tous sur le sol entre les deux lits. À la nuit tombante, la tempête était terrifiante. Elle se déchaînait furieusement et, à l’intérieur de la cabine, les bruits de craquements dus à la pression de la tempête sur la coque du bateau étaient horribles.

 

À dix heures cette nuit-là, j’entendis frapper à la porte. C’était le steward. Il nous informait que le capitaine nous ordonnait de rester dans nos cabines jusqu’à avis contraire. À partir de maintenant la nourriture nous serait servie dans nos chambres. Nous traversions une violente tempête et la situation était préoccupante. Le bateau était en danger. Dès qu’il partit, je fermais la porte de la cabine et retournais m’allonger par terre à côté de ma famille endormie. Pendant cette nuit turbulente et angoissante, j’essayais de dormir, sans y parvenir. Dans la chambre noire et secouée, je me mis à prier silencieusement, implorant Dieu de nous aider à nouveau. Cette nuit-là, la colère de la tempête était formidable, et nous redoutions le naufrage. Malgré tout, d’une certaine manière, j’étais en paix avec moi-même, je n’avais pas peur et, au fond de mon cœur, je sentais que je serai sauvé de cette horrible épreuve grâce à l’aide, à la grâce et à la pitié de Dieu.

 

Le matin suivant, le steward nous amena des sandwiches et des thermos contenant du café, du lait chaud et de l’eau chaude. Pendant ce temps, la tempête continuait avec furie, sans jamais aucun signe d’accalmie. Nous restâmes dans notre chambre comme le capitaine l’avait ordonné ; mais je m’ennuyais et décidais de m’aventurer hors de la cabine pour voir ce qui se passait.

 

Alors que j’avançais lentement sur le pont, je m’accrochais fortement à tout ce que je pouvais trouver pour ne pas tomber. Ce que je vis était terrifiant. Des montagnes d’eau gigantesques nous entouraient, balançant le bateau de haut en bas comme un fétu de paille pris dans un torrent fou. Le ciel au-dessus de nous était noir et menaçant. Le tableau était épouvantable et en, même temps, fascinant. Je ressentis l’insignifiance de notre condition d’homme sans mesure face à la création divine, confronté à la rage et la colère de la nature. La tempête s’acharna sur nous durant trois jours pendant lesquels je m’aventurais hors de la cabine occasionnellement quelques minutes pour contempler le spectacle. Ma femme et mes deux filles ne virent pas le jour une seule fois. Enfin, la tempête s’apaisa et nous fûmes autorisés à circuler librement sur le bateau et à prendre à nouveau nos repas avec le capitaine.

 

Nous continuâmes notre voyage pendant encore dix jours lorsque nous arrivâmes à Tripoli en Libye, dans la nuit, avec quatre jours de retard. La tempête avait contraint le capitaine de changer de route au milieu de l’océan et de naviguer plein sud vers Cuba et les Bermudes, pour éviter l’œil du cyclone.

 

Le matin suivant, nous décidâmes de débarquer et de faire le tour de la ville. Nous prîmes les enfants avec nous, pensant que cela leur ferait du bien, surtout à notre fille de six mois qui pendant tout le voyage était restée dans la chambre. Pour la première fois depuis notre départ de Chicago, notre bébé de six mois s’assit joyeusement dans sa poussette, impatiente de voir le monde extérieur. Le centre-ville était proche du port, à peine 15 minutes de marche. Nous nous promenâmes le long des quais et dans les rues de Tripoli. Il n’y avait rien de particulier à voir dans la ville. Le pays était encore pauvre et sous-développé. Nous vîmes d’énormes quantités d’équipements de construction éparpillés un peu partout. De gigantesques piles de grands tuyaux étaient destinés à la construction de pipelines qui transporteraient le pétrole des champs libyens dans le désert. Le pays était sur le point de devenir un producteur de pétrole important et riche.

 

Nous marchâmes le long des rues du marché où je changeais un billet de 20 dollars en monnaie locale. Je commençais à chercher un restaurant. Nous pouvions enfin nous offrir un repas satisfaisant. Mais nous ne trouvâmes pas de restaurant acceptable. Nous ne croisions que des petites boutiques de sandwiches ou de thé sales et peu accueillantes. Nous continuâmes vers le centre ville. Soudain, le mot « Ristorante» attira mon attention, écrit au-dessus de la porte d’entrée de ce qui ressemblait à un bar. Nous entrâmes. C’était un petit restaurant-bar italien tenu par un Italien et, sans doute, sa femme. L’endroit était propre et joliment décoré. Sur les tables, des bouteilles de vin vides recouvertes de paille et des nappes à carreaux. Toute la décoration du restaurant évoquait l’Italie, et rien, à l’intérieur, n’indiquait que nous étions dans un pays arabe. Le menu était écrit en italien et les consommateurs, les étrangers comme les Libyens, parlaient italien. Nous commandâmes des spaghettis à la sauce tomate et sans viande, quelle qu’elle soit. La cuisine allemande sur le bateau nous avait dégoûté de toute viande et m’avait rendu quasi végétarien. À ce propos, je note que ma fille de trois ans grandit sans jamais aimer la viande, d’aucune sorte. Elle est maintenant totalement végétarienne. Je ne pourrais jamais savoir avec précision si cette expérience sur le bateau et ce porc gras y fut pour quelque chose ou non ! Nous fîmes bon accueil à la nourriture italienne et appréciâmes beaucoup les spaghettis. Sur notre chemin de retour au bateau, nous achetâmes des oranges et quelques souvenirs.

 

Le bateau quitta le port de Tripoli tard cet après-midi-là et nous naviguâmes directement vers Beyrouth. Heureusement, cette fois, rien ne troubla plus notre voyage. Le climat méditerranéen était agréable et doux, et la mer calme. Environ trois jours après, nous arrivâmes à Beyrouth le 22 février 1964, dans l’après-midi. Mais le bateau ne put pas s’amarrer au port de la capitale car tous les quais étaient pris. Nous devions attendre notre tour, avec les autres bateaux, en pleine mer. Ma famille, mise au courant de la situation, décida de nous aider à débarquer en mer. Ils envoyèrent un bateau à moteur le long du cargo pour nous amener à terre avec nos bagages. Avant de partir, j’allais voir le capitaine pour le remercier, puis le steward. Je tentais de lui remettre un pourboire de 20 dollars, mais il refusa. Je me sentis coupable de l’avoir peut-être involontairement insulté et espérais ne pas avoir offensé cet homme fier et bon.

 

Nous embarquâmes sur le bateau à moteur le long de la coque. Nos bagages furent placés dans un grand filet. Mais lorsque les hommes le descendirent, le crochet se détacha et tous nos bagages tombèrent à l’eau. Les six caisses contenant tous les objets lourds et importants emmenés coulèrent immédiatement. Le reste de nos affaires furent sauvées par deux marins qui se jetèrent à l’eau.

 

Après cet incident, nous passâmes la douane libanaise. Ils nous posèrent des questions de routine et nous laissèrent aller, sans même inspecter nos bagages mouillés. Du port, nous nous rendîmes chez ma mère. Nous arrivâmes en fin d’après-midi. La maison était pleine, presque toute la famille et les amis étaient là pour nous accueillir. Ali arriva une heure plus tard avec sa femme et leur fille qui venait de naître. Après nous être reposés un peu, Ali vint vers moi et me suggéra d’appeler le docteur Dahesh, qu’il avait prévenu de notre arrivée, quelques jours auparavant. Je pensais l’appeler le lendemain, mais que j’allais le joindre maintenant.

 

Il fut heureux d’apprendre que j’étais bien arrivé avec ma famille. Et me demanda si j’avais toujours sur moi le billet d’une livre libanaise dans mon portefeuille et si je l’avais ouvert. Je répondis que je l’avais toujours et que je n’y avais pas touché. Il me recommanda de l’ouvrir et de le lire devant tout le monde. Je tirais le billet d’une livre de mon portefeuille et le dépliais pour la première fois. D’un côté mon nom était entouré comme je l’avais écrit sur le papier blanc d’origine, qui s’était transformé en billet. Et sur l’autre côté une étonnante prophétie était écrite prédisant les événements qui s’étaient déroulés. La prophétie annonçait que j’arriverais bien à Beyrouth avec ma femme et mes deux filles (ma seconde fille n’était pas née lorsque la prophétie me fut remise), le 22 février 1964, vers midi après que le bateau eut changé sa route vers Cuba et les Bermudes pour éviter le plus fort de la tempête. La prophétie était très détaillée et elle décrivait des événements qui avaient eu lieu sept mois après que le docteur me l’eut donnée. La prophétie mentionnait aussi les numéros gagnant du dernier tirage de loterie. Tout le monde dans la pièce fut ébahi lorsque je la lus. Pour ma part je fus totalement étonné et choqué par la Prophétie et à compter de ce jour, je crus en le docteur Dahesh et ne rendit visite lorsqu’il le permettait.

 


 

Chapitre Cinquième

 

Quelques jours plus tard, je prenais mes fonctions dans la société libanaise, enthousiaste et plein d’espoir. Malheureusement, ce travail sur lequel reposaient tous mes rêves se révéla vite être une expérience douloureuse et destructrice. Le Président de la société déçut toutes mes attentes. Il avait mauvais caractère et se montrait lunatique et sans scrupules. Après un mois, je m’aperçus qu’il n’envisageait aucune réforme de sa société, ni d’amélioration des normes de travail. Il se désintéressait totalement de nos discussions lorsque j’exprimais le besoin d’appliquer les connaissances d’ingénierie industrielle que j’avais acquises en Amérique. Je ne comprenais pas pourquoi il m’avait engagé, ni pourquoi il m’avait débauché d’un emploi stable aux États-Unis pour me faire venir au Liban avec ma famille. Il m’empêchait délibérément de faire mon travail. Son attitude envers moi était absurde et dépassait mon entendement. Sans doute n’étais-je que la pièce d’un puzzle assemblé par cet homme pour impressionner les actionnaires de la société. Il leur présentait l’image d’une entreprise d’avant-garde, avec des équipements modernes, et dirigée par des techniciens et des ingénieurs expérimentés. Par ailleurs, je commençais à le gêner en découvrant peu à peu tous les aspects illégaux de la société, des affaires dans lesquelles il ne voulait pas que j’intervienne. Un mois et demi après avoir commencé, je réalisais que j’étais victime de cet homme. Je me rendis compte que j’avais commis une terrible erreur en négligeant de m’informer sur la société et sur l’homme qui l’administrait avant de venir au Liban. J’aurais pu écrire à l’attaché commercial de l’ambassade des États-Unis à Beyrouth pour qu’il fasse des recherches, mais je ne l’avais pas fait et, maintenant, je devais en assumer les conséquences.

 

À mon arrivée, le président de la société me salua et prétendit que j’aurai les mains libres pour organiser les améliorations industrielles, et pour étudier les services de l’usine pendant plusieurs semaines. J’acceptais son offre avec enthousiasme et je commençais une étude de l’usine.

 

J’avais envie de faire du bon travail et de prouver mon efficacité. Ce fut durant cette période d’adaptation que je remarquais beaucoup de pratiques illégales et de mauvaises habitudes de travail. Tout d’abord, il y avait trop de machines laissées à l’abandon. Elles étaient là sans usage apparent. J’observais aussi beaucoup de travail dédoublé, des problèmes de qualité négligés et des standards de sécurité très insuffisants et auxquels personne ne prêtait attention. Mais la chose la plus choquante que je découvris à l’usine fut les mauvais traitements et les intimidations infligés occasionnellement aux travailleurs. Certains d’entre eux étaient même battus par des voyous. J’étais certes préparé à rencontrer des problèmes d’inefficacité voire des malversations dans une société libanaise. Mais une organisation employant des voyous pour rôder autour des ouvriers et les terroriser en plein jour au vu et au su de tous, je ne m’y attendais pas, et je ne pouvais le tolérer.

 

Tous ces problèmes me perturbaient, mais la chose qui m’ennuyait le plus était la présence de deux ou trois scélérats omniprésents dans l’usine. Ils s’assuraient que tous les ouvriers faisaient leur travail sans se plaindre. Si un ouvrier montrait des signes d’insatisfaction, il était sûr d’être tancé par ces brutes. Ils ne faisaient rien d’utile dans la société, sans scrupules, ils devaient intimider les ouvriers et rapporter tout ce qui se disait à leur patron.

L’autre point préoccupant était la déperdition de capital. De nombreuses machines inutilisées trônaient dans tous les départements de l’usine. Je découvris plus tard qu’elles n’avaient d’autres buts qu’augmenter la valeur de l’entreprise.

Lorsque j’essayais d’alerter l’attention du président sur ces problèmes, en suggérant d’y remédier, il me demanda de retourner aux ateliers pour faire d’autres études. Je continuais encore quelques semaines et après un mois et demi, je décidais de dire au président que j’avais réalisé suffisamment d’études. Je lui proposais de passer à l’action en changeant les méthodes de travail, de mettre en œuvre ce pour quoi j’avais été embauché. Je subodorais alors qu’il n’était absolument pas intéressé par de quelconques améliorations. Comment un tel homme pouvait juger de réformes utiles quand son usine était gangrenée par des pratiques illégales ? À peine eus-je abordé le problème, qu’il se mit dans une rage folle. Et pour la première fois, il me ridiculisa, il me traita comme un sot inexpérimenté. Il m’insulta si fort et si clairement que tout le monde, dans les proches bureaux des ingénieurs et de la comptabilité, l’entendit. Je voulais partir sur le champ, mais je ne le pouvais pas, car j’avais besoin de ce travail. Dans un ordre social basé sur la corruption et une organisation clanique comme au Liban, les emplois étaient très difficiles à trouver. Donc, j’ai ravalé ma fierté et n’ai pas soufflé mot. D’autre part, le président avait agi envers moi selon sa réputation d’homme brutal et vulgaire dans ses rapports avec ses employés. Il avait l’habitude d’injurier des gens et parvenait toujours à créer une atmosphère tendue dans son entreprise.

 

De nombreux essais de ma part pour créer une relation de travail avec lui tombèrent à l’eau. Il refusait toutes mes suggestions de réformes et son attitude envers moi devint de plus en plus dure. En fin de compte, il minimisa mon rôle jusqu’à ce que je n’aie plus accès aux dossiers importants. Toutes les réunions de direction se tenaient sans moi. Tout se passa trop rapidement. Je travaillais seulement depuis deux mois lorsque tout se mit en place. Travailler pour cette société devint une expérience humiliante et intolérable. Le président ne m’aimait pas du tout et je sentais que ma présence l’irritait. Il voulait que je démissionne, aussi simplement que cela. Comme si les épreuves que j’avais traversées n’avaient aucun sens. Je n’allais pas lui donner la satisfaction de démissionner aussi facilement sans le faire payer pour les dégâts qu’il causait. Je savais qu’il voulait se débarrasser de moi et j’attendais juste qu’il fasse le premier pas. Je pensais que s’il me renvoyait, je pourrais le poursuivre en justice pour avoir rompu mon contrat de travail. Mais, au Liban, la défense du droit du travail était un vain mot. Il n’y avait plus de communication entre nous et je restais assis dans mon bureau pour faire acte de présence. J’essayais de réfléchir à la façon de me sortir de cette situation difficile. Je ne prenais même plus la peine d’aller dans les ateliers. C’était une perte de. Mes jours étaient comptés et j’attendais juste qu’il me renvoie.

 

Pendant toutes ces horribles semaines, où j’étais tourmenté par les insultes et les humiliations de cet homme, je trouvais le réconfort auprès du docteur Dahesh. Sa bonté me rassurait et m’élevait spirituellement. Chaque visite qu’il me permettait de lui rendre devint un agréable refuge contre le monde cruel et sans cœur, un temps de consolation, d’espoir et de courage spirituel.

 

Un jour vers la fin de mon second mois dans la société, je restais plus tard qu’à l’habitude au bureau. J’essayais de terminer mon curriculum vitae que je préparais dans l’espoir de trouver un meilleur travail. J’allais partir, quand j’entendis de grands cris de panique provenant du bureau du président. Instinctivement je courus vers le bureau et ouvris la porte pour voir si quelqu’un était blessé ou avait besoin d’aide. Ce que je vis était impensable. Un ouvrier, les pieds et mains liés, était maintenu tête en bas par deux voyous. Le président frappait le pauvre homme de toutes ses forces sur ses pieds nus à coups de fouet, tout en hurlant des injures et des jurons. L’ouvrier criait de douleur et demandait grâce. Je pouvais à peine croire ce dont j’étais témoin. J’étais terriblement choqué que de telles pratiques puissent avoir lieu à notre époque à l’encontre de pauvres gens et au sein d’une grande société. Je savais que le président avait deux ou trois sbires qui parcouraient l’entreprise pour intimider les ouvriers qui se plaignaient, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il s’implique personnellement dans un acte aussi cruel.

 

Lorsque le président me vit entrer inopinément dans son bureau, il fondit dans une colère noire. Il pensait sans doute que tout le monde était parti. Quand il réalisa que je l’avais pris sur le fait en train de battre un ouvrier sans défense, il commença immédiatement à m’injurier en blasphémant et employant des mots que seuls les voyous utilisent. Plein de haine, il me jeta des insultes. Il me dit alors de ne jamais revenir à l’usine et qu’il voulait ne plus jamais me revoir.

 

À cet instant, je me serais bien jeté sur lui si ses deux hommes de main n’avaient pas été présents. Je n’ai jamais haï autant personne que ce gangster libanais qui m’avait causé tant d’angoisse et de souffrance. Je le regardais avec haine et dégoût, sans dire un mot. Je lui claquais la porte au nez et partis, prenant avec moi les quelques affaires qui m’appartenaient. Je me sentais soulagé que tout fut terminé. J’avais espéré ce moment et c’était enfin arrivé. La question était que faire maintenant ? Comment m’arranger financièrement avant de trouver un autre travail.

 

Quand il me renvoya, l’odieux personnage me devait un mois de salaire, soit 1000 livres libanaises. Ce n’était pas beaucoup, mais j’en avais besoin. Quelques jours plus tard, j’appelai le comptable de la société et lui demandai de me poster mon chèque. Il me dit qu’il ne le pouvait pas car le président de la société avait intercepté mon chèque de salaire. Je ne serais pas payé. Même si je l’avais été, je savais que les dommages financiers qu’il m’avait infligés étaient incalculables. La somme totale de ce que j’avais gagné depuis que j’avais commencé à travailler se montait à 1000 livres libanaises, un mince salaire équivalant à 300 dollars. J’étais victime d’un businessman libanais cruel et sans principes.

 

Ce soir-là quand je rentrais à la maison, je n’étais pas triste d’avoir perdu mon travail car je savais que tôt ou tard, j’aurai quitté la société. J’étais embarrassé et je ne savais que faire. Je devais entretenir ma femme et mes enfants. Ma seule consolation était que nous avions encore un toit au-dessus de nos têtes car nous vivions avec ma mère qui avait une chambre libre pour nous. Nous allions aussi partager la nourriture de la famille jusqu’à ce que je trouve un autre travail. Dès que je rentrais à la maison, ma femme sentit que quelque chose n’allait pas. Elle savait que j’avais été malheureux au travail ces dernières semaines. Lorsque je lui dis que j’avais été renvoyé, elle fut bouleversée et désolée, non pas parce que j’avais été renvoyé, mais parce que j’avais abandonné un bon travail en Amérique pour finir sans emploi et presque sans argent au Liban.

Toute cette histoire était une expérience terrible et choquante. J’étais profondément meurtri et me sentais victime. La vie semblait remplie d’expériences tristes et malheureuses, pour la plupart créées par l’homme et sa capacité infinie de nuire et de faire souffrir les autres hommes.

 

Quelques jours passèrent et je décidais de faire appel à l’Ambassade des États-Unis à Beyrouth. Je rencontrais l’attaché commercial et lui exposais le problème avec la société libanaise. J’espérais que l’Ambassade essaierait de faire pression pour que l’on me paie des compensations basées sur la rupture de mon contrat de travail. Après tout, j’étais un citoyen des États-Unis ruiné dont les droits avaient été cruellement violés par une compagnie étrangère. Si la société refusait de me donner des compensations, j’espérais que l’ambassade pourrait exercer de subtiles pressions, comme de menacer de rapporter tout au département du Commerce américain ou à tout autre agence internationale de commerce, ce qui nuirait à la réputation de cette société.

 

L’Ambassade des États-Unis ne m’offrit pas l’aide escomptée et ignora ma demande. Ils ne prirent même pas la peine de contacter l’entreprise ou d’enquêter sur mon cas. L’attaché commercial me dit clairement qu’il n’intervenait pas dans des conflits commerciaux entre des citoyens américains et des sociétés étrangères. Il me suggéra de recourir à un avocat local. En même temps, il me conseillait de rentrer en Amérique sans attendre l’issue du procès. Il voulait que j’oublie tous les dommages financiers et moraux que j’avais subis. Je lui expliquais que je n’avais pas l’argent du voyage et que j’étais quasiment sans le sou, avec une femme et deux enfants à charge. Il ne me fut d’aucun secours.

Je pris l’avis d’un vieil avocat expérimenté. Après lui avoir soumis le problème, l’avocat me mit en garde contre les lenteurs du système judiciaire libanais. Un cas comme le mien prendrait des années à être résolu, s’il l’était jamais... Même si j’avais un argument convaincant, la lettre d’engagement ne disait rien sur les compensations en cas d’arrêt du travail. Mon cas ne pouvait donc pas être défendu devant la cour. Mes chances d’obtenir un règlement équitable dans les trois à cinq prochaines années étaient quasiment nulles. L’avocat me découragea encore plus en faisant valoir que le président de cette société était un homme très riche qui avait des amis très influents dans les cours de justice libanaises et au gouvernement. Il conclut que je ne devais pas perdre mon temps et essayer d’oublier toute l’affaire. Malgré tout, il essaierait de persuader le président de me payer le salaire qu’il me devait.

 

Je lui expliquais mon sentiment de révolte contre autant d’injustice et la ruine à laquelle la société m’avait acculé. Il persista, sa suggestion était la meilleure à offrir en ces circonstances. Il m’avertit, j’étais libre de faire ce que je voulais mais si j’allais voir d’autres avocats, ils me demanderaient beaucoup d’argent sans plus de résultat. Je lui laissais carte blanche et sortis de son cabinet outragé par l’injustice de ce système. Finalement, il put récupérer le salaire qui m’était dû : à peine 1000 livres libanaises.

 

Si je n’avais pas eu ma mère au Liban, j’aurai fini avec ma famille dans les rues de Beyrouth, comme un indigent.

 


 

Chapitre Sixième

 

Un mois plus tard, je trouvais un autre travail dans une usine de plomberie libanaise. Je devais y rester six mois. Le propriétaire était un vieux businessman. Même s’il était honnête et franc, il était un peu avare et les ouvriers savaient que leurs salaires étaient très bas. Le vieil homme pensait fermement qu’il fallait laisser ses employés dans le besoin. Malgré tout, pour la première fois dans l’histoire de cette usine, des feuilles d’analyse des spécificités et des coûts de chaque produit furent réalisées. Le propriétaire appréciait mon travail et ne voulait pas que je parte.

Mais vers la fin de 1964, j’acceptais une offre dans une grande société libanaise de restauration. J’étais embauché comme membre de l’équipe dirigeante avec un salaire de départ de près du double de celui que je gagnais dans la société de plomberie. J’aimais travailler pour cette nouvelle société et ma situation financière s’améliora substantiellement. Les propriétaires étaient trois frères bons et généreux. Ils me traitaient avec respect et m’appréciaient. Deux ans après mon arrivée, je devins membre du management avec les pleins pouvoirs. J’étais fréquemment consulté et souvent envoyé pour des missions d’ingénierie industrielle au Moyen-Orient et en Afrique. Un jour, je fus envoyé en mission dans la division des produits frais, dans les environs de Beyrouth. Je devais y étudier le management et faire des recommandations sur toutes les améliorations nécessaires. J’étais en mission depuis seulement quelques jours quand je notais l’arrivée de plusieurs chargements d’avocats verts et frais. Ils devaient être triés et emballés à l’entrepôt, dans des cartons spéciaux avant d’être expédiés en Angleterre. La commande d’avocats était très importante et occupait tout le monde, pendant plusieurs jours. Par curiosité, je demandais au responsable comment l’avocat était servi et consommé car je n’en avais jamais goûté. Il m’indiqua que c’était un fruit riche et goûteux, peu aimé au Liban, mais très apprécié en Europe. Il pouvait être dégusté soit en salade soit nature. Il me suggéra d’en prendre quelques-uns et de les goûter quand ils seraient mûrs, dans deux semaines, car ils étaient encore durs et immangeables. Le manager m’apporta alors six gros avocats dans un sac de papier.

 

Plus tard dans l’après-midi, j’appelai le Docteur Dahesh et lui demandai de passer le voir dans la soirée. Je pouvais passer quand je voulais. Lorsque je quittai l’entrepôt ce soir-là, j’allai directement chez le docteur. Sur le chemin, je me souvins qu’il aimait les fruits exotiques. Peut-être aimerait-il les avocats ? J’allais lui en apporter.

 

Après être entré dans la maison, j’allai au salon et saluai le Docteur et tous les autres daheshistes présents. Je donnai le sac de fruits au docteur sans commentaire, car je pensai que c’était trop insignifiant pour être souligné. Après lui avoir donné le sac, je cherchai une place pour m’asseoir dans le salon bondé. Je ne me souviens pas exactement combien de daheshistes étaient présents ce soir-là, mais le salon était plein et j’avais des difficultés à trouver une place. J’en trouvais une à l’opposé du docteur, de l’autre côté de la pièce. Un moment après, le Docteur ouvrit le sac en papier pour voir ce qu’il contenait. Lorsqu’il vit les avocats, il me demanda comment je savais qu’il les aimait. Je lui répondis que je n’en savais rien, mais que j’avais pensé que peut-être il les aimerait puisqu’il appréciait les fruits exotiques. Malheureusement, ajoutais-je, les avocats n’étaient pas mûrs et ils étaient trop durs pour être mangés tout de suite. Il devrait attendre deux à trois semaines pour que le fruit soit assez mûr.

 

Le docteur Dahesh, soudain habité par l’Esprit, dit qu’il allait faire mûrir ces avocats à l’instant même. Il prit un avocat du sac, plaça ses doigts au-dessus et dit : « Au nom de Dieu et son Prophète bien-aimé, que cet avocat mûrisse à cet instant.» Instantanément, il mûrit, d’un fruit vert clair il se transforma en un fruit vert foncé tacheté de brun. Il devint tellement mûr que ses doigts s’enfoncèrent dedans. Il fit la même chose avec un autre avocat et me lança le sac contenant le reste des fruits. Il me dit, ainsi qu’aux autres daheshistes, de manger les deux avocats mûrs car ils contenaient de bons sayals. Nous partageâmes les deux avocats mûrs même si chacun n’eut qu’une petite portion. C’était la première fois que je goûtais ce fruit. Les autres avocats dans le sac étaient toujours aussi clairs et verts qu’avant. Toutes les personnes présentes dans la salle louèrent Dieu tout puissant de nous avoir permis d’être témoins d’une révélation spirituelle aussi merveilleuse. Ce fut à cette période que mon attachement au docteur Dahesh et au Daheshisme s’approfondit.

 

Retrouver le docteur chez lui devint source d’une grande joie. C’était le temps du réveil et des connaissances spirituelles, et, dans sa maison, se produisaient des révélations et des merveilles divines. Mais il n’était pas facile de le voir et, parfois, plus d’une semaine se passait avant que moi ou mon frère Ali soyons autorisés à venir. Des millions de personnes voulaient le rencontrer pour une raison ou une autre. Mais il ne pouvait les voir toutes. Quand il me manquait trop, j’allais me réconforter auprès de son compagnon et confident, le docteur Farid Abou Soleiman, à sa clinique au centre de Beyrouth. Je n’étais pas le seul non plus à rechercher la compagnie du docteur Farid Abou Soleiman, beaucoup faisaient de même. Et parmi eux, certains étaient sincèrement désireux d’apprendre sur le merveilleux homme de miracles et son message spirituel ; mais d’autres se révélaient être des informateurs mal intentionnés et des ennemis secrets.

Avec le temps, mes visites au docteur Dahesh devinaient de plus en plus fréquentes. Il m’autorisait à le voir plus souvent et je commençais à être accepté comme un des daheshistes. À ma grande fierté et joie, le docteur parlait de moi comme d’un frère, même si je n’étais qu’un débutant et ne comprenais pas totalement la signification du message spirituel daheshiste. Je lui devenais de plus en plus dévoué, tout comme mon frère Ali. J’étais impressionné par ses révélations spirituelles et ses miracles, sa philosophie inspirée et ses enseignements divins. J’admirais sa dévotion au bien et aux grandes valeurs et son exécration de tout ce qui était mauvais. Je crus en lui ! Je devins daheshiste.

 

En ce temps-là, ils étaient des milliers à se presser dans la maison du docteur Dahesh pour le rencontrer. Je ne comprenais pas comment il avait la patience et le courage de tous les recevoir. Cela devait être une tâche épuisante à la fois mentalement et physiquement.

 

Les visiteurs venaient de tous les horizons, pour des raisons personnelles différentes, spirituelles, intellectuelles, émotionnelles et même matérielles. Mais quelles que soient les raisons de leur première visite, beaucoup devinrent de bons daheshistes. D’autres, daheshistes de la première heure, ne pouvaient plus suivre les principes spirituels et les normes du message du docteur et finirent par abandonner.

Il arrivait souvent, lorsque je venais chez le docteur, que je ne puisse le rencontrer que quelques minutes, à cause de toutes les allées et venues de visiteurs. En attendant mon tour, Zeina me faisait patienter dans le corridor des daheshistes. Je faisais ainsi la connaissances d’autres frères et sœurs qui me racontaient leurs expériences avec le docteur, ce qu’ils pensaient de l’homme et de son message spirituel. Beaucoup d’entre eux avaient des histoires émouvantes et miraculeuses à partager.


 

Chapitre Septième

 

Les daheshistes venaient de toutes les catégories socio-professionnelles, de tous les milieux. Ils étaient riches ou pauvres, vieux ou jeunes, ordinaires ou astucieux. Il y avait des physiciens, des avocats, des ingénieurs, des charpentiers, des étudiants, des femmes au foyer, avec leurs enfants. Certains étaient chrétiens, d’autres étaient musulmans ou juifs.

Ils se fondaient tous dans la nouvelle foi daheshiste, s’aimant et se sentant concernés les uns par les autres. La maison du docteur Dahesh était ouverte à quiconque cherchait vraiment un salut et un éveil spirituel. Tous les daheshistes n’avaient pas le même tempérament, ni le même niveau de connaissance religieuse et d’engagement. Certains étaient daheshistes depuis de nombreuses années, d’autres commençaient juste à comprendre cette nouvelle foi. Mais tous obéissaient, aimaient et respectaient leur docteur bien-aimé et croyaient à des degrés variés à son message religieux.

 

À cette époque, il me semblait qu’ils interprétaient tous l’identité spirituelle du docteur Dahesh et sa philosophie assez différemment les uns des autres. Le docteur n’en semblait pas gêné. Il laissait la possibilité à chaque individu d’arriver à sa propre conclusion quant à sa personne et à son message spirituel. Je n’ai jamais entendu le docteur réprimander qui que ce soit pour les croyances qu’il avait. Je ne l’ai jamais entendu dire non plus qu’il était un prophète. Mais lorsqu’il était ravi par l’esprit, à plusieurs occasions, j’ai entendu l’Esprit se référer au docteur Dahesh comme le « Prophète bien-aimé ».

 

Sans exception, tous les daheshistes que je rencontrais à la clinique du docteur Farid ou à la maison du docteur Dahesh pendant cette période, et depuis lors, croient que le docteur est le fondateur d’une nouvelle religion. Elle a été attestée par les révélations spirituelles et les miracles que le docteur Dahesh ne pouvait exécuter que lorsqu’il était ravi par l’Esprit saint. Les daheshistes pensaient que ces révélations et miracles ne pouvaient venir que de Dieu car ils n’étaient pas dépendants des lois physiques de la nature.

 

Pour tous les membres de cette foi, le docteur Dahesh était le fondateur d’une religion, sa religion n’est pas une secte ou un culte et est différent des mouvements religieux qui passaient çà et là dans le monde et qui ont pour buts d’avoir des adhérents en les attirants par leurs caprices et leurs inclinations. Les daheshistes que je rencontrais ne pensaient pas qu’ils trouvaient une voie facile pour être sauvé. On ne leur a jamais dit non plus « Soyez vous-même et faites ce que vous avez envie, naturellement et spontanément », comme un gourou indien l’avait dit à ses adhérents pour qu’ils atteignent le salut spirituel et l’illumination. J’ai lu ce soi-disant message religieux, il y a quelques années. Il apparaissait sur une demi-page de publicité dans l’un des grands hebdomadaires américains. Quelle insulte au bon sens et quel affront à tous les enseignements religieux du monde !

 

Un bon daheshiste doit mener une vie de discipline morale et spirituelle, se conduire de manière vertueuse dans ses actes et ses pensées, et suivre les enseignements religieux divins dont l’essence est : l’amour, l’adoration et l’obéissance à Dieu et à ses commandements. Car Dieu est le créateur de toutes choses, la source de tout, le pouvoir, la sagesse et la pitié dans tout l’univers.

 

Les daheshistes croient aux anges de Dieu et en son Esprit saint. Tous deux effectuent la volonté divine dans l’univers entier. Ils croient aux récompenses et aux punitions et se souviennent toujours de cette règle : « Car ce que l’on sème, on le récolte » (Epître aux Galates 6:7). Chacun est responsable de ses actes, bons ou mauvais, et sera récompensé ou punit en conséquence, sur cette terre et après. Cette règle d’or est universelle et applicable dans tout le royaume de Dieu. Cela implique que, quoi que l’on fasse ou pense, même si c’est insignifiant, cela sera enregistré et retenu pour ou contre soi.

 

Cette règle d’or entraîne l’existence de la réincarnation. Car ce n’est seulement au travers de la réincarnation que la phrase «Comme tu as fait, il te sera fait : tes actes te retomberont sur la tête !» (Abdias 1:15) peut avoir un sens réel, la justice et la pitié infinies de Dieu comprises. La réincarnation est la seule explication rationnelle aux disparités et contradictions de la condition humaine, sans laquelle il ne peut avoir ni justice divine, ni pitié.

 

Les daheshistes croient aussi que l’univers est rempli par Dieu d’un nombre infini de mondes vivants. Qu’ils soient matériels ou spirituels, célestes ou infernaux, l’homme et la terre ne sont qu’une des créations de Dieu. L’homme devrait connaître sa modeste place dans le royaume infini de Dieu. Tout dans l’univers est sujet à la justice de Dieu et toutes ses créations reçoivent ce qu’elles méritent.

Telles étaient les grandes lignes de la philosophie daheshiste de l’époque ainsi que je les percevais. Plus tard, des aspects plus détaillés de la foi daheshiste se sont clarifiés à travers la lecture des textes inspirés du docteur Dahesh ou en écoutant ses enseignements spirituels et ses réflexions. Même si je suis daheshiste depuis plus de 25 ans, je peux dire qu’il y a encore des aspects de la philosophie daheshiste que je ne comprends pas complètement car ils sont au-delà de mes capacités intellectuelles et spirituelles. Le Daheshisme enseigne que la vérité absolue est au-delà de l’entendement humain. Mais, malgré tout, les vérités révélées par le docteur Dahesh nous mènent graduellement vers la vérité absolue. De plus, le chemin spirituel vers la perfection se révèle au fur et à mesure et proportionnellement lorsqu’on atteint la maturité spirituelle et la conscience, à travers la vertu et la pureté.

 

Si un individu atteint un certain niveau de conscience spirituelle, c’est-à-dire un sayal plus élevé, il sera capable de mieux accepter et comprendre les enseignements et la philosophie du docteur Dahesh. Il croira alors aux révélations et aux écrits inspirés du docteur Dahesh. Comme, par exemple, le fait que les plantes, les animaux et même les objets inanimés ont une conscience, peuvent communiquer entre eux, et ont la capacité de différencier le bien et le mal, en accord avec les règles du système spirituel qui régissent leurs mondes respectifs. Et ils sont eux-mêmes sujets à être récompensés ou punis, en fonction de leurs mérites, tout comme les humains le sont.

 

Ceci est un concept très difficile à accepter car sa réalité est cachée. Mais les daheshistes pensent que c’est une réalité car cela a été attesté et révélé spirituellement. Une partie de cette réalité a déjà été découverte par quelques scientifiques et, même s’ils ne sont pas daheshistes, ils possèdent une conscience et une intuition spirituelle très élevée qui les a amenés à une telle découverte. L’exemple suivant est une illustration du concept de « vérité » révélée à ceux qui sont préparés spirituellement à la recevoir.

Un individu peut être témoin d’un miracle qui est évident et indéniable. Mais parce que cet individu n’a pas un degré de conscience spirituelle très élevé, il le diminue sous n’importe quel prétexte mais les autres qui ont vu le même miracle vont témoigner de sa réalité. Cet individu n’est pas prêt et il ne mérite pas de comprendre la signification d’un miracle et donc il ne peut pas le comprendre. Dans ce cas, alors que la vérité est évidente pour certains, elle reste cachée pour cet individu.

Quant à l’identité spirituelle du docteur Dahesh, les daheshistes croient qu’il est un prophète. Il est le « Prophète bien-aimé » et aussi le « Consolateur » qui doit venir à la fin des temps.

 

En ce qui me concerne, je crois qu’il est un prophète, un saint homme aux pouvoirs miraculeux et aux enseignements spirituels et divins. Je l’aimais beaucoup qu’elle que soit son identité. À cette époque, faire partie de la famille spirituelle Daheshiste devint pour moi et mon frère l’événement le plus important et le plus heureux de nos vies.

 

Les heures les plus belles, nous les passions assis ensemble, avec les autres daheshistes, autour de notre docteur bien-aimé, en écoutant ses paroles inspirées et étant les témoins des révélations spirituelles et des miracles réalisés par la grâce et le pouvoir de Dieu. En particulier, je me souviens de ces temps mémorables, lorsque nous étions tous assis dans le corridor discutant en attendant le docteur qui recevait des visiteurs. Soudain, il entrait pour nous voir quelques instants et tout le monde se levait, heureux et ému de sa présence.

 

Si quelqu’un n’est pas daheshiste, il est très difficile de décrire le lien spécifique d’amour et de dévotion qui lie les daheshistes à leur docteur bien-aimé. C’est une relation semblable celle que Jésus décrit dans la Bible : « Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » (Jean 10:14). Les daheshistes savent qui était leur bon berger. Je me souviens, d’un après-midi, il n’était pas très occupé et, par chance, s’assit avec moi pour un bon moment. Nous parlâmes de différents sujets et, juste avant que je ne rentre, il me donna le Nouveau Testament (1). Il me demanda de le lui rendre quand j’aurais terminé ma lecture. Je n’avais jamais lu ce livre auparavant et lorsque je rentrais chez moi, je me demandais pourquoi le docteur m’avait remis le Nouveau Testament. Ce soir-là, allongé au lit, je commençais à le lire. Même si je devenais un daheshiste, j’étais encore influencé par ma culture musulmane. Je me sentais mal à l’aise lorsque je lisais des références à Jésus fils de Dieu ou à Dieu le Père qui était en Jésus et lui dans le Père. Ces mots, je les prenais littéralement et ils me semblaient un peu offensants et blasphématoires, car en tant que musulman, je croyais à l’unicité de Dieu et je ne pouvais accepter l’idée de Jésus comme Fils de Dieu. Je ne compris le symbolisme de ces références que plus tard, lorsque je devins un complet daheshiste. Quoi qu’il en soit, je continuais de lire la Bible et la gêne initiale que me procurait la phrase « Moi et le Père nous sommes Un » (Jean 10:30) commença à s’effacer. Cela ne me gênait plus et je commençais à apprécier la lecture des miracles de Jésus ; comme celui où il soigne les aveugles et les handicapés et lorsqu’il rend Lazare à la vie, après qu’il est mort depuis quatre jours. Incidemment, les musulmans croient aux miracles de Jésus et ils croient aussi au retour de Jésus à la fin des temps.

Alors que je lisais l’évangile selon Saint Jean avec intérêt et joie, je m’aperçus que le mot «Consolateur» et l’Esprit de vérité ainsi que d’autres versets y étant associés étaient soulignés en rouge. Puis je lus le verset 12 dans le Chapitre 16 de Jean, aussi souligné de rouge, qui disait :

 

« J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous expliquera les choses à venir.»

 

Je lus ce verset intriguant et me demandais s’il y avait un lien entre de docteur Dahesh, le « Consolateur » et l’Esprit de vérité mentionnés dans la Bible.

 

Je me mis à réfléchir sur les raisons qui avaient fait que le Docteur m’avait demandé de lire le Nouveau Testament alors que je ne l’avais jamais lu avant. Etait-ce pour que je remarque ces versets soulignés en rouge ? Je conclus que le docteur Dahesh essayait de me transmettre un message mais qu’il voulait que je le déduise par moi-même. Donc le docteur devait être le « Consolateur » ; et je fus transporté de joie. Après cela, je continuais de lire la Bible avec enthousiasme jusqu’à ce que je ne puisse plus laisser mes yeux ouverts et que je tombe de sommeil. Cette même nuit, j’eus le plus extraordinaire rêve de ma vie.

 

Je rêvais du jour du jugement dernier. Le ciel, au-dessus de moi, était complètement ouvert et d’énormes colonnes brillantes de lumière solaire descendaient du Paradis. À l’intérieur de ces énormes colonnes, des anges descendaient et montaient. En bas, sur la terre des millions de gens se rassemblaient, du monde entier, formant des files de queues infinies. Les gens, qui se rassemblaient, gémissaient. Ils souffraient et avaient peur. Beaucoup plaidaient et imploraient pitié car ils savaient la souffrance terrible et la punition qu’ils allaient recevoir. Je m’approchais de l’un d’eux et lui demandait où tous ces gens allaient. Il me répondit qu’ils allaient en Égypte, voir le docteur Dahesh. Ils allaient vers lui pour demander pardon et implorer une aide, afin que Dieu ait pitié de leur âme dans cette heure terrible de rétribution. Alors que l’homme répondait à ma question, j’entendais une voix forte qui criait afin que tous entendent : « Ce n’était pas la peine », criait-elle, « Ils n’obtiendraient aucune aide, car c’était déjà trop tard. Seuls ceux qui avaient cru au docteur Dahesh et avaient suivi ses enseignements et ceux qui avaient obéi aux Commandements et à la volonté de Dieu seraient sauvés. » Je me réveillais le matin tout tremblant de joie de ce rêve merveilleux et inhabituel. Je le racontais à ma femme qui pensa aussi qu’il était très beau et étrange. Ce soir-là, je rendis visite au Docteur Dahesh. Dès que j’entrais dans sa maison, je lui racontais mon rêve étrange. Il le trouva très inhabituel et demanda au docteur Farid de le noter. Je suivis le docteur Farid dans une pièce adjacente et lui rapportai tous les détails du rêve. Il en copia soigneusement tous les mots. Après cela, je retournais dans le salon où était le docteur Dahesh. Il ne fit pas de commentaires sur mon rêve et je ne lui dis rien de mes conclusions à propos du Consolateur mentionné dans la Bible. Ce ne fut pas avant 1968 que la question de l’identité spirituelle du docteur Dahesh fut résolue une fois pour toute dans mon esprit.

 

Un soir, j’annonçais au docteur Dahesh que j’allais quitter le Liban pour un voyage d’affaires de quelques jours en Amérique. Je lui de lui ramener quelque chose des États-Unis. Il ne voulait rien, mais me demanda d’emporter le manuscrit d’un livre qu’il avait écrit en arabe des années auparavant. Il n’avait pas été publié et était intitulé « Mémoires de Jésus de Nazareth ». Il voulait que je donne le manuscrit à un daheshiste de New York, autrefois professeur d’université au Caire, en Egypte. Le livre devait être traduit en anglais. Un jour avant mon départ je retournais voir le Docteur et pris le manuscrit qui, à cette époque, n’avait été lu que par quelques daheshistes. Il me permit de le lire dans l’avion. Ce que je fis. C’était le livre le plus émouvant que j’avais jamais lu. Je continuais de le lire avec une émotion intense jusqu’à ce que j’arrive au passage où le Christ, encore jeune, parle de sa seconde venue. Le lien entre le second retour du Christ et le docteur Dahesh était si évident et clair que lorsque je lus cette partie, des larmes me montèrent aux yeux. L’homme assis à côté de moi les remarqua et se tournant vers moi me demanda si quelque chose n’allait pas et s’il pouvait m’aider. Je le remerciais et répondis que mes larmes étaient des larmes de joie et que ce serait trop difficile à expliquer. À partir de ce jour, je ne questionnais plus jamais l’identité spirituelle du docteur Dahesh. Je concluais qu’il était le Consolateur, l’Esprit de vérité et le Prophète bien-aimé. Il était l’unique et même prophète que Dieu, dans son infinie pitié, continue d’envoyer sur terre pour la rédemption de l’homme, pour sauver l’homme. Dans le passé, à chaque fois qu’un prophète a été envoyé sur terre, il n’a révélé qu’une partie de la vérité qui puisse être comprise et acceptée par les hommes de l’époque, comme Jésus l’a dit : «J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent. Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera dans la vérité tout entière.» (Jean 16:12).

 

Cette fois-ci, le Prophète bien-aimé nous guidera vers la vérité complète !


 

Chapitre Huitième

 

La fréquentation du docteur Dahesh et des frères et sœurs daheshistes changea totalement ma vie, pour le meilleur. Heureusement, le docteur m’autorisait à le rencontrer tous les jours. Les anciens amis et connaissances que j’avais avant de le rencontrer me semblaient déplacés. Je ne trouvais plus en leur compagnie de points de vue communs, ni d’intérêts ; eux aussi, d’ailleurs, durent me trouver changé et un triste compagnon. Les seuls moments où j’étais totalement heureux étaient lorsque que je lui rendais visite au Docteur ou lorsque j’étais avec les autres compagnons daheshistes. Nous partagions des pensées et des aspirations similaires.

 

En 1967, je vivais heureux au Liban. L’expérience désastreuse par laquelle j’étais passé à mon arrivée était oubliée depuis longtemps. Mon travail dans la société de restauration était satisfaisant financièrement et psychologiquement, je l’appréciais. À cette époque, ma famille s’était agrandie avec les naissances d’une autre fille et d’un garçon. La vie était belle à vivre et semblait me récompenser. Mon frère Ali avait aussi trouvé un meilleur travail. Il avait maintenant deux filles et un garçon. Il était également heureux de sa vie, surtout quand il était près du docteur Dahesh. Même si ses revenus s’étaient améliorés, il restait très pauvre. Mais l’argent ne fut jamais important pour Ali et il partageait toujours le peu qu’il avait.

 

Un beau jour, alors que je lisais le journal, je remarquais grande publicité pour une société américaine d’exportation. On recherchait un directeur général des ventes pour chapeauter toutes les opérations commerciales au Moyen-Orient. Le poste nécessitait une grande expérience de la vente à l’international et une grande disponibilité pour voyager souvent dans la région. Ils préféraient que la personne ait une formation technique. L’annonce mentionnait que la rémunération et les bénéfices seraient excellents, même si le montant n’était pas spécifié. Les candidats étaient invités à un rendez-vous dans les locaux de la société à Beyrouth, à une heure précise le matin. Les entretiens devaient durer quatre jours et si quelqu’un d’intéressé ne pouvait pas venir aux horaires indiqués, l’entretien pouvait être arrangé le soir à l’hôtel Phoenicia, un hôtel renommé de Beyrouth Ouest. Par curiosité, j’appelais les bureaux de la société à Beyrouth et postulais pour ce travail.

 

L’homme qui répondit au téléphone était arabe. Il me posa quelques questions avant de me passer une autre personne qui était américaine. Je parlais brièvement à cet homme et lui dit que je ne pouvais pas venir à un entretien le matin car j’étais en poste à ce moment-là. Il me donna rendez-vous dans sa suite de l’Hôtel Phoenicia, à 18 heures, le jour-même. L’hôtel proche du Starco Center, où je travaillais.

 

Avant de rentrer à la maison ce soir-là, j’allai directement au rendez-vous et me retrouvai en train de frapper à la porte de la suite, à l’heure précise de mon rendez-vous. Un homme chauve et très amical m’ouvrit la porte. C’était le propriétaire et le directeur de la société d’exportation qui avait passé l’annonce. Il y avait deux autres hommes avec lui, deux Américains, comme lui. L’un deux était arabe de nationalité américaine. C’était le directeur des ventes qu’ils voulaient remplacer, car il voulait quitter son poste au Liban et retourner aux États-Unis. Tous trois s’entretinrent avec moi une heure durant et me posèrent diverses questions. À la fin de l’entretien, l’un deux me demanda combien je gagnais. Je répondis que je gagnais un bon salaire et que je ne souhaitais pas en divulguer le montant pour le moment. Je lui dis que j’étais plutôt satisfait et heureux dans mon travail. «Pourquoi avoir fait cet entretien ?» me répondit-il. Je voulais savoir si leur offre était vraiment bonne. Et si elle était aussi intéressante que le suggérait l’annonce, je pourrais éventuellement l’accepter. Sinon je ne changerais pas de job. J’étais direct et honnête avec eux. Je leur dis ce que j’avais en tête car cela m’était égal si j’étais embauché ou non. Lorsqu’ils me demandèrent le salaire que je souhaitais pour travailler avec eux, je leur donnais le double du salaire que je gagnais. Étais-je intéressé par une de salaire un peu moins importante mais avec un pourcentage de commissions sur les ventes plus important ? Je restais ferme et leur fis comprendre clairement que je ne travaillerais pas à moins. En vérité, je ne faisais pas le difficile ; honnêtement, cela m’était égal si j’étais pris ou non. J’étais simplement sincère. Ce n’est qu’après de nombreuses années que je découvrais que c’était exactement ce que l’on devait faire lorsqu’on postulait pour un poste dans une société américaine. Il faut être fort et ferme, en leur faisant croire qu’ils ont besoin de vous. S’ils sentent que vous avez besoin d’eux, quelles que soient vos compétences, ils essaient automatiquement de profiter de vous et peuvent même considérer que vous êtes incompétent pour ce travail.

 

Quelques jours plus tard, je reçus un appel du directeur des ventes pour le Moyen-Orient, il me priait de passer à leur bureau de Beyrouth pour des tests d’aptitude générale. Je lui expliquais que je ne pouvais pas venir à cause de mon travail. Si je ne pouvais pas le faire pendant la semaine, il s’organiserait pour que sa secrétaire soit au bureau un dimanche matin à 9 h 00 pour me faire passer le test. Je lui donnais mon accord.

 

Lorsque je me rendis au bureau ce matin-là, la secrétaire américaine m’ouvrit la porte. Elle me remit immédiatement une pile de questions auxquelles je devais répondre. Elle me remit tellement de questions que je fus tenté de sortir immédiatement du bureau et d’oublier toute l’affaire. Le directeur commercial ne m’avait pas dit que le test était très long. S’il m’avait dit que le test durerait jusqu’à 4 heures et demie, je ne serais jamais venu le faire. Mais je me rendis compte que la secrétaire était venue spécialement pour moi. Je ne voulais pas sortir sans faire le test. Je commençais à répondre aux questions environ à 9 h 00 et ne terminais pas avant 13 h 30.

 

Pendant tout ce temps, la secrétaire me servait du café frais. Elle me versait tasse sur tasse, afin que je m’endorme pas sur ces questions fastidieuses. Lorsque j’eus terminé de répondre, je les lui rendis. Elle mentionna fortuitement qu’environ 200 personnes avaient postulé à ce poste, mais que seules sept personnes étaient sélectionnées pour répondre au questionnaire.

 

Environ six semaines plus tard, je reçus un appel du directeur commercial de la société à Beyrouth. Il m’informa que j’avais été choisi et il me félicita. Il me dit aussi qu’il y avait un long télex de félicitations du directeur de la société qui m’attendait au bureau. Avant de rentrer à la maison ce soir-là, je passais le chercher. Sur le télex, j’obtenais officiellement le poste de directeur commercial pour le Moyen-Orient et ils acceptaient de me payer ce que j’avais demandé, incluant un pourcentage de commissions sur les ventes. Toutes les dépenses de voyage étaient prises en charge. Le télex était signé du directeur. Il me félicitait et me souhaitait une carrière longue et remplie de succès parmi eux. Même si j’avais été choisi pour ce travail parmi les nombreux postulants, je n’étais pas réellement certain des perspectives à long terme de l’offre. En vérité, je n’avais pas besoin de prendre de risque en changeant de travail. J’avais posé ma candidature pour ce travail par curiosité. Lorsqu’il me fut offert officiellement, je pensais que je ferais peut-être mieux de la décliner. J’avais de bonnes raisons pour hésiter.

 

Premièrement la société libanaise de restauration pour laquelle je travaillais me payait très bien. J’y avais une carrière assurée et entretenais d’excellentes relations avec les propriétaires.

Deuxièmement, j’avais découvert la difficulté de vivre aux États-Unis et n’ignorais pas que travailler pour une société américaine était très risqué. On ne peut jamais être sûr d’y faire une longue carrière. Changements de direction, acquisitions, réorganisations ou que sais-je encore, tout est bon pour se retrouver subitement à la porte. C’est particulièrement vrai avec des sociétés orientées vers les ventes, comme celle qui m’offrait ce travail. Tant que tout va bien, et que les profits rentrent, vous êtes un des leurs, tout va bien... Mais dès que les choses commencent à faiblir et pour une raison ou pour une autre vous ne pouvez vous hisser au niveau souhaité par la société, attention ! Vous pouvez être licencié rudement, sans hésitation et sans le moindre remord, malgré toutes les années que vous avez pu passer à leur service.

Et, troisièmement, surtout, l’offre me fut faite en juin 1967, une époque où tout le monde arabe était en émoi après le choc de la guerre arabo-israélienne des six jours, le 5 juin 1967. C’était très humiliant pour les Arabes et cela créa un sentiment anti-américain intense dans toute la région. Les Arabes accusaient le gouvernement américain de complicité avec Israël. Les médias demandaient une rupture totale des relations diplomatiques avec les États-Unis et un boycott total des produits américains.

 

À cette époque, je pensais que c’était risqué et irresponsable de travailler pour une société américaine dans une région qui devenait de plus en plus anti-américaine. Mais, avant de rejeter l’offre, je prenais l’avis du docteur Dahesh. D’habitude le docteur n’aimait pas se mêler d’affaires de ce type et laissait chacun décider pour soi-même. Je le consultais malgré tout et lui exposais l’offre en détails et mes réticences. Il me conseilla de ne pas trop prêter attention à ce que j’entendais ou lisais sur des menaces de boycott et que sous peu tout ceci serait oublié. Les pays arabes me dit-il, ferait des affaires avec les États-Unis comme d’habitude.

 

J’interprétais la remarque du Docteur Dahesh comme un encouragement indirect pour que j’aille de l’avant et accepte ce nouveau travail. C’est ce que je fis et j’entrais dans cette société américaine d’export. L’un des directeurs commerciaux resta quelque temps pendant lequel je me familiarisais avec les opérations de vente. Il rentra ensuite aux États-Unis. Sa secrétaire américaine était déjà partie, une semaine auparavant. Je me retrouvais seul, à la tête d’un grand réseau commercial couvrant tout le Moyen-Orient. Seul un vendeur restait, qui devait me rendre des comptes. L’autre vendeur avait déjà quitté la société plusieurs mois auparavant. Pendant cette période, j’appris tout ce que je pus sur les lignes de produits que je devais vendre. Il y en avait beaucoup trop, ça allait de produits ménagers pour la maison à des équipements lourds pour la construction. Quiconque aurait vu les piles de catalogues que je transportais avec moi dans mes premiers voyages m’aurait pris soit pour un vendeur de génie connaissant tous ces produits, soit pour un idiot transportant tous ces kilos encombrants ! Au total, il y avait plus de 120 lignes de produits. Essayer d’apprendre tout sur la plupart de ces produits, en un temps aussi court, semblait impossible… et ça l’était.

 

Il me fallut seulement quelques voyages pour me rendre compte que je transportais trop de catalogues inutiles. Je décidais d’en abandonner la plupart. Je pris seulement les catalogues à partir desquels je réalisais la plupart des ventes. Je devais connaître, non seulement tous les produits, mais aussi les clients de la société, les marchandises qu’ils achetaient, leurs conditions de règlement, leurs taux de crédit et toutes les lignes de produits qu’ils vendaient en plus des nôtres.

 

À peine eus-je le temps de m’acclimater à mon nouveau travail que je recevais un télex du siège de la société me demandant d’aller à Barheïn immédiatement. Je devais résoudre des problèmes techniques concernant une commande de machines à air conditionné qu’ils avaient livrée, et soumettre un devis pour une nouvelle commande de 300 appareils pour un projet gouvernemental.

 

Lorsque je reçus le télex, je doutais de pouvoir y parvenir. J’étais en poste depuis moins de deux semaines et n’avais pas eu assez de préparation. Mais je n’avais pas le choix, je devais suivre les ordres. J’organisais le voyage et partis pour Bahreïn déterminé à faire de mon mieux.

 

À mon arrivée à Bahreïn tard le soir, je pris un taxi pour l’hôtel où je pensais avoir fait une réservation. Le temps était très chaud et humide. Lorsque j’arrivais à l’hôtel, il n’y avait pas de chambre réservée pour moi. Le réceptionniste soutint qu’il n’avait pas reçu mon télégramme de réservation et l’hôtel était complet. Je le priais de m’aider à trouver une chambre. Mais tous les hôtels étaient pleins. Il y avait un congrès sur l’île. Les quelques hôtels de la première à la troisième catégorie étaient occupés. J’attendais patiemment dans le hall espérant que le réceptionniste trouverait enfin une chambre pour moi. Sinon, j’étais prêt à passer la nuit sur le canapé.

 

À 1 :30 du matin, je n’avais toujours pas de chambre et j’étais épuisé. J’avais désespérément besoin d’une douche froide et de sommeil. Quelques minutes plus tard, le réceptionniste m’informa qu’il avait enfin trouvé une chambre pour moi, dans un vieil hôtel utilisé surtout par des ouvriers travaillant sur les chantiers. Ce n’était pas un très bon hôtel, mais c’était mieux que rien. Il donna les instructions à un conducteur de taxi pour m’y emmener. Le taxi roula à travers de petites ruelles tortueuses et poussiéreuses puis il poussa à travers ce qui ressemblait à un marché désert. Seuls quelques chiens et chats errants y rodaient dans l’espoir de trouver quelque chose à manger. L’odeur fétide de légumes et de fruits pourris, accentuée par la chaleur excessive me submergeait.

 

 

Enfin, le taxi s’arrêta devant une vieille mais très grande bâtisse de style colonial, avec une touche indienne. Elle avait dû être construite par des travailleurs indiens emmenés par les Anglais qui avaient dirigé Bahreïn pendant de longues années. La construction devait être un des vestiges de la grandeur de l’empire Britannique.

 

Le conducteur de taxi alla dans l’hôtel et revint avec un porteur indien à moitié endormi. Je payai le taxi et pénétrai dans la réception avec le porteur. Le hall était chaud et humide et le mobilier très vieux et usé Tout baignait dans une désagréable odeur de sueur. Le réceptionniste, un Indien, dormait lorsque nous entrâmes. Il me donna une carte à remplir et me demanda de laisser mon passeport jusqu’au matin. Le porteur reçu une clé et on lui dit de m’amener avec mes bagages à ma chambre. Je le suivis dans les escaliers sinueux jusqu’au troisième étage. De là, nous traversâmes un petit pont de bois qui raccordait les deux parties du bâtiment. La chaleur et l’humidité même à cette heure-là tardive étaient suffocantes. Pour corser le tout, l’odeur de curry de la nourriture indienne semblait avoir tout imprégné. Apparemment, les ouvriers indiens clients de l’hôtel devaient faire la cuisine dans leurs chambres. La cuisine indienne, je le découvris plus tard, a une odeur très âcre et tenace. Pour quelqu’un qui n’y est pas habitué, l’odeur peut être très désagréable. Je me trouvais dans une petite chambre pauvrement meublée. Un lit occupait la majorité de l’espace, et, à côté une petite table avec un cendrier en métal. La salle de bains était ridiculement petite. La douche, les toilettes et le lavabo et son miroir rouillé, se collaient les uns aux autres. Une personne obèse n’aurait pas pu s’y mouvoir.

 

Les murs de la chambre ainsi que le plafond étaient peints d’un bleu morne. Il y avait trois interrupteurs près du lit ; le premier pour le ventilateur au plafond, le second pour l’air conditionné installé sur le mur en face du lit et le troisième pour la lumière. J’étais trop fatigué pour laisser ces mauvaises surprises me perturber. Tout ce que je voulais était un lit pour dormir. Je ne pris même pas la peine de prendre une douche, je mis l’air conditionné en route et je m’endormis. Lorsque je me réveillai le lendemain à 10 h 00 la première chose que je remarquai était l’horrible vibration de l’air conditionné. C’était affreux. Comment avais-je pu m’endormir avec ce bruit, je ne sais pas !

 

Lorsque j’entrai dans la salle de bains pour prendre une douche et me raser, j’étais dégoûté, des grands cafards marrons couraient partout. Leur présence de me dissuada pas de prendre une douche, même l’eau était saumâtre. Je me lavai du mieux que je pus avec cette eau salée, m’habillai et descendis prendre un petit déjeuner.

 

L’odeur âcre de la cuisine indienne m’étouffait. J’entrais dans la salle à manger et vit quelques clients indiens et deux jeunes hippies anglais qui prenaient un petit déjeuner tardif. Les autres clients indiens devaient être partis travailler. Les serveurs étaient tous indiens, propres, habillés en blanc. L’uniforme blanc des serveurs ainsi que la forte odeur de désinfectant de la salle à manger me rappela les hôpitaux du gouvernement britannique en Palestine dans lesquels nous nous rendions mon père et moi lorsque j’étais enfant. Je ne commandais que du thé et il fut servi déjà mélangé avec du lait. C’était vraiment le meilleur thé que j’ai jamais goûté.

 

Je pris un taxi et lui donnai l’adresse de mon client bahreïni. Ce dernier n’était pas à son bureau, et on m’informa qu’il serait de retour à 4 h 00. Pour faire des affaires au Moyen-Orient, il est impératif de traiter directement avec la personne responsable, autrement ça ne vaut. Je décidai de revenir plus tard dans l’après-midi. Avant de retourner dans ma chambre, je m’arrêtai dans le premier hôtel où j’avais fait une réservation et dans l’espoir qu’une chambre serait libre. Il y avait un réceptionniste différent à l’accueil, mais lui aussi me dit qu’il n’y avait aucune chambre disponible. J’acceptai l’inévitable, de retourner dans l’hôtel infesté de cafards. J’étais venu à Bahrein pour résoudre un problème commercial urgent et je devais réussir. C’était plus important que mon confort personnel. Dans l’après-midi, je rencontrai mon client bahreïni. Il m’apparut comme un businessman très important dans le pays.

 

Je me présentai comme le nouveau directeur commercial de la société américaine avec laquelle il avait des contacts commerciaux. À peine eus-je finis de me présenter et de m’asseoir dans son bureau qu’il commença à injurier les Américains, en pestant contre leurs préjugés envers les Arabes. Il me reprocha de travailler pour eux et de permettre qu’ils m’utilisent. Pendant les deux heures que je passai dans son bureau ce matin-là, la discussion se focalisa sur la politique et la guerre israélo-arabe. À chaque fois que je voulais parler business avec lui, nous étions interrompus par des visiteurs qui passaient dans son bureau pour le saluer et faire un brin de conversation, en buvant un café arabe. Ils ne restaient pas longtemps, pas plus de 15 à 20 minutes, tout au plus. Mais à peine un visiteur partait qu’un autre entrait. Parfois entre six ou huit visiteurs étaient réunis dans la pièce, se saluant mutuellement et parlant politique en buvant du café ou du thé. L’habitude d’aller rendre visite aux gens à leur bureau de manière impromptue est une habitude dans les pays du Golfe et en Arabie Saoudite. Les interruptions constantes sont très énervantes pour les personnes en voyage d’affaires dans cette partie du monde. L’actualité brûlante de la guerre des six jours faisait beaucoup parler.

 

J’étais assis, frustré, en regardant les visiteurs entrer et sortir. Je ne pouvais absolument rien faire si ce n’est tolérer leurs interruptions agaçantes et prétendre poliment être intéressé par ce qu’ils avaient à dire. Naturellement, la conversation se focalisait bientôt sur la guerre et l’engagement secret des Américains contre les arabes. Un visiteur bahreïni, un jeune homme qui s’exprimait avec aisance suggéra même que les gouvernements arabes s’unissent pour exproprier les investissements américains dans la région. Le gouvernement américain, disait-il, est un gouvernement de commerciaux, dirigé par des banquiers, des avocats et des grands patrons d’entreprises. Le seul langage qu’ils comprennent est celui de l’argent, des profits et des pertes. Aussi les arabes devraient-ils frapper les Américains là où cela leur ferait le plus mal : leurs intérêts économiques. Cela donnerait une leçon au gouvernement américain qu’il n’oublierait jamais. Alors que j’écoutais leur conversation répétitive et monotone, je me demandais si je ferais jamais affaire dans une atmosphère aussi anti-américaine. L’après-midi était totalement gâchée. Je n’avais rien accompli, car je n’en avais jamais eu l’occasion. Lorsque je rentrai à l’hôtel ce soir-là, j’étais démoralisé et je me sentais impuissant. Mon premier rendez-vous commercial à Bahrein, pensais-je, était de mauvais augure pour l’avenir.

 

Le matin suivant, je retournai chez mon client. Cette fois, il était plus accueillant et plus attentif. Heureusement, nous ne fûmes plus interrompus inopinément. Il m’offrit du thé et du café et m’introduisit auprès de son équipe technique. Le problème n’était pas très difficile à résoudre. Il fallait juste remplacer certaines pièces. Je travaillais patiemment avec le département technique pendant deux jours, jusqu’à ce que tous les problèmes techniques soient résolus. À la fin de mon troisième jour à Bahreïn, j’avais gagné la confiance du client. Il accepta toutes mes recommandations et signa une nouvelle commande de 200 appareils à air conditionné. Avant de retourner à l’hôtel, il insista pour m’inviter à dîner dans le plus chic hôtel de Bahreïn.

 

Le matin suivant, toutes les formalités concernant la nouvelle commande étaient remplies avec une banque Bahreïni et on m’en communiqua les détails. J’envoyais un télex au siège de Chicago les informant que le problème technique était résolu et qu’une nouvelle commande de 300 appareils à air conditionné était signée. La société à Chicago était très contente de mon travail et m’envoya un télex de remerciements à l’hôtel. Lorsque je regarde en arrière tous ces événements, je ne peux m’empêcher de trouver la situation très ironique. Car lorsque j’arrivais à Bahreïn, et que je vécus cette première rencontre si frustrante avec le client bahreïni et tous ses visiteurs, je croyais que je ne pourrais pas vendre de produits américains. Mais, tout comme l’avait prédit le docteur Dahesh, les Arabes continuaient d’avoir des relations commerciales avec les Américains. Même notre ami, le businessman bahreïni, qui parlait aigrement de la politique américaine dans la région, oublia très rapidement ses sentiments anti-américains. Lorsqu’on en arriva aux intérêts commerciaux, il acheta sans ciller des produits américains.

 

* * * * *

 

Mon nouveau travail fut le début de longs trajets à travers la région pour de nombreuses années. Environ 60 % du temps, j’étais loin de la maison, en voyage. Parfois, je partais pour six semaines consécutives, surtout lorsque je devais aller dans plusieurs pays durant un seul et même voyage.

 

Comme je commençais à voyager de plus en plus, j’eus moins d’opportunités pour rendre visite au docteur Dahesh. Mais, avant chaque voyage, j’allais lui rendre visite pour avoir sa bénédiction. Je lui demandais s’il y avait quelque chose en particulier qu’il souhaitait que je fasse dans les différents pays que je visitais, comme lui ramener des livres ou des journaux publiés dans ces pays. La plupart du temps, il ne me demandait rien et me souhaitait un bon voyage couronné de succès.

 

Lorsque je commençais à voyager, un voyage d’affaires moyen durait de 2 à 3 semaines. Plus tard, j’ajustais mes voyages en fonction de mon propre emploi du temps. Parfois, ils duraient plusieurs semaines, parfois quelques jours, en fonction de l’urgence et des circonstances. Normalement, la première chose que je faisais en revenant était de rendre visite au docteur. J’essayais de rattraper le temps perdu en allant le voir le plus souvent possible. Parfois, j’allais le voir deux fois dans la même journée. Une fois le matin et autre dans l’après-midi ou le soir.

 

Une fois, je me souviens être allé voir le docteur avant un voyage en Arabie Saoudite et dans la région du Golfe. Cette fois-ci, il me demanda si je pouvais lui ramener de gros oignons blancs dont il avait entendu parler. Dans certaines régions d’Arabie Saoudite de gros oignons sucrés étaient cultivés.

 

L’avion que je devais prendre pour l’Arabie Saoudite fut retardé deux fois et finalement décolla. J’arrivais à Jiddah très tard dans la nuit. Le matin suivant, je ne me réveillais pas avant 10 h 30. Au lieu d’aller voir mon client comme je le faisais habituellement, je pris un taxi et me rendais directement au marché, cherchant les oignons blancs que le docteur avait demandés.

 

J’avais été plusieurs fois en Arabie Saoudite, mais je n’avais jamais fait attention aux gros oignons blancs qu’ils produisaient. Cette fois, je les cherchais et en trouvais facilement. Ils étaient vraiment très gros, tels que le docteur l’avait dit. Je choisis les plus gros, sur les différents étalages, je les mis dans un grand sac et retournais à l’hôtel.

 

Après mon voyage en Arabie Saoudite et dans la région du Golfe, qui dura une semaine, je rentrais à Beyrouth. De l’aéroport, je pris un taxi et me rendis directement chez le docteur Dahesh où je lui remis son sac d’oignons. Toutes les personnes qui les virent furent réellement étonnées par leur taille extraordinairement grande. L’un des oignons était tellement gros qu’il pesait 3 livres. Le docteur Dahesh aimait beaucoup les oignons, aussi bien cuits que crus, mais il les préférait crus, surtout les plus gros et les plus sucrés. Il avait dit à de nombreuses occasions que l’oignon contenait de bons sayals. À compter de ce voyage, je commençais à chercher des oignons, les plus gros possibles, à lui rapporter de mes voyages. Par la suite, je dénichais de très gros oignons marrons, en Libye. Ils étaient aussi gros, sinon plus et aussi doux que la variété Saoudienne.


 

Chapitre Neuvième

 

En 1969, le docteur Dahesh entreprit un voyage autour du monde en compagnie de son ami très cher, le docteur Georges Khabsa. Le voyage dura un peu plus de dix semaines. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas voyagé hors du Liban.

 

Je me souviens bien de notre tristesse, le jour de son départ. Mon frère Ali, d’autres frères et sœurs daheshistes et moi étions venus à l’aéroport de Beyrouth pour souhaiter au Docteur et à son compagnon un agréable voyage. Ils étaient tous deux en grande forme et en parfaite santé. Le docteur Khabsa était un homme robuste, plein d’énergie et de vitalité. Il nous parlait joyeusement, avec sa caméra à l’épaule et semblait très excité par le voyage.

 

Ils étaient partis depuis un mois lorsque les frères et sœurs daheshistes commencèrent à recevoir des cartes postales du Docteur Dahesh. J’en reçus une en provenance de Bangkok. Mais la carte que je reçu était plutôt déprimante. Je détectais que le Docteur Dahesh avait une sensation de désespoir à la vue de la situation spirituelle misérable du monde. Où qu’il aille sur la terre, il n’était pas heureux et son âme se languissait de retourner dans sa vraie maison : le monde de l’Esprit, le monde de la bonté et de la sérénité d’où il venait. Lui et son compagnon le docteur Khabsa semblaient en bonne santé et ils continuèrent leur voyage comme il était programmé.

 

Lorsqu’ils rentrèrent dix semaines plus tard, nous fûmes tous choqués de voir comment la santé du docteur Khabsa s’était dramatiquement détériorée. Je pouvais à peine en croire mes yeux lorsque je le vis à son arrivée. Il était très malade et avait tellement changé durant ce voyage, qu’il était difficile pour nous de croire qu’il était le même homme que celui que nous avions vu partir à l’aéroport dix semaines auparavant.

 

Il avait considérablement vieilli et avait l’air d’un homme malade de quatre-vingts ans au lieu des soixante qu’il avait. Docteur Khabsa avait énormément perdu de poids, plus de 45 pounds et pouvait à peine marcher.

 

En fait, il était en phase terminale d’une maladie sanguine. Il fut conduit à l’hôpital quatre jours après son retour et resta très malade pendant seize jours avant de décéder. Nous apprîmes que Docteur Khabsa avait contracté une maladie du sang très rare au cours des premières semaines de son voyage et sa santé se détériora progressivement. À son retour de voyage il devait être hospitalisé d’urgence et avait besoin de transfusion sanguine incessante. À peine était-il transfusé qu’il fallait recommencer à cause de l’empoisonnement. Je me souviens tristement comment tous les frères et les sœurs daheshistes se précipitèrent à l’hôpital en espérant que leur sang serait du même groupe que celui du Docteur Khabsa. Tous étaient volontaires pour donner leur sang pour le sauver et continuer à lui fournir le sang dont il avait besoin pour ses transfusions quotidiennes. Les daheshistes restèrent près de lui jour et nuit jusqu’à la fin.

 

La mort du docteur Khabsa fut une perte terrible pour tout ceux qui le connaissait et surtout pour les daheshistes. Il était un frère bien aimé, bon, généreux, plein de compassion, fier et craignant Dieu. Docteur Dahesh le pleura de tout son cœur, et fit son éloge dans un livre très triste, plein de douleur et de chagrin. Nous avions perdu un frèe noble et cher.

 

Quelques mois plus tard, je suggérais au Docteur Dahesh qu’il aimerait peut être visiter certains pays dans lesquels je voyageais et en particulier l’Arabie Saoudite et la région du Golfe. Ces deux régions étaient intéressantes à voir car elles représentaient les vrais us et coutumes arabes et le Docteur n’avait encore jamais visité cette partie du Moyen Orient. S’il décidait de visiter cette région, je serais heureux d’être son compagnon.

 

Docteur Dahesh suggéra qu’il serait intéressé de visiter ces pays et qu’il le ferait bien dans un futur proche. Une année était passés depuis le décès du Docteur Khabsa lorsque je commençais à voyager avec le Docteur Dahesh. J’étais venu voir le Docteur un soir, et comme je le faisais d’habitude, je lui dis que j’allais dans la région du Golfe à mon prochain voyage. Je lui demandais s’il y avait quelque chose qu’il souhaitait que je fasse. De façon inattendue, il me dit qu’il aimerait voyager avec moi ! Je n’avais pas anticipé la réponse du Docteur, surtout du fait que je voyageais en été ; une saison pendant laquelle la région était très chaude. Lorsque je le dis au Docteur Dahesh, cela ne sembla pas le gêner. J’étais submergé de joie de penser que, enfin, il allait voyager avec moi. Immédiatement, je lui demandais son passeport pour faire les arrangements nécessaires et avoir les visas obligatoires pour le Koweït, Bahreïn, Qatar et Dubaï. Docteur Dahesh me donna son passeport et en quelques jours, tous les visas et tickets étaient prêts. Nous étions enfin prêts à commencer notre premier voyage ensemble.

 

Lorsque le Docteur Dahesh décida de faire ce premier voyage en ma compagnie, je n’imaginais pas que cela annonçait le début de nombreux autres voyages que nous ferions ensemble. En fait, sur une période d’environ deux années, de mi 1970 à mi 1972, j’étais le compagnon de voyage du Docteur Dahesh.

 

Nous visitâmes vingt trois pays incluant l’Afrique de l’Est, de l’Ouest, l’Union Soviétique, le monde Arabe, l’Iran et une partie de l’Europe. Avec le Docteur, je visitais plus de trente villes, certaines plusieurs fois. Docteur Dahesh prit note de ces voyages et d’autres qu’il fit avec d’autres daheshistes, dans un livre de 20 volumes intitulé «Docteur Dahesh, journeys around the world» (les voyages du Docteur Dahesh autour du Monde). S’il y a une chose que je regrette le plus dans ma vie, c’est le fait que je n’ai pas tenu de journal de ces voyages mémorables. Je dis mémorables car ils l’étaient réellement puisque j’étais le compagnon de voyage d’un homme inhabituel, un homme de Dieu, de miracles, d’inspiration, un homme d’une culture immense et de sagesse. Tant d’évènements inhabituels se déroulèrent pendant ces voyages et j’en fus le témoin. Pourquoi je n’ais pas tenu de journal, je ne sais pas, c’était une grave erreur que je regretterais toujours. À l’époque, je suppose que je ne réalisais pas la signification complète de ces voyages et malheureusement je considérais les voyages avec le Docteur Dahesh comme passionnants, mais ordinaires. Maintenant, je peux dire honnêtement que je ne me souviens pas des détails exacts de ce qu’il m’a dit ou de ce qu’il faisait précisément.

 

Voyager avec le Docteur Dahesh était en soit une expérience car il n’était pas une personne ordinaire quelque soit le critère de mesure. Quiconque vivait avec lui ou l’accompagnait pour quelques temps arrivait à la conclusion que le Docteur Dahesh était réellement un étranger dans ce monde. Et même si son corps vivait avec nous sur cette terre, son âme, comme son esprit n’appartenaient pas à cette terre. Les émotions intenses et rêves passionnés étaient toujours dirigés vers des valeurs spirituelles. Ce que les gens considéraient en général comme important et qu’ils aimaient, le Docteur Dahesh les écartaient comme hors de propos. Fortune, pouvoir, gloire, prestige et traditions, il les évitait, les considérait comme vides de sens. Tout ce qui lui importait étaient son Dieu et créateur, notre Dieu éternel ! Docteur Dahesh était venu sur cette terre pour une mission - servir Dieu. Toute sa vie fut donnée pour accomplir la Volonté de Dieu sur terre et essayer de guider les gens vers la voie de la vertu, de la bonté et du salut.

 

Docteur Dahesh vivait comme un étranger à cette terre, seul et mal à l’aise, sauf quand il était entouré de ses sympathisants daheshistes. L’ingratitude et les persécutions dont il fut victime de la part du peuple libanais et en particulier des autorités libanaises et de l’église maronite remplissait son cœur de chagrin et de douleur. Son expérience avec les gens, même ceux supposés proches de lui, le désespérait. Découvrant combien ils pouvaient être bas et mauvais le fatiguait et le rendait défiant de l’espèce humaine. Ce qu’il vit pendant ses voyages dans le monde ne fit qu’accroître son désespoir et son chagrin. Ses voyages le convainquirent encore plus que nous vivons dans un monde mauvais et corrompu, un monde qui paraît en surface être très progressif, civilisé et avancé matériellement, mais à l’intérieur, plein de péchés et perdu spirituellement. Partout où se rendait le Docteur, il trouvait que le matérialisme, la sensualité, la cruauté et l’avidité régnaient en maîtres. Les valeurs spirituelles et l’obéissance aux commandements et à la volonté de Dieu, peu semblaient y faire attention.

 

Le désenchantement du Docteur Dahesh vis à vis des gens découlait directement de ses observations et ses expériences avec eux.

 

Il chérissait les bonnes et décentes vertus de l’homme, et il détestait et attaquait ses mauvaises tendances. Tout acte qui n’était pas moral et vertueux l’attristait. Toute transaction qui était inéquitable et déceptive le perturbait. Pour le Docteur Dahesh, un homme extrêmement sensible et compatissant, de voir des injustices, parfois même inscrites dans les lois et appliquées d’une manière ou d’une autre, déprimait son âme quand elles avaient lieu. Quel qu’en soient les raisons et justifications, la vue de la grande pauvreté, l’absence de foyer, alors que des milliards de dollars étaient dilapidés pour des armes, affligeait douloureusement le cœur du Docteur Dahesh.

 

Docteur Dahesh, expert en art, était offensé lorsqu’une peinture douteuse était vendue 40 à 50 millions de dollars alors que 40 à 50 millions d’enfants dans le monde se couchaient le soir, la faim au ventre. Pour lui, une telle transaction n’était pas une transaction commerciale légitime mais un acte qui impliquait de l’arrogance et de l’insensibilité de la part de l’acheteur et de l’avidité et de la tromperie de la part du vendeur.

 

Tel était l’homme que je connus en Docteur Dahesh. Et c’étaient les choses qui blessaient sa confiance dans les gens et qui lui fit perdre sa foi en eux, leurs lois, leurs valeurs et leurs institutions.

 

Le Prophète Bien Aimé était constamment concerné par les péchés des hommes et ses souffrances ; et il essayait activement de les guérir. La corruption de l’homme et sa quête pour une réhabilitation était des sujets constants de défi et de déception pour le Docteur Dahesh.

 

C’était une quête frustrante qui l’attristait profondément et le laissait sans illusions. Ce rêve insaisissable se développa dans un thème triste et récurrent de son œuvre littéraire. Jeune homme de 21 ans, il écrivait sur la corruption de l’homme et il continua d’en parler et d’écrire sur ce thème toute sa vie.

 

La notion pessimiste mais réelle de l’homme, du Docteur Dahesh, n’était pas un point de vue ni exagéré, ni unique. C’était une vue ferme (définitive) prise par tous les messagers divins avant lui. Le livre de la Genèse, le Nouveau Testament et le Coran, tous parlent du mal des hommes. Pour changer la nature mauvaise de l’être, Moïse, Jésus et Mohamed prirent sur eux une tache difficile qui absorba toute leur énergie. Ils passèrent leur vie en douleur et en frustration dans leurs tentatives de changer les hommes. Leurs efforts pour sauver et racheter l’homme assécha leur patience et leur force. À la fin, leurs efforts furent vains et leurs rêves irréalisés.

 

Docteur Dahesh avait souvent prophétisé dans ses écrits que si l’homme continuait dans son chemin du mal et de péché, un jour bientôt, bien avant que l’on s’en rende compte, l’espèce humaine serait complètement détruite et que la colère divine descendrait rapidement sur la terre, détruisant l’homme et son environnement d’un seul souffle, celui d’une guerre nucléaire !(1)

 

Malgré ces vues menaçantes et pessimistes du Docteur en ce qui concernait le futur de l’homme, il y avait de nombreux moments heureux dont je me souviendrais toujours.

 

Bien sûr, il y avait des périodes où il était visiblement heureux. Il aimait visiter les musées, monuments et galeries d’art. Il parcourait méticuleusement les librairies pour trouver des livres intéressants.

 

Le Docteur aimait et appréciait tous les objets d’art. Il était un expert en arts et un lecteur avide et vorace de livres, journaux et magazines. Plus particulièrement, il était intéressé par la littérature, les arts, les sciences, l’histoire et la philosophie. C’était un homme doué de talents, autodidacte, bien informé et un auteur extrêmement talentueux de plus de 150 livres. Partout où nous allions, des dizaines, voire des centaines de livres étaient achetés et portés ou envoyés au Liban pour enrichir la bibliothèque daheshiste qui, à mon opinion, est sans doute l’une des plus grandes bibliothèques privées au Moyen Orient sinon au monde.

 

 

 

 

(1) - Des références claires à une destruction totale de la terre ont souvent été insinuées par le Docteur Dahesh à de nombreuses occasions. Ces réflexions menaçantes, le Docteur les exprimait fréquemment dans ses écrits ainsi que dans de nombreuses conversations avec ses disciples. De plus, il y a de nombreuses révélations spirituelles qui venaient sous forme de messages divins prédisant la désolation de l’homme. Je me souviens d’un événement particulier dans lequel le Docteur était dans un état spirituel ; il me demanda si je pensais que la fin du monde était proche. Je répondis qu’en tant que daheshiste je le croyais. Docteur Dahesh ou plutôt l’Esprit parlant à travers lui acquiesça et dit que la fin du monde était très proche.


 

Chapitre Dixième

 

Le 26 juin 1970, nous débutâmes notre premier voyage ensemble en arrivant tard le soir à l’hôtel Sheraton de Koweït. J’avais réservé une chambre double. Lorsque nous arrivâmes, on nous donna une chambre très jolie et confortable, et lorsque nous nous couchâmes, il était plus de minuit, nous étions tous deux très fatigués. Le matin suivant, je me réveillais tôt et à ma surprise, je trouvais le Docteur déjà habillé. Il était assis au bureau près de la fenêtre, écrivant les événements du jour précédent. Depuis qu’il était jeune homme, le Docteur Dahesh avait toujours écrit son journal.

 

Je m’habillais et, alors que j’attendais qu’il eut terminé son journal pour que nous puissions descendre dans la salle à manger prendre le petit déjeuner, le Docteur fut soudain habité par l’Esprit. Il se tourna vers moi et me dit, ou plutôt l’Esprit dit, que j’avais beaucoup de chance d’être le compagnon de voyage du Prophète Bien Aimé, et que puisque ces voyages étaient écrits, mon nom aussi serait inscrit. Dès qu’il eut fini de me dire cela, je fus rempli de joie et j’embrassais le Docteur avec bonheur et en signe d’appréciation. Après ce début de voyage plutôt plaisant, nous descendîmes à la salle à manger où le Docteur commanda une tasse de thé. Moi aussi, je ne pris qu’une tasse de café. Puis nous allâmes au centre de la ville qui était à courte distance de l’hôtel. Nous marchâmes dans les rues pendant au moins deux heures, visitant les différentes boutiques. Nous ne cherchions rien en particulier. Docteur Dahesh voulait simplement avoir une idée des prix en général et de ceux des produits importés en particulier. Il trouva que les prix au Koweït étaient plutôt élevés. Vers 10h30, le Docteur décida de retourner seul à l’hôtel. La chaleur de l’été était insupportable et il avait du se sentir mal à l’aise dehors et décidé de rentrer dans le frais de la chambre avec air-conditionné. Je dis au Docteur Dahesh que je devais rester en ville pour appeler mon client koweitien. Je devais travailler et je serai de retour à l’hôtel avant 13h.

 

À mon retour, je trouvais le Docteur se reposant en lisant. Lorsque je lui demandais s’il avait mangé ou s’il voulait manger quelque chose avec moi, il me dit qu’il n’en avait pas envie. Il était un peu fatigué du manque de sommeil de la nuit précédente et il voulait faire une petite sieste.

 

Dans l’après-midi, le Docteur se sentait beaucoup mieux et voulait sortir pour revoir la ville. Mais avant de retourner au centre ville, il voulu voir un marché de légumes au Koweït et me demanda de l’y emmener. Ne sachant pas où était le marché, je demandais à un taxi de nous y emmener. Docteur Dahesh apprécia son tour du marché aux fruits et légumes, allant vers tous les étalages. Il s’intéressait aux produits frais et avant de partir, nous achetâmes des fruits frais, des concombres et des tomates que nous ramenâmes à l’hôtel.

 

Je me rendis compte plus tard que dans toutes les villes que nous visitâmes, le Docteur Dahesh et moi, le premier endroit que nous visitions, s’il n’y avait ni musée, ni galerie d’art, était le marché aux fruits et légumes. Il ne faisait pas cela parce qu’il aimait manger, ni parce qu’il était gastronome, mais simplement parce qu’il était un fin observateur des gens et des choses. Il était curieux de découvrir quels fruits et légumes étaient produits ou importés dans chaque pays.

 

Docteur Dahesh préférait les nourritures simples, et parfois il passait des jours, ne mangeant que du fromage et des olives, des fruits, du pain sec entier et des légumes comme la laitue, les tomates, les oignons crus et des petites aubergines crues. C’était sa nourriture préférée. Parfois il mangeait de bons dîners et les appréciait. Mais la plupart du temps, quand j’étais avec lui, je remarquais qu’il n’avait pas d’appétit à manger des repas complets. Le Docteur mangeait de la viande, mais si je me souviens bien, il ne l’aimait pas beaucoup et préférait la nourriture crue, ainsi que le fromage, les olives, les légumes crus. Après environ une demi-heure dans le marché, nous retournâmes au centre des affaires en taxi. Une fois encore, nous visitâmes de nombreux magasins et nous nous arrêtâmes auprès d’un de mes plus gros clients dont le magasin était dans le même centre. Nous entrâmes dans le magasin qui donnait sur l’avenue principale et je fus heureux de voir certains produits que je lui avais vendu, électroménager et air-conditionné, bien mis en valeur.

 

Au bout du magasin, nous montâmes quelques marches vers les bureaux au dessus. Nous nous dirigeâmes directement vers le bureau du président, mais il était en voyage d’affaires. Le directeur général, qui était aussi le plus jeune partenaire de commerce, utilisait le bureau. Lorsqu’il nous vit, il nous salua chaudement et je lui présentais le Docteur Dahesh. Il n’avait jamais entendu parler du Docteur et bien sur, vue les circonstances, je n’essayais pas d’expliquer qui était réellement le Docteur Dahesh. Je le présentais simplement comme un ami très cher qui me tenait compagnie pendant ce voyage.

 

Alors que nous étions assis dans le bureau, buvant des boissons rafraîchissantes, Docteur Dahesh remarqua, sur le bureau du président, un superbe aigle en bronze monté majestueusement sur un pied en marbre. L’oiseau de bronze avait les ailes déployées comme s’il était prêt à s’envoler. Son bec était fait d’ivoire. L’ensemble était une vraie une pièce d’art. Le Docteur était très impressionné et nous posâmes des questions au directeur général. Il nous informa que cet aigle de bronze appartenait au président. Il lui avait été donné en cadeau lors de l’un de ses voyages en Europe. C’était tout ce qu’il savait de l’oiseau, mais il admit que nous n’étions pas les seuls à l’admirer. Au bout d’un moment, alors que je discutais affaires avec le directeur général, un client entra dans le bureau, et demanda de l’aide pour choisir des appareils électroménagers dans le magasin. Le directeur s’excusa et nous dit qu’il reviendrait dès qu’il aurait terminé avec son client. Nous étions assis seuls dans le bureau du président depuis un moment et à nouveau le Docteur parla de l’aigle. Il me suggéra de mieux le regarder pour voir s’il y avait quelque chose afin de l’identifier, une étiquette par exemple ou une marque qui indiquerait où il était fabriqué et par qui. J’allais vers le bureau du président et essayais de soulever l’aigle, mais il était très lourd. Je regardais alors attentivement sur les côtés, mais il n’y avait rien de visible qui aurait pu identifier cet aigle. J’aurai pu essayer encore une fois de le soulever pour regarder dessous et voir une identification quelconque, mais je décidais de ne pas le faire pour deux raisons. Premièrement, la statue de bronze était réellement lourde et je ne souhaitais pas la soulever de peur de la lâcher sur le luxueux bureau sculpté du président. Deuxièmement, cela aurait été gênant si le directeur général était revenu subitement et m’avait vu en train de toucher l’aigle. En même temps, le Docteur Dahesh était assis et ne s’approchait pas pour inspecter la statue. Avant de retourner m’asseoir, je ressentis l’envie de marquer l’aigle avec un signe daheshiste. Je dessinais une étoile daheshiste bien visible sur la base avec un crayon à papier. La raison pour laquelle j’évoque l’histoire de l’aigle en bronze en détail est parce qu’elle implique une révélation spirituelle de grande signification. Le même aigle que nous avions vu au Koweït et que j’avais personnellement marqué, fut amené spirituellement par le Docteur Dahesh à Beyrouth. Ce miracle eu lieu presque deux ans après avoir vu l’aigle au Koweït, alors que je l’avais complètement oublié. Un soir, en visite chez le Docteur Dahesh à Beyrouth, j’étais assis dans le corridor avec le Docteur et d’autres daheshistes, lorsqu’il me demanda soudainement de le suivre seul. Il alla directement vers le salon et je le suivis de près. Dès que je m’assis, je sentis à l’expression de son visage et au ton de sa voix qu’il était dans un état spirituel.

 

Il me demanda de regarder une table dans un coin et comme je le faisais, l’aigle en bronze apparu instantanément. Je le reconnu immédiatement comme étant celui que nous avions vu au Koweït. Je me levais et m’approchais de la table où était l’aigle. Je le regardais de près et lorsque je vis l’étoile, à peine visible, que j’avais dessiné, je fus choqué. C’était définitivement le même aigle que nous avions vu tous les deux au Koweït presque deux ans auparavant. Je ne cessais de le regarder pendant quelques minutes, perplexe, et avec une grande crainte. Je me tournais alors pour poser des questions au Docteur sur cette étonnante manifestation. À peine avais-je finis de lui parler que je remarquais que l’aigle avait disparu. Il avait disparu d’un coup d’œil, comme il était apparu. Les objets apparaissant lors de révélations spirituelles de ce type doivent retourner à leur place d’origine. Mais si l’objet appartient à la personne témoin du miracle, il restera en sa possession. Beaucoup de ces miracles, qui faisaient apparaître instantanément des objets, quelque soit la distance, ont été attestés et ont eu comme témoins des gens qui connaissaient le Docteur Dahesh. Cela prouve sans aucun doute que l’Esprit réalisant le miracle peut instantanément transporter toute forme ou tout objet à une vitesse plus rapide que la lumière. L’Esprit Saint n’est pas limité ou attaché par notre monde à trois dimensions. Pendant tout le temps où j’ai été témoin de cette étonnante révélation, le Docteur était habité par l’Esprit comme il était à chaque fois qu’il effectuait un miracle spirituel. Lorsque le Docteur Dahesh n’était plus dans un état spirituel, et après que le miracle se soit déroulé, lui, en tant que personne, n’était pas au courant de ce qui s’était passé. Lorsque je lui dis que le même aigle de bronze que nous avions vu ensemble au Koweït était apparu, il fut aussi surpris que je l’avais été.

 

En étant près du Docteur Dahesh, nous devions être toujours attentifs et concentrés sur ce qu’il disait. Des choses, qui dans des circonstances normales auraient été prises comme de simples conversations, trouvaient plus tard une autre signification spirituelle.

 

Je dis cela maintenant, non pas parce que j’étais exceptionnellement attentif lorsque je voyageais avec le Docteur Dahesh, au contraire, si j’avais été assez attentif et avais su ce que je connais maintenant, j’aurai certainement tenu un journal de mes voyages avec lui. Je me suis rendu compte de cela des années plus tard lorsque mes voyages avec le Docteur Dahesh étaient terminés. Souvent, le Docteur mentionnait quelque chose comme par hasard, mais je ne le prenais alors pas comme quelque chose d’important. Plus tard, à mon grand regret, je me rendis compte que ce qu’il avait suggéré ou dit était important spirituellement. Heureusement, dans le cas de l’aigle en bronze, j’étais attentif et j’écoutais ce qu’il disait ou suggérait. Lorsque la révélation avec l’aigle eu lieu, deux années plus tard à Beyrouth, je connaissais tous les détails relatifs à cet oiseau.

 

Regardant en arrière, les circonstances entourant cette révélation spécifique et comment le Docteur avait attiré mon attention vers l’aigle, au tout début lorsqu’il était assis à mes côtés, ne peut suggérer qu’une seule chose. Il voulait intuitivement que je me souvienne de tous les détails de cet oiseau afin que lorsque la révélation spirituelle se déroulerait deux années plus tard, je reconnaisse immédiatement le même aigle.

 

Du Koweït, nous continuâmes notre voyage vers Bahreïn, Qatar et Dubaï. Nous ne restâmes pas plus que quelques jours dans chaque pays, à l’exception de Dubaï où nous restâmes quatre jours. La raison pour laquelle nous ne restâmes pas longtemps dans ces pays était principalement due aux conditions atmosphériques qui étaient très chaudes et humides. La région du Golfe est connue pour sa chaleur excessive tout au long de l’année, mais en été, c’est insupportable. Nous voyagions au cœur de la saison chaude, alors qu’une température est de 100°F (38°C ) avec une humidité de plus de 95% sont habituels. Une autre raison pour laquelle nous avions raccourci nos visites était que ces pays étaient des centres commerciaux dans une région désertique et aride. Au delà des limites de la ville, on ne voit que du sable et un pays inhospitalier. Il n’y pas de fermes ou de verts pâturages, pas d’arbres ou de végétation, rien que du désert. Les pays que nous visitions étaient par contre très riches d’une denrée - le pétrole - mais étaient limités pour tout le reste. L’économie complète de la région dépend des exportations de pétrole.

 

Lorsque le Docteur Dahesh visita la région avec moi, il y a vingt ans, il n’y avait pas de musées ou de sites historiques à visiter. Il n’y avait pas de jardins botaniques ou de zoos. La seule chose que nous pouvions faire était de visiter les centres commerciaux ou simplement de se promener au marché aux fruits et légumes. Il observait les gens et leurs coutumes et avait une idée générale de leur culture et leurs traditions. Souvent nous louions un taxi et demandions au chauffeur de nous emmener faire le tour de la ville pour nous montrer les lieux dignes d’intérêt. Nous demandions au taxi de nous emmener aux zones de pêche ou vers les résidences des dirigeants du pays.

 

Au Bahreïn, Docteur Dahesh et moi rendîmes visite à un business man bahreïni que j’avais rencontré à mes débuts dans la société américaine. Il nous salua et fut accueillant et amical. Après une courte visite, nous nous dirigeâmes vers le marché aux fruits et légumes qui n’était qu’à courte distance. Alors que nous marchions, nous ne pouvions éviter le vieil hôtel désagréable dans lequel j’avais dû rester durant mon premier voyage d’affaires au Bahreïn.

 

Lorsque nous retournâmes dans notre hôtel neuf et moderne dans la soirée, après une journée longue et fatigante, je demandais au Docteur de m’accompagner à la salle à manger pour le dîner. Il n’avait pas très faim et me demanda de lui commander de la pastèque et un thé chaud à servir dans la chambre. Il avait aussi refusé un repas complet la nuit d’avant au Sheraton de Koweït. En fait, pendant les trois jours que nous avions passés ensemble, le Docteur n’avait rien mangé de solide sauf quelques fruits. Depuis que nous avions quitté Beyrouth, il n’avait pas pris ce que je considère comme un repas normal et lorsque je lui demandais s’il voulait un repas complet, il refusait. Il ne demandait que des boissons fraîches ou du thé servi dans la chambre et il mangeait des fruits que nous ramenions des marchés.

 

Les conditions atmosphériques extrêmes devaient lui être très inconfortables, à tel point qu’il n’avait pas envie de manger. Mais le jour suivant en retournant à l’hôtel à midi, il décida de déjeuner avec moi. Nous descendîmes et primes plusieurs plats dans la salle à manger plaisante et fraîche, avec vue sur la mer. C’était le premier repas qu’il mangeait depuis que nous avions quitté Beyrouth, trois jours auparavant.

 

Après une courte visite au Bahreïn, nous partîmes pour Doha au Qatar, et une fois encore dès que nous nous fûmes inscrits dans notre hôtel moderne, le Docteur voulu voir la ville. Notre hôtel était situé dans les faubourgs de Doha. Nous demandâmes à un taxi de nous amener au centre ville. Il nous amena dans un quartier plein de petites boutiques accolées les unes aux autres, le long d’une rue centrale et quelques rues et allées alentour. Nous sortîmes du taxi et nous promenâmes dans la rue principale et toutes les petites rues adjacentes très peuplées. Franchement, le Docteur ne fut pas dutout impressionné pas le centre ville de Doha. Il y avait peu de variété et d’objets intéressants ; la plupart étaient d’origine japonaise, comme les montres, ventilateurs, appareils photos et appareils électroniques. Malgré tout quelques boutiques vendaient des vêtements indiens et des bijoux en or. Après une courte promenade dans le centre ville, je demandais au Docteur si cela ne le dérangeait pas de rendre visite à un client avec moi. Ce client était justement très proche de l’endroit où nous nous trouvions. Docteur Dahesh était d’accord. Alors que nous entrions dans le bureau du client, il nous accueilli chaudement et nous offrit immédiatement des boissons fraîches pour étancher notre soif. Le Docteur resta assis avec nous quelques minutes puis il décida de marcher seul dans les magasins de ce quartier. Je restais et discutais business avec mon client. Environ une demie heure plus tard, le Docteur Dahesh revint. Il était trempé de sueur à cause de l’humidité et de la chaleur extérieure.

 

Il resta assis avec nous dans la pièce fraîche pendant un moment, puis je sentis qu’il voulait partir, sans doute pour rentrer à l’hôtel ou aller autre part. Mon client Qatari insista pour mettre sa voiture à notre disposition et dit à son chauffeur de nous emmener là où nous le voulions. Nous acceptâmes son offre généreuse et nous fûmes conduits à travers toute la ville, admirant la côte et le port magnifiques. De là, nous traversâmes le centre commercial sur la route du retour vers l’hôtel. Le chauffeur pris sans le faire exprès une petite rue où le Docteur Dahesh remarqua un petit marché de légumes. Des centaines, voire des milliers de sacs de jute remplis d’oignons étaient empilés partout. Il ne semblait pas y avoir autre chose. Ce marché semblait être spécialisé dans la vente d’oignons et on nous dit que c’était «le marché aux oignons». Nous demandâmes au chauffeur de nous attendre quelques minutes pendant que nous marchions vers ce marché. Les oignons étaient vendus en gros, le minimum étant un sac de 50 pounds. Docteur Dahesh par curiosité demanda au vendeur le prix de l’un de ces sacs et on lui dit que cela coûtait 4 riyals ou l’équivalent de un dollar ! Après avoir fait un petit tour dans le marché, le chauffeur nous ramena à l’hôtel. Le matin suivant, le Docteur Dahesh souhaita rester à l’hôtel pour se reposer et écrire dans son journal les événements du jour précédent. Je le laissais seul et retournais en ville voir d’autres clients. À midi, je rentrais à l’hôtel et sur le chemin du retour, je m’arrêtais près d’un marchand de fruits et achetais des fruits pour le Docteur. Lorsque je rentrais dans la chambre, je le trouvais en train de lire. Je le saluais et commençais à sortir les fruits du sac chaud. Alors que j’en prenais pour les passer sous l’eau froide, le sac en papier tomba par terre. Docteur Dahesh le ramassa immédiatement et le remit sur la table où il s’assit et commença à écrire dessus à une vitesse incroyable. Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’il écrivait. Je lavais les fruits et revins pour lui en donner, mais il était encore occupé à écrire et je ne voulais pas l’interrompre. Je ne pouvais pas imaginer ce qui l’avait incité soudainement, et de façon si inattendue à écrire sur une feuille de papier aussi inhabituelle.

 

Ce qui m’étonna le plus était la vitesse à laquelle le Docteur Dahesh écrivait! J’étais complètement déconcerté. Il continua d’écrire à cette vitesse étonnante pendant environ six minutes, et lorsqu’il eut finit, il se leva et il tenait le sac en papier sur lequel il avait écrit. Il me regarda alors avec un sourire interrogateur et dit : «J’ai écrit un petit texte, veux-tu l’écouter ?» - «Bien sûr» répondis-je. Il me le lu. C’étaient des vers de poésie, attentionnés et très touchants qui m’étaient adressés.

 

 

       À mon frère Salim

       (Si tu restes un daheshiste)

 

       Les heures volent comme des nuages qui passent

       Les minutes disparaissent pour toujours, sans retour

       Les jours meurent, portant leur souffrance et leur misère

       Et les années sont consumées par le destin

       Comme des agneaux dévorés par les loups

       Mais soudainement, oui soudainement

       Ô mon cher frère Salim,

       Nous allons jeter nos corps de terriens

       Et mettre une merveilleuse robe spirituelle !

       Une magnifique et précieuse robe !

       Ensemble nous visiterons des mondes heureux

       Dans ces maisons divines au loin

       Où le bonheur, mon frère, nous suivra

       Et nombre de nos aimés nous accompagneront.

       Doux hymnes des anges glorifiant Dieu

       Captiveront de leurs mélodies nos âmes rayonnantes !

       Là, mon frère, pas de tristesse, pitié ou pleurs n’existent

       Et dans un tel monde une extase habitera nos esprits !

       Nous allons graduellement atteindre la spiritualité sublime ;

       Ce jour là nous seront révélés les secrets de la mort et de l’éternité !

       Les âges s’écouleront et les générations passeront

       Mais notre félicité grandira !

       Nous adorerons Dieu - bénit soit son Nom,

       Lorsque nous habiterons la félicité pour l’éternité !

 

       Doha, 1er juillet 1970 à 14h

 

****

 

Alors que le Docteur me lisait le poème, un sentiment de gratitude et de bonheur m’envahit. Ces mots me touchèrent. Ils étaient pleins de promesses de satisfaction et de délivrance, si je restais fidèle à ma foi daheshiste. Je me sentais réellement honoré et chanceux d’avoir de si beaux mots adressés à moi par le Docteur Dahesh. Personne n’avait jamais rien écrit sur moi, à l’exception du psychologue qui avait analysé les résultats de mon test avant que je sois embauché par la société américaine. Il avait dit de moi que j’étais agressif, borné, mal organisé et avait besoin de fréquentes supervisions, mais que je pouvais sans doute devenir un bon commercial. Avec un tel rapport, je me suis souvent demandé pourquoi la compagnie m’avait engagé ! Lorsque je devins vice-président de cette société américaine, le président me confia qu’il ne prenait pas ce type de test d’analyse psychologique très sérieusement. Il se plaignait que ces rapports semblaient écrits de manière à ce qu’on ne sache pas de façon décisive si un candidat allait devenir un bon ou un mauvais vendeur. Quoiqu’il en soit, d’avoir ce beau et réjouissant poème écrit pour moi par le Docteur Dahesh, le Prophète Bien Aimé, allait au delà de ce que j’attendais. Il remplit mon cœur d’espoir et de joie, et lorsque le Docteur Dahesh eu finit de le lire, je me précipitais vers lui, l’embrassait et l’étreignait en signe d’appréciation et de gratitude.

 

J’avais souvent entendu dire des autres daheshistes que lorsque le Docteur Dahesh écrivait, il le faisait toujours à une vitesse incroyable. Ses pensées semblaient lui venir plus rapidement qu’il ne pouvait les écrire. Ce qu’il écrivait était toujours la version finale sans corrections ou altérations. En fait, tous les livres qu’écrivit le Docteur, et il y en a plus de 150 en tout, ont été écrits de la même manière. Un livre en particulier «Mémoires d’un Dinard», qui est une histoire extraordinaire de gens et d’événements bien présentés dans un ordre chronologique, fut écrit par le Docteur Dahesh en quelques heures, réparties sur 12 journées d’écriture. En introduction au livre, un frère daheshiste, Monsieur Halim Dammous, qui était le chroniqueur du Daheshisme, mentionna qu’il lui fallu une semaine entière de travail continu pour recopier ce que le Docteur Dahesh avait écrit.

 

Docteur Dahesh était réellement un écrivain talentueux et prodigieux d’une stature incommensurable. Son œuvre littéraire couvre une immense variété de sujets qui traitent de toutes les facettes de la vie. Mais le plus étonnant est qu’il n’avait jamais reçu d’éducation classique. Tout ce qu’il eu comme éducation étant enfant fut quelques mois à l’école primaire. Sa famille fut obligée de le retirer de l’école à cause de sa santé médiocre et de leurs revenus limités. Ils n’avaient pas les moyens de l’envoyer à l’école. Mais aujourd’hui, l’œuvre littéraire du Docteur Dahesh est une tribu monumentale pour un homme aussi remarquable et talentueux. Lorsque le Docteur Dahesh eu finit de me lire le poème, je lui demandais si je pouvais le recopier. Il me dit que je le pouvais et me tendit le sac de papier marron. Je fis ce que j’avais dis et gardais cette copie avec moi pendant plusieurs mois. Un jour, je le vis imprimé, mot pour mot, comme il l’avait écrit à l’origine, dans l’un de ses livres. Le titre du livre était « Sélection des livres du Docteur Dahesh» (publié à Beyrouth, octobre 1970).

 

Plus tard, cette après-midi là, nous fûmes invités à visiter un zoo privé qui appartenait au dirigeant du Qatar à l’époque : Sheikh Ahmad Al Thani. Mon client Qatari à qui nous avions rendu visite le jour précédent avait fait tous les arrangements nécessaires et nous avait obtenu la permission de le visiter.

 

Notre hôte Qatari vint nous chercher à l’hôtel. Nous roulâmes pendant environ vingt minutes avant d’arriver dans une région qui ressemblait à une oasis au milieu du désert. C’était une grande zone entourée de barrières contenant beaucoup d’arbres et de verdure en contraste total avec les alentours sableux, désolés et arides. Alors que nous marchions à travers le parc propre et plaisant, nous vîmes beaucoup de serviteurs en train de travailler. Certains arrosaient les arbres et les plantes alors que d’autres s’occupaient des animaux. Le parc semblait bien entretenu et les tous les efforts tendaient à le rendre agréable et attractif.

 

Même si nous vîmes beaucoup d’animaux, leur quantité et les espèces étaient limitées. Après avoir traversé le parc, nous arrivâmes dans une zone plus grande et clôturée. Elle accueillait un bon nombre d’oryx et de gazelles du désert, une espèce en danger. On nous dit que le seikh Ahmad voulait sauver l’animal de l’extinction et que c’était pour cela qu’il avait construit ce parc zoologique.

 

Après avoir visité le zoo, nous fûmes invités avec d’autres personnes pour le dîner à la maison de mon client. Les autres invités étaient tous Qatari et étaient curieux de savoir dans quelle branche de la médecine le Docteur Dahesh était spécialisé. Je leur dis qu’il était Docteur en Arts et Littérature, car en ces circonstances, je ne voulais pas révéler qui il était vraiment.

 

Le matin suivant, je me réveillais à 7h et comme d’habitude, je trouvais le Docteur en train d’écrire son journal. Je m’habillais rapidement et lui demandais s’il voulait prendre le petit déjeuner avec moi. Il n’avait pas faim et me demanda de lui faire livrer un thé dans la chambre. Je commandais ce qu’il souhaitait et descendis prendre le petit déjeuner. Lorsque je revins dans la chambre, il écrivait encore, mais dès qu’il me vit, il me demanda de lui amener des billets de 1 riyal pour un montant total de 100 riyals le plus vite possible (le riyal est la monnaie du Qatar, la valeur en d’environ 25 cents américains). Il me dit qu’ils devaient être placés dans une enveloppe pour être livrés à une personne dans le besoin à Doha. Je demandais au Docteur si un simple billet de 100 riyals ferait l’affaire puisque j’en avais un dans ma poche et pouvais le mettre dans l’enveloppe. Docteur Dahesh répondit que les instructions spirituelles demandaient 100 riyals en coupures de 1 riyal.

 

Dès que je retournais en ville avec le Docteur ce matin là, j’allais dans une banque et obtins ce qu’il demandait. Quand nous fûmes dans la chambre de l’hôtel, je plaçais l’argent dans une enveloppe blanche et demandais machinalement l’adresse de l’homme à qui était destiné l’argent. Il m’expliqua qu’il n’y avait pas besoin d’adresse. L’enveloppe allait être transférée spirituellement dans un endroit où un seul homme dans le besoin la trouverait et personne d’autre. Lorsqu’il me dit cela, je lui tendis simplement l’enveloppe contenant l’argent et dès qu’il la toucha, elle disparu.

Le Docteur m’expliqua qu’un œil juste et plein de pitié nous regarde tous. Tout ce qui arrive, n’importe où dans le Royaume de Dieu est connu et enregistré.

 

Aussi grand et infini que puisse paraître l’univers, pas un seul événement n’échappe à l’attention de Dieu. Sa justice et sa pitié, nos prières, nos besoins et nos espoirs sont tous connus de lui, tous les petits détails sur nous, et les milliards d’autres créatures passées, présentes et à venir sont connus et enregistrés tout comme l’a dit Jésus : «Et vous donc ! Vos cheveux même sont tous comptés» (Matthieu 10:30). Plus tard, cette après-midi là, nous allions à l’aéroport de Doha pour prendre un vol vers Dubaï aux Emirats Arabes Unis. Dès que nous arrivâmes à l’aéroport, on nous dit qu’il avait deux heures et demies d’attente, nous ne pouvions rien faire si ce n’est d’attendre à l’aéroport. Je demandais au Docteur s’il souhaitait manger quelque chose au restaurant de l’aéroport, car je savais qu’il n’avait rien mangé au déjeuner. Il ne refusa pas et nous montâmes au restaurant au deuxième étage. Comme il était assez tard dans l’après-midi, le restaurant était vide, nous étions les seuls clients. Je demandais au serveur s’il avait quelque chose de particulier à offrir à cette heure là. Il dit qu’il allait voir avec le cuisinier pour savoir s’il restait du riz au curry avec du mouton du déjeuner.

 

Le serveur nous laissa quelques minutes et revint en nous disant qu’il pouvait nous servir de la soupe de légumes et du riz au curry avec de la viande, le Docteur commanda les deux plats, mais je ne choisis que la soupe, car j’avais déjà mangé à l’hôtel avant d’aller à l’aéroport. Docteur Dahesh mangea son repas de bon appétit et apprécia un gros oignon blanc d’Arabie Saoudite avec son dîner. Il mangea tout ce qu’on lui donna et quand je lui demandais s’il avait encore faim, il répondit que oui. Je commandais un second plat de riz au curry et de viande de mouton. Cette fois, le Docteur ne voulait pas de bol de soupe et il mangea la seconde portion avec autant d’appétit que la première.

 

J’avais voyagé avec le Docteur depuis plusieurs jours et je ne l’avais encore jamais vu manger avec autant d’appétit que cet après-midi là. Jusque là je commençais à croire qu’il avait un petit appétit, qu’il ne s’intéressait pas à la nourriture mais dans ce restaurant à Doha, après l’avoir vu manger un bol de soupe et deux grandes assiettes de riz curry avec de la viande, plus un gros oignon, je ne savais plus que penser. Je me posais des questions sur tout cela, quand le Docteur soudainement habité par l’Esprit, me regarda droit dans les yeux et me dit : «Je sais ce que tu penses, tu te demandes pourquoi le Prophète Bien Aimé mange autant : il mange pour nourrir deux personnes affamées qui doivent recevoir des sayals du Prophète pour rester en vie». (Le transfert de sayals de nourriture de Docteur Dahesh envers deux personnes affamées ne peut se comprendre qu’en termes daheshistes. Le concept daheshiste de la corrélation spirituelle et physique et la dualité des sayals dans toutes matières explique la révélation du transfert de nourriture ou les miracles. La nourriture mangée par le Prophète comme toute matière consiste en deux sayals spirituel et physique. Le Prophète Bien Aimé, après avoir mangé la nourriture, reconverti ses sayals à leur forme d’origine. La nourriture est alors transportée spirituellement aux personnes affamées où elle sera convenablement placée. Même si ce type de raisonnement semble étrange à beaucoup, il est complètement logique pour les daheshistes.)

 

Enfin, après trois heures d’attente à l’aéroport de Doha, notre avion décolla et nous continuâmes notre voyage vers Dubaï aux Emirats Arabes Unis.

 

 


 

Chapitre Onzième

 

À notre arrivée à Dubaï, la première chose que nous remarquâmes à notre descente d’avion fut l’insupportable et suffocante chaleur et l’humidité. C’était bien pire que ce que nous avions rencontré dans nos voyages à travers les pays du Golfe. Nous prîmes un taxi vers l’hôtel Carlton où nous nous installâmes. Il était situé au centre ville à quelques minutes à pied du centre commercial. Après nous être installés, nous prîmes une douche et nous changeâmes d’habits. Nous décidâmes d’aller au restaurant et de prendre un dîner complet. Docteur Dahesh avait envie de voir la ville le soir même, car dès que nous eûmes terminé le repas nous sortîmes nous promener dans le centre ville. Même s’il était tard le soir, les boutiques étaient encore ouvertes et les rues grouillaient de gens et de vendeurs, la plupart indiens.

 

Nous marchâmes dans une zone à ciel ouvert où des centaines de vendeurs proposaient des fruits et légumes. Certains étaient assis sur le sol, essayant de vendre une caisse ou deux de mangues qu’ils avaient près d’eux. D’autres avaient des présentoirs plus élaborés, remplis de fruits et légumes importés d’Inde, du Pakistan, d’Iran et du Liban. Tout l’espace du marché était éclairé par des centaines de lampes à kérosène qui pendaient au dessus des montagnes de fruits. La chaleur créée par les lampes à kérosène ajoutait encore plus de chaleur à l’atmosphère déjà suffocante. Le Docteur Dahesh et moi marchâmes à travers le marché, nous frayant un passage d’un vendeur à l’autre. Nous vîmes une grande variété de fruits et légumes proposés, mais le fruit que nous admirâmes le plus était la mangue indienne. Avant de quitter le marché, nous achetâmes des mangues, des bananes et quelques oignons pour ramener à l’hôtel. De là, nous continuâmes notre marche vers le centre ville où des centaines de mini boutiques étaient installées. Le bruit assourdissant de la musique indienne venant des cafés et des boutiques de radios semblait être partout. La plupart des gens que nous voyions dans les rues de Dubaï était soit indiens, soit pakistanais. Les arabes natifs de Dubaï, même aujourd’hui, sont encore la minorité. Mais se sont les arabes de Dubaï qui contrôlent le gouvernement et l’économie du pays. Marchant à travers les rues sombres du vieux centre ville, on se sentait comme marchant quelque part sur le sous-continent indien. Nous continuâmes de passer devant de nombreuses boutiques, et de temps en temps, nous entrions pour demander les prix d’un article ou d’un autre. À la fin, la chaleur et l’humidité commencèrent à nous peser. Nous ne pouvions plus supporter la chaleur suffocante et débilitante de Dubai. Nous transpirions tellement que nos habits étaient trempés. Je n’ai jamais vu quelqu’un transpirer autant que le Docteur Dahesh. Il transpirait même pendant les mois froids de l’hiver. Mais la chose inhabituelle à cela est que sa transpiration était sans odeur. Je fus étonné par ce fait lorsque que je lavais la sous chemise du Docteur Dahesh qui était trempée de sueur de la veille. Il n’avait aucune odeur. Je remarquais aussi qu’il prenait rarement de douche, mais sentait toujours bon.

 

Pendant notre première nuit dehors à Dubaï, nous ne visitâmes que le vieux centre ville dans un quartier de la ville, l’autre partie était séparée par la mer. Pour visiter cette partie là, nous devions prendre un bateau à moteur pour traverser, ou bien utiliser un pont situé au sud de la ville. Il se faisait très tard, nous décidâmes de visiter l’autre côté de la ville le matin suivant. Le centre ville dans lequel nous étions était composé de nombreux bâtiments avec de petites rues et des allées tortueuses. Tout le centre semblait se réveiller la nuit avec une foule grouillante se mêlant aux vendeurs de rue d’une manière totalement chaotique.

 

En plus de toute l’activité et de la confusion de cette nuit là, nous devions lutter avec non seulement la chaleur inconfortable et les retentissements de la musique, mais aussi avec le son énervant des machines à air-conditionnés. Les vibrations des centaines, des milliers d’air-conditionnés semblaient venir de tous les magasins et bâtiments de la ville.

 

Nous décidâmes de mettre fin à notre promenade et de retourner au calme frais de notre chambre d’hôtel. Sur le chemin du retour, nous passâmes dans la rue au-dessus du vieux port. Alors que nous marchions, nous pouvions voir l’autre coté de la ville qui était séparé par l’eau. Les lumières scintillantes se reflétaient dans l’eau calme et tranquille, et formaient une vue sereine et stupéfiante. La vue de l’autre partie de la ville de nuit semblait très tranquille. Marchant le long du quai plaisant et calme avec le Docteur, je ne pus que me réjouir du fait que les beaux rêves deviennent parfois réalité. Quelques années auparavant, j’étais assis la nuit au balcon de ma chambre d’hôtel à Dubaï et seul j’admirais la même vue sereine, je pensais au Docteur Dahesh, à ses révélations et à sa merveilleuse philosophie. Je souhaitais qu’il soit là avec moi. Maintenant, alors que nous marchions lentement ensemble, mon rêve était devenu réalité. De notre côté de la ville, il y avait encore de l’animation. De petits vaisseaux et cargos embarquaient et débarquaient des marchandises jusque tard dans la nuit. Ces bateaux transportaient des marchandises et des passagers, légalement et illégalement entre l’Inde, le Pakistan, l’Iran, Dubaï et les autres états du Golfe.

 

Alors que nous continuions de marcher vers l’hôtel, nous vîmes de pauvres ouvriers, ils essayaient de dormir allongés sur de vieilles planches à côté du vieux port. La chaleur excessive et insupportable les faisant se tourner et se retourner inconfortablement. Je me tournais vers le Docteur Dahesh et lui fit remarquer que ces gens devaient souffrir de cette chaleur insupportable. Il remarqua que malheureusement ils devaient souffrir. Je lui demandais si c’était simplement les circonstances qui avaient amené ces pauvres ouvriers à être à Dubaï à la saison la plus chaude. Je dis qu’ils avaient fait leur choix librement et devaient supporter le climat. Le Docteur me dit que rien de ce que nous voyons ou de ce dont nous faisons l’expérience n’est coïncidence. Rien de ce qui nous concerne, à quelque époque que ce soit n’est accidentel. Nos circonstances, dit-il, sont dictées et liées à nos sayals et au niveau spirituel qu’ils ont atteints. En conséquence, ces ouvriers que nous voyions allongés sur les planches de bois ont leurs sayals spirituels évolués à un niveau qui les a amenés dans la chaleur et la misère de Dubaï. Les choses ne vivent pas isolées les unes des autres et les événements ne se déroulent pas en fonction des variables et des circonstances locales. Ce qui existe et se déroule dans la nature, sans exception est fondamentalement lié et déterminé par son origine spirituelle.

 

Rien ne se déroule sans une raison sous jacente. Rien n’arrive par coïncidence, même si cela peut paraître ainsi. Il y a une toile imbriquée de relations interpersonnelles spirituelles entre les choses et leurs circonstances, entre les causes et les effets. Qui nous sommes et ce que nous sommes est amené par nos pensées libres et nos actes libres pendant le cycle de nos vies - naissances, morts et réincarnations.

 

Si nos actes et nos pensées sont mauvais de même, le mal, la misère et la souffrance nous suivrons partout où nous allons. D’un autre côté, si nos pensées et nos actes sont bons, vertueux et dans la crainte de Dieu, alors de bonnes choses et la pitié nous suivrons sur terre et après.

 

Le confort physique ou la souffrance ne doivent pas être pris comme une indication du niveau spirituel ou de la qualité des sayals. Ce qui apparaît aux gens comme de la chance ou de la malchance peut ne pas être pertinent spirituellement. La souffrance de ces pauvres ouvriers que nous avions vu sur le port de Dubaï ne signifiait pas nécessairement qu’ils étaient punis pour leurs mauvais sayals. Tout ce que cela signifiait est que ces ouvriers avaient leurs sayals élevés à un niveau spirituel qui les ont amenés à cet endroit, à ce moment là. La philosophie daheshiste est très claire sur ce point et les nombreux livres et enseignements du Docteur Dahesh accentuent ce point. De nombreuses références sont faites à des gens qui ont dirigé le monde mais avaient de mauvais sayals dégradés, et au contraire des individus pauvres et inconnus et ridiculisés en leur temps et parfois même mis à mort et qui avaient les plus nobles des sayals spirituels.

 

L’histoire de l’humanité est amplement témoin de cette réalité, comme Jean le Baptiste par exemple, qui n’avait ni fortune, ni pouvoir. Il mangeait des sauterelles dans la nature. Il s’habillait de vêtements en peau de chameau que seuls les pauvres mettaient à cette époque là. Hérode, le roi de Juda d’un autre côté était riche et célèbre. Il avait même le pouvoir de vie et de mort sur les gens qu’il gouvernait. Pour faire plaisir à une femme dégénérée, Salomé, il ordonna qu’on coupe la tête de Jean, qui selon Jésus était un prophète. Jésus a dit de lui : «En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste» (Mathieu 11:11). Hérode, le roi riche et célèbre était très mauvais. Les qualités spirituelles des sayals ne peuvent être jugées ou mesurées en termes de confort physique, pouvoir ou possessions.

 

Après avoir marché dans les rues de Dubaï pendant une heure et demie, nous décidâmes de rentrer à l’hôtel. Nous rentrâmes vers 10h30, dès que nous fûmes dans la chambre, nous nous lavâmes et tombèrent de sommeil.

 

Le matin suivant, je décidais de ne pas contacter les clients de la société à Dubaï. À la place, je voulais passer toute la journée avec le Docteur pour l’emmener où il le souhaitait. Le premier arrêt ce jour là fut dans l’agence de voyage pour réserver deux places sur le vol de retour vers Beyrouth. Le Docteur semblait anxieux de rentrer chez lui et ne souhaitait pas rester plus de quelques jours à Dubaï. La raison en était certainement l’excès de chaleur et d’humidité du climat. C’était intolérable et cela rendait notre séjour impossible à apprécier.

 

De l’agence de voyage, nous marchâmes une petite distance jusqu’au port. Là nous montâmes dans un petit bateau à moteur qui nous conduisit jusque l’autre coté de la ville. Une fois de l’autre coté de l’eau, nous débarquâmes et nous nous trouvâmes directement dans le vieux centre ville où des centaines de petites boutiques fermées étaient regroupées le long d’une rue principale étroite et quelques allées adjacentes. Certaines boutiques étaient si petites que seules deux ou trois personnes pouvaient s’y tenir. Les objets que nous voyions en vitrine étaient surtout des produits électroniques japonais. Il y avait tout de même quelques boutiques de bijouteries et d’autres spécialisées dans les vêtements et objets indiens. Les bâtiments semblaient anciens et abimés, négligés et blanchis par le soleil brûlant. Nous n’appréciâmes pas cette promenade dans ce centre ville et nous ne rentrâmes que dans quelques boutiques. Une nouvelle fois, c’est la chaleur insupportable qui coupa court à notre visite dans cette partie de la ville. Pour notre retour à l’hôtel, nous primes un autre bateau à moteur et traversâmes l’eau. Notre hôtel était à courte distance du débarcadère, quelques minutes à pied. Mais parce qu’il faisait très chaud, nous dûmes prendre un taxi pour aller à l’hôtel. Nous étions si fatigués et si mal à l’aise dans la chaleur excessive qu’il nous était impossible de marcher, même pour quelques minutes. Dès que nous arrivâmes dans la chambre, le Docteur lava sa figure et changea ses habits. Je décidais de prendre une douche froide. À midi, le Docteur n’avait pas envie de déjeuner. Il mangea seulement quelques fruits que nous avions ramenés la nuit précédente du marché. Cette même après midi, le Docteur Dahesh souhaita visiter un zoo privé qui était ouvert temporairement à Dubaï. Il appartenait et avait été créé par un zoologiste suisse. Apparemment, le réceptionniste de l’hôtel en avait informé le Docteur. Vers 16 heures nous primes un taxi et nous dirigeâmes vers le zoo. Une fois passées les limites de la ville, nous nous trouvâmes sur une autoroute toute droite qui semblait être au milieu du désert. Le taxi conduisit très vite pendant un quart d’heure avant de s’arrêter devant l’entrée d’un grand parc grillagé. À côté de la porte était placée une petite cabane de bois où se tenait un indien. Il était assis là, à moitié endormi. Il suait abondamment et semblait très mal à l’aise à cause de la chaleur excessive. Il n’avait ni l’énergie, ni l’intention d’être amical envers nous, où quiconque. Après lui avoir payé l’entrée, il nous ouvrit. Nous étions les seuls visiteurs du parc. Notre taxi nous attendit en dehors des grilles pendant que nous visitions le zoo. Même si le parc était très grand, il n’y avait ni ombre, ni banc pour se reposer. Tout ce que nous pouvions voir étaient des cages dispersées, grandes et petites. Les animaux dans leurs cages étaient paresseux et ne faisaient aucuns mouvements. Eux aussi souffraient de la chaleur.

 

Franchement, je n’étais pas très intéressé de regarder les animaux à cause du soleil brûlant au dessus de nous qui était insupportable. La seule chose à laquelle je pensais était de protéger ma tête des rayons brûlants du soleil tout en suivant le Docteur. Lui, de son côté, était très intéressé par les créatures et allait vivement d’une cage à l’autre. J’espérais qu’il mettrait fin rapidement à son tour du zoo et déciderait de rentrer à l’hôtel. Le visage du Docteur était rouge à cause de la chaleur et il transpirait énormément. Nous étions tous les deux trempés et mal à l’aise. Enfin, à mon grand soulagement, il décida de ne pas marcher au bout du parc où les cages des lions et des tigres étaient disposées. Nous retournâmes au taxi. Le conducteur nous ramena très rapidement et directement à l’hôtel. Une fois dans notre chambre, nous nous lavâmes et changeâmes nos habits trempés.

 

Docteur Dahesh décida de se reposer dans la chambre et lorsque je lui demandais s’il souhaitait descendre avec moi à la salle à manger, il refusa. Il me dit qu’il n’avait pas faim et il ne se sentait pas bien. Je lui rappelais qu’il n’avait rien mangé de la journée sauf quelques fruits. Je suggérais que peut-être s’il prenait un bol de soupe ou quelque chose de léger il se sentirait mieux. Le Docteur répéta qu’il ne voulait rien d’autre que de se reposer dans la chambre. Il me dit qu’il devait écrire.

 

Je le laissais et descendis dans la salle à manger. Après un dîner léger, j’allais au salon, laissant le Docteur se reposer tranquillement dans sa chambre. Je passais quelques heures à regarder la télévision et à lire des journaux et magazines libanais. Quand je retournais dans la chambre, il était encore tôt, environ 20h30. Je fus surpris, le Docteur Dahesh était déjà couché et endormi et les lumières éteintes, comme je ne voulais pas déranger le Docteur en allumant la lumière, je décidais de passer encore quelques heures au salon.

 

Plus tard, lorsque je remontais, le Docteur dormait encore. Il semblait respirer fortement et avec difficulté. Je changeais mes habits dans le noir et me mis au lit. Le matin suivant, lorsque je me réveillais, je vis le Docteur assis dans son lit. Il me dit qu’il ne se sentait pas bien du tout et souhaitait rester à l’hôtel. Je lui demandais s’il souhaitait un petit déjeuner, mais il me répondit que non. Il souhaitait juste une tasse de thé servie dans la chambre. Je commençais à m’inquiéter pour sa santé. Il ne s’était pas senti bien depuis notre retour du zoo. Je pensais que peut être il avait besoin de repos toute la matinée et que l’après midi il se sentirait beaucoup mieux. Je demandais au Docteur Dahesh s’il souhaitait que je lui ramène quelque chose de la ville, comme des journaux ou un fruit qu’il aimerait plus particulièrement, mais rien ne l’intéressait. Je m’excusais et lui dis que je serai de retour vers midi. Je devais rendre quelques visites à des clients à Dubaï. Je retournais à l’hôtel vers 13h. En entrant dans la chambre, je fus étonné de trouver le Docteur encore au lit. Cette fois il gémissait et semblait souffrir. Je lui demandais ce qui n’allait pas et si je devais appeler un médecin. Il refusa la visite d’un médecin et continua de gémir. Je plaçais ma main sur son front et je pus dire immédiatement qu’il avait une forte fièvre. Je pris sa température avec le thermomètre qu’il emportait toujours et fut choqué de constater qu’il atteignait les 40°C ! Je me rendis compte qu’avec une telle fièvre il était très malade et avait besoin d’un médecin de toute urgence. J’étais dans un grand dilemme et ne savais que faire. Je savais que je devais appeler un médecin mais que c’était contre sa volonté et je ne souhaitais pas faire cela. À ce moment là, je pensais appeler Beyrouth et demander l’avis d’autres daheshistes afin de savoir si je pouvais appeler un médecin contre la volonté du Docteur Dahesh. Soudainement, je pensais à écrire une prière daheshiste, un ramz dans lequel je prierai Dieu de lui redonner la santé. Alors que j’étais assis à écrire la prière, le Docteur soudainement habité par l’Esprit s’assit dans le lit. Il me parla tranquillement et calmement. Je me rendis compte immédiatement que c’était l’Esprit et non pas le Docteur Dahesh qui me parlait car quelques instants auparavant il était allongé dans le lit, délirant.

 

L’Esprit me dit que j’avais reçu un Sayal spécial qui m’avait fait penser à écrire une prière daheshiste. Dans cette prière, je demandais à Dieu Tout Puissant d’aider le Prophète Bien Aimé à se remettre. Le ramz était nécessaire me dit l’Esprit, car le Prophète Bien Aimé avait eu une insolation. Le Prophète, continua l’Esprit, avait désobéit aux lois de la nature que Dieu a décrété pour la planète terre. Ces lois naturelles s’appliquent à tous les gens et créatures qui vivent sur la terre, y compris les prophètes. Marcher sans protection sous les rayons brûlants du soleil est une violation de ces lois. C’est pour cette raison que le Prophète avait été victime d’une insolation. L’Esprit dit qu’une fois que j’aurai écrit la prière et que je l’aurai brûlée je devais prendre un peu de cendres et tracer une étoile daheshiste sur le front du Prophète. Une fois que j’aurai fait cela, le Prophète guérirai immédiatement.

 

En disant cela, l’Esprit partit et le Docteur retomba dans son délire. J’étais étonné par ce que j’avais entendu. Des sentiments d’enthousiasme et de crainte me submergèrent. Il est très difficile de décrire les sentiments et les pensées qui passèrent dans mon esprit à ce moment là. Les mots ne peuvent traduire correctement la joie et le bonheur que je ressentais. Je tremblais de joie d’être l’instrument et le témoin de la guérison spirituelle et miraculeuse du Prophète. J’étais là, avec toutes mes fautes et erreurs humaines, et l’Esprit Divin me demandait de faire une prière, non pas pour la guérison d’une personne ordinaire, mais la guérison du Prophète Bien Aimé. Quelle pensée merveilleuse et quel honneur c’était pour moi. Lorsque je regarde en arrière vers cet incident, je pense honnêtement que je ne méritais pas un tel honneur.

 

Je commençais rapidement à écrire la prière daheshiste sur un papier jaune demandant à Dieu, plein de pitié, de guérir le Docteur Dahesh. Lorsque je finis de brûler le ramz, je pris une pincée de cendres et me dirigeais vers le Docteur, encore délirant dans le lit. Je traçais une étoile daheshiste sur son front, comme l’Esprit m’avait dit de faire. Il souffrait toujours, mais dès que j’eus finis de dessiner le ramz sur son front, je jure qu’un miracle eut lieu. Le Docteur ouvrit les yeux instantanément et s’assit dans le lit comme si rien ne lui était arrivé. Il me regarda et me demanda ce qui s’était passé. Il me dit se sentir bien et avoir faim. Je lui expliquais ce qui s’était passé jusqu’au moindre détail et il fut étonné de l’état dans lequel il avait été.

 

Je lui demandais de me laisser reprendre sa température et lorsque je la pris, elle était tombée à 37°c. Quelques instants auparavant, sa température était à 40°c. Le Docteur s’était complètement remis, Dieu merci, se sentant à nouveau bien mais affamé. Il décida de m’accompagner au restaurant pour déjeuner. Il prit avec lui un gros oignon blanc qu’il avait acheté deux jours auparavant. Cette fois, le Docteur mangea avec appétit et lorsqu’il termina, il retourna dans la chambre pour écrire. Je quittais l’hôtel de mon côté et me rendis chez l’un de mes clients qui souhaitait passer une commande d’air conditionné pour des chambres.

 

Le jour précédent, j’avais fait tous les arrangements pour ce rendez-vous d’affaires. Mais lorsque le client vint me chercher à l’hôtel, je n’étais plus très intéressé. La dernière chose que j’avais à l’esprit était les affaires. Je ne me souciais même pas qu’il signe une grosse commande pour faire plaisir à la société mère à Chicago. J’étais dans un état de crainte et de vénération spirituelle dû au miracle fabuleux dont j’avais été témoin quelques heures auparavant.

 

Alors que j’étais assis dans le bureau avec mon client de Dubaï, je ne pouvais m’empêcher de penser à la guérison miraculeuse du Docteur Dahesh de son insolation. La pensée de cette révélation extraordinaire maintenant enfermée dans ma mémoire et mon âme éclipsait tout le reste. Les affaires urgentes de la société dont on devait s’occuper et qui étaient d’une haute priorité dans mon esprit juste le jour avant, semblait s’évanouir par leur insignifiance.

 

Tout, sauf le Docteur, devint hors de propos et la seule chose importante pour moi était le Docteur Dahesh et l’imposante réalité de sa spiritualité divine. Cet après-midi là, après avoir fait l’expérience de cet événement unique et béni, je pouvais à peine me concentrer sur les affaires. Rien ne semblait aussi important que le miracle dont je venais d’avoir la chance d’être témoin. Pour un court moment, je pensais aux milliers de transactions commerciales qui avaient lieu sur terre chaque jour, elles vont et viennent puis disparaissent dans le néant. Mais Docteur Dahesh et sa vérité divine, cela je le savais, serait toujours une réalité sans fin.

 

En un instant, ce miracle me révéla encore plus clairement la majesté de Dieu, la justice infinie, la pitié de Dieu et la splendeur de la religion daheshiste. L’image du Prophète Bien Aimé allongé sur le lit avec une insolation me revenait sans cesse à l’esprit. Je ne cessais de le voir souffrant et délirant, geignant et incapable de se reposer ou de dormir car il avait violé la loi de Dieu en marchant sans protection sous le soleil brûlant. Docteur Dahesh n’aurait pas dû violer les lois que Dieu a créé pour notre planète terre. Dans une révélation spirituelle soudaine qui me laissa stupéfait, je réalisais combien la justice et la pitié divine sont infinies. Ses lois doivent être obéies et suivies par tous les être humains, y compris les prophètes.

 

Le Prophète Bien Aimé qu’il aimait et à qui il avait donné le pouvoir de guérir et de faire des miracles n’était pas une exception. Docteur Dahesh n’ayant ni prétentions, ni privilèges spéciaux de son Créateur, avait besoin de prières comme tout le monde pour l’aider à guérir. C’était là les émotions et les pensées qui traversaient mon esprit alors que j’essayais de parler affaires avec mon client cet après-midi là. À la fin de ce rendez vous nous nous mîmes d’accord pour nous revoir le lendemain matin pour d’autres discussions.

 

Lorsque je revins à l’hôtel cet après-midi là, je trouvais le Docteur qui m’attendait. Il avait hâte de sortir pour une petite promenade au centre ville. Il n’était pas sorti de l’hôtel depuis plus d’un jour et son retour de la visite au zoo. Cette fois, notre tour dans la ville ne dura pas longtemps et après avoir visité quelques boutiques et librairies, nous retournâmes à l’hôtel. A l’origine, nous devions partir le matin suivant, mais à cause d’affaires que j’avais à terminer, nous ne partîmes que le surlendemain.


 

Chapitre Douzième

 

À Beyrouth, je continuais d’être très proche du Docteur Dahesh, lui rendant visite chez lui presque chaque jour. Pendant les deux années qui suivirent, je voyageais constamment avec lui et nous visitâmes vingt trois pays ensemble. Les détails de ces voyages ainsi que des autres voyages du Docteur sont racontés dans une série de vingt livres écrits par le Docteur Dahesh et intitulés : «Les voyages de Docteur Dahesh autour du monde».

 

Lorsque je lis les descriptions du Docteur de ses voyages mémorables ensemble, je me souviens de façon frappante les endroits que nous avons visité, ce qu’il a dit et qu’il a fait. Je me souviens aussi les révélations spirituelles inoubliables qui eurent lieu en sa présence. Lorsque je me souviens de toutes ces choses, je suis rempli d’une grande émotion et de confort intérieur. Ces voyages avec lui furent les événements les plus importants de ma vie et leur souvenir sera toujours avec moi.

 

Lorsque je regarde en arrière et réfléchis à ces voyages je sens souvent que j’ai fait beaucoup de graves erreurs que je ne réalisais pas à l’époque. Maintenant, plusieurs années plus tard, je regrette de ne pas avoir tenu un journal. Mais plus que tout, je regrette de ne pas avoir passé tout le temps avec Docteur Dahesh. J’aurai été plus attentif à ses souhaits et ses désirs, et j’aurai fait exactement ce qu’il me demandait au lieu de me soucier de ce que la société à Chicago attendait de moi. J’aurai dû être entièrement au service du Docteur Dahesh et de ses souhaits au lieu d’essayer de faire à la fois mon travail et en même temps être avec lui. Je regrette les opportunités passées et les chances ratées que le Docteur insinuait. Les choses que je n’ai pas faites pour des raisons de travail. Je me lamente sur le fait que je n’étais pas complètement libre de réaliser ce qu’il souhaitait que je fasse car j’étais sous la pression de ma société d’utiliser tout mon temps pour des affaires commerciales.

 

Malheureusement, lorsque je voyageais avec le Docteur Dahesh, je pensais imprudemment que je devais diviser mon temps en deux moitiés égales. D’un côté, je devais répondre aux demandes commerciales qui m’étaient faites en tant que commercial, et d’un autre côté, je souhaitais être le compagnon de voyages du Docteur. Cet arrangement, le travail d’un côté et la loyauté et la dévotion au Docteur de l’autre, était une erreur terrible. Lorsque je regarde en arrière, je me rends compte tristement que mes priorités temporelles étaient vraiment mal jugées. Je me demande maintenant comment j’ai pu mettre des demandes commerciales en parité avec les demandes spirituelles d’un Prophète. Comment ai-je pu laisser l’avidité et les contradictions des affaires me distraire de l’appel resplendissant et serein de l’Esprit. Je n’avais pas su évaluer la signification complète d’être, même pour une courte période de ma vie, le compagnon privilégié du Prophète Bien Aimé et malheureusement je n’ai pas pu voir les opportunités spirituelles que m’offrait le Docteur Bien Aimé. Avec regret et jusqu’à ce que je sois mon propre chef, j’avais toujours quelqu’un pour me dire où aller et que faire de mon temps. Je n’aurai jamais dû laisser cela se faire lors de mes voyages avec le Docteur Dahesh.

 

J’aurai dû apprendre la leçon de ma première expérience de la vente, de ne jamais laisser quelqu’un, avide et aveuglé par l’argent, m’obliger à faire quelque chose contre ma volonté. Cette expérience amère se déroula en 1960, avant que je ne connaisse le Docteur Dahesh. J’étais en ce temps là en Amérique et ma femme venait d’accoucher de notre première petite fille. Par désespoir de gagner de l’argent pour ma famille, je travaillais comme vendeur de porte à porte pour une société de cosmétiques, payé sur la seule base de commissions. Le superviseur des ventes qui m’avait embauché était mon responsable direct ainsi que celui d’autres vendeurs. C’était un jeune américain, de mon âge environ, très agressif et très arrogant. Il adorait l’argent et ne pouvait penser à rien d’autre que d’essayer d’en avoir encore plus et à comment devenir riche rapidement. En bref, il était l’un de ces jeunes américains anxieux de grimper l’échelle du succès à n’importe quel prix.

 

Je me souviens de mon premier jour de travail, il passa la journée à me former, et nous allions de porte à porte essayant de vendre des cosmétiques. Je le suivais et regardais comment il approchait les clients potentiels et faisait sa présentation de vente. Ceci dura pendant plusieurs heures de visites ininterrompues et mon superviseur continuait de frapper aux portes même pendant l’heure du déjeuner. Nous n’arrêtâmes que lorsque quelqu’un nous claqua la porte au nez en nous injuriant car nous l’avions interrompu dans son déjeuner.

 

Même à ce moment là, nous ne nous arrêtâmes que quelques minutes pour manger un hamburger avant de continuer nos visites de vente. Malgré tous ses efforts, mon superviseur n’avait pas pris beaucoup de commandes. La plupart des gens chez qui nous allions semblaient pauvres et pas très intéressés d’acheter des cosmétiques, et si je me souviens bien, il ne signa que trois commandes pour un total de moins de 25$. Malgré cette mauvaise performance, il continua à me remémorer toute la journée, l’importance de travailler dur et combien il est essentiel d’utiliser chaque minute pour rendre visite à des clients. Je me souviens de ses mots : «Plus tu feras de visites, plus tu auras de chance de prendre des commandes». Partout où nous allions, il ne cessait de me répéter l’importance de travailler dur. De temps en temps, je me sentais irrité contre lui, surtout parce que je n’étais pas payé à l’heure. Mon salaire était basé uniquement sur les commissions. Si je vendais des cosmétiques, je gagnerais de l’argent et si je ne vendais rien, je ne gagnerai rien. C’était aussi simple que cela. Mais je me rendis compte que mon jeune superviseur n’avait d’intérêt que pour un bon vendeur. Avant que nous quitter il me montra des tableaux statistiques d’augmentation des ventes dans certains quartiers couverts par des vendeurs sous ses ordres. Il me dit aussi que si je suivais ses conseils, dans peu de temps, je pourrai gagner jusque 150$ par semaine en commissions. À cette époque, ce montant me semblait beaucoup d’argent et j’étais pressé de commencer à travailler.

 

Il me désigna une région dans le sud de Chicago. C’était un nouveau quartier de vente qui n’avait encore jamais été couvert. Avant de partir, il me remit des brochures et des bons de commandes et me dit de le rencontrer trois fois par semaine à une certaine heure et à un endroit fixe. Le jour suivant, je me réveillais tôt, pris le métro et me rendis dans la zone qui m’avait été assignée. Je portais le kit de vente de cosmétiques et commençais à travailler sérieusement faisant exactement ce qu’il m’avait dit de faire, allant de porte à porte. Il ne me fallut pas longtemps pour arriver à la conclusion que la zone qu’il m’avait assignée était très pauvre. Peu de gens étaient intéressés d’acheter des cosmétiques et même s’ils l’étaient, ils ne pouvaient pas se le permettre. Je devais sonner à 15 ou 20 maisons avant que quelqu’un me laisse entrer et même s’ils le faisaient, ils ne passaient de commandes que pour quelques dollars. Cela dura environ dix jours pendant lesquels je gagnais moins de 35$ en commissions. Je rentrais le soir à la maison de ma belle-mère, chez qui je vivais avec ma femme et mon bébé, complètement épuisé d’avoir marché toute la journée.

 

Sans égard pour le dur labeur que je mettais à mon travail, je n’allais nulle part. La zone que m’avait confiée mon superviseur était l’une des plus pauvres de Chicago. Je demandais à mon superviseur à de nombreuses reprises de me transférer sur une autre zone afin de gagner un peu d’argent. Je lui expliquais que j’avais besoin de revenus mais il refusa de me réassigner à un autre territoire, prétextant que toutes les autres zones étaient déjà couvertes. Il insista pour que je persévère. Un jour, vers la fin de ma seconde semaine de travail, ma chance sembla tourner pour le meilleur. Je sonnais à la porte d’une maison et dès qu’une femme d’âge moyen ouvrit la porte, elle me dit que j’étais justement le vendeur de cosmétiques qu’elle attendait. J’étais content qu’enfin quelqu’un me cherche pour passer une commande. La femme commanda des produits de beauté pour plus de 50$ à être tous livrés en même temps. C’était la plus grosse commande que j’avais faite en tant que vendeur de cosmétiques.

 

Le jour suivant, lorsque je vis mon supérieur, il était très content de la commande de 50$ et pour souligner ce point, il commenta que toute chose nécessitait de la persévérance et que tout marcherait. Quelques jours plus tard, je reçu la marchandise qui devait être livrée. Je mettais tout dans un grand sac et me précipitais tout heureux vers la maison de la dame, pensant à la commission de 15 ou 16$ que j’obtiendrai de cette simple commande. Lorsque je sonnais à la porte, la même femme ouvrit la porte, mais avant que je puisse la saluer ou dire quoi que ce soit, elle cria : «Encore vous, sortez d’ici, je ne veux d’aucun de vos cosmétiques !». Je lui dis, «Ecoutez, vous avez commandé des produits, vous ne vous en souvenez pas ? Je suis venu vous livrer les produits que vous m’avez commandés». Elle ne voulu pas prendre la marchandise et me dit de partir sinon elle appellerait la police. Elle me claqua la porte au nez. Je restais derrière sa porte pendant quelques minutes, complètement abasourdi et pris par surprise. Je ne savais que faire, ni comment expliquer à cette femme ignorante que ce qu’elle venait de faire était pour le moins immoral. Comment une telle femme pouvait-elle comprendre que je vivais dans la pauvreté et que si elle ne prenait pas ce qu’elle avait commandé, je devrais payer les produits avec de l’argent que je n’avais pas.

 

Je savais qu’elle ne comprendrait pas et je décidais de partir. Je rentrais à la maison ce soir là, très déçu, portant avec moi le sac plein de produits cosmétiques que je devais payer. Lorsque je vis mon superviseur le jour suivant, je lui dis ce qui m’étais arrivé. Je lui demandais aimablement s’il pouvait m’aider à rendre la marchandise à la société même si je savais qu’une fois qu’un vendeur commandait un produit, la politique de la société était de ne pas le reprendre.

 

Dès que je fis cette demande, au lieu qu’elle soit rejetée, au moins de façon aimable, mon responsable était livide. Non seulement il refusa ma demande de manière impolie, mais pour aggraver les choses, il continua de m’insulter et de m’accuser d’être un mauvais vendeur qui manquait de motivation, toujours en train de se plaindre et incapable de communiquer avec les gens. Il dit que s’il avait été à ma place, il aurait convaincu la femme d’accepter la commande. Jusque là, j’avais toujours été patient et courtois avec lui, faisant exactement ce qu’il souhaitait car j’espérais gagner de l’argent en travaillant pour cette société. Maintenant, en plus du fait que je ne gagnais pas d’argent, et que plus exactement j’en perdais, j’étais insulté méchamment. C’était plus que je pouvais supporter, surtout venant d’un homme arrogant et à l’esprit étroit. Je me retrouvais en train de lui crier dessus et à lui ressortir toute ma frustration. Je lui dis ce que je pensais réellement de lui et des gens comme lui, je lui jetais mon sac plein de produits cosmétiques à la figure et sortis. Cette expérience amère aurait dû m’apprendre de ne jamais laisser quelqu’un aveuglé par l’avidité me pousser à faire des choses que je ne souhaitais pas faire. Cela aurait dû aussi m’apprendre à ne pas endosser ce que les autres pensent ou disent des choses de la vie. J’aurais dû laisser mon esprit intérieur être juge de ce qui est bon et bien pour moi. J’avais accepté les conseils de vente et des clichés faits par d’autres, uniquement pour découvrir que la vie est trop compliquée pour entrer gentiment dans des croyances ou des slogans. J’avais travaillé dur comme vendeur de produits cosmétiques et pourtant, je n’allais nulle part. Travailler dur pour arriver dans la vie, dans de mauvaises circonstances et pour une mauvaise cause, est une perte de temps et peut être une expérience dévastatrice. Travailler dur pour réussir dans la vie est aussi, souvent, un mythe inventé par ceux qui veulent justifier leurs salaires et revenus disproportionnés. Vivant en Amérique, je découvrais que ceux qui gagnent des millions ne sont ni plus intelligents, et ne travaillent pas plus que ceux qui se battent pour gagner leur vie.

 

Malgré cette première expérience, lorsque je voyageais avec le Docteur Dahesh, j’étais à nouveau sous pression d’être productif et de n’utiliser mon temps que pour les affaires. Lorsque l’on travaille dans un environnement commercial très compétitif comme le mien, on est souvent soumis à des points de vue et des clichés qui prennent automatiquement une part dans l’éthique du travail et la psychologie. Avec le temps, ces vues commerciales et slogans deviennent des mensonges intégrés. L’un de ces mensonges, totalement intégré par la majorité de la communauté des affaires en Amérique et certainement accepté par la société pour laquelle je travaillais était que le temps est très important. En d’autres termes, «le temps, c’est de l’argent». Cette soit disant déclaration de la sagesse des affaires est souvent utilisée par la communauté et les professionnels des affaires en Amérique. Elle est souvent utilisée par les physiciens, les consultants d’affaires, les avocats, les comptables, les superviseurs de vente, et même parfois de façon corrosive par les plombiers ou les réparateurs de télévision qui sont appelés pour réparer un tuyau qui coule ou une télévision cassée. À la fin, ce mensonge, si souvent entendu et appliqué, devient une loi sous-entendue des affaires qui doit être appliquée. Cela devient la clé de la réussite en affaires. C’était, et malheureusement, c’est encore une loi des affaires que l’on doit accepter et tolérer lorsque l’on travaille pour une société américaine en expansion. Si quelqu’un montrait des signes de mépris à l’égard de ces slogans et cette éthique de travail, il serait accusé de manquer de motivation. Je ne trouvais pas que cette erreur «le temps est de l’argent» convainquante lorsque je l’entendis pour la première fois comme freshmen à l’Université du Texas, et je ne le croyais certainement pas lorsque je voyageais avec le Docteur Dahesh vingt ans plus tard. J’essayais de résister de travailler sous la pression de cette sinistre phrase tant que je le pouvais, même si son ombre hideuse semblait me suivre où que j’aille en tant que commercial. Je sens que la première personne à dire cette phrase rabaissant «le temps c’est de l’argent» créa une grande injustice à l’esprit basiquement généreux du peuple américain.

 

Heureusement, je voyageais avec un homme qui ne pensait pas que le temps n’était là que pour gagner de l’argent. J’étais le compagnon de voyage d’un homme qui nous apprenait que le temps est une opportunité donnée par Dieu pour nous améliorer spirituellement. Le temps est une période dont l’objet est de donner à chaque créature, y inclus l’homme, une chance d’élever son âme et les qualités de ses sayals.

 

Le temps n’est pas de l’argent. Le temps, comme le Docteur Dahesh nous l’a appris est une période dans laquelle nous devons réfléchir et nous demander si nous sommes moralement et spirituellement meilleurs aujourd’hui qu’hier. Avons nous jusque maintenant passé notre temps dans le droit chemin en accord avec la volonté divine ? Et lorsque la mort vient, pouvons nous dire alors que nous sommes debout seul devant lui : «Dieu, nous avons essayé de vivre et de passer notre temps sur terre dans le droit chemin, dignes de votre pardon et de votre grâce, pouvons nous habiter maintenant dans votre maison pour toujours ?».


 

Chapitre Treizième

 

La pression du travail et d’autres considérations d’affaires ont pu être des facteurs qui interféraient occasionnellement avec ce que le Docteur souhaitait que je fasse. Malheureusement, un autre facteur qui a pu s’additionner à ce premier était le manque d’attention de ma part pour être réellement à l’unisson avec Docteur Dahesh. J’admets tristement que je n’étais par un compagnon très alerte et je n’appréciais par complètement la signification de ce que le Docteur aurait pu dire par hasard ou de ce qu’il aurait pu suggérer. À l’époque, je ne savais pas ou je ne comprenais pas totalement lorsqu’il se référait à quelque chose ou sous entendait que cette chose devait être prise au sérieux. Cette suggestion aurait dû être prise en compte avant quoi que se soit d’autre.

 

Rétrospectivement, je pense que si le Docteur m’avait fait connaître ses souhaits et qu’il m’en avait fait la demande directement, j’aurai certainement suivi ses instructions sans penser aux conséquences. À plusieurs reprises, il me fit des demandes spécifiques, et je les ai toujours faites de bon cœur. On me rappelait mes erreurs et mon écoute insuffisante du Docteur trop tard et lorsque les dommages étaient déjà faits.

 

Une fois, on me rappela même spirituellement, une erreur que j’avais commise un an auparavant et que j’avais oublié. J’ai découvert ce fait avec regret que des années plus tard lorsque mes voyages avec Docteur Dahesh étaient presque terminés. Je me souviens d’au moins deux occasions spécifiques lorsque le Docteur Dahesh suggéra quelque chose, mais à cause de considérations de travail ou par manque d’attention de ma part, je ne l’ai pas fait. L’une des occasions se déroula en Arabie Saoudite. Je me souviens que le Docteur suggéra que j’aille avec lui à Ta’if avec d’autres daheshistes qui vivaient en Arabie Saoudite à l’époque. Je lui dis que j’avais un rendez-vous important et je ne pouvais pas aller avec lui. Il me demanda si je pouvais reporter le rendez-vous mais je répondis que non. J’aurai dû me rendre compte à cet instant que le Docteur voulait que j’aille avec lui pour une bonne raison, mais je ne m’en rendis pas compte. Près d’un an plus tard, après avoir tout oublié de cet incident, on me rappela dans une révélation spirituelle spéciale que j’avais fait une erreur de ne pas être allé à Ta’if avec le Docteur. Si j’y avais été, cela m’aurait été bénéfique spirituellement. La seconde fois que je fis une erreur semblable est lorsque je ne tins pas compte d’une suggestion du Docteur Dahesh. Nous allions vers Moravia au Libéria en provenance d’Abidjan en Côte d’Ivoire, lorsqu’il me suggéra soudainement d’envoyer un télex à son ami l’Ambassadeur du Liban au Libéria en lui donnant les détails sur notre arrivée. Le Docteur ne me dit pas spécifiquement d’envoyer un télex, il le suggéra simplement. D’expérience, je pensais qu’envoyer un télex si tardivement serait inefficace car il n’arriverait pas à temps. Je lui dis que nous serions probablement arrivés à Monrovia avant que le télex n’arrive à son ami. Mais quand nous arrivâmes, on ne nous laissa pas entrer dans le pays car nous n’avions pas les visas nécessaires. Nous expliquâmes aux officiels de l’aéroport que leur ambassade à Beyrouth nous avait assuré que des visas de transit nous seraient émis à l’aéroport. Ils refusèrent notre argument et refusèrent notre demande d’appeler l’Ambassadeur du Liban. Ils étaient impolis et méchants avec nous et ils insistèrent que nous retournions dans l’avion dans lequel nous venions d’arriver. Il allait à Dakar au Sénégal. Lorsque nous commençâmes à avoir des problèmes, Docteur Dahesh me dit que si je l’avais écouté et fait ce qu’il avait suggéré, nous serions rentrés au Libéria. Nous fûmes obligés de monter dans l’avion partant pour le Sénégal. Pour rendre les choses plus compliquées, les officiels libériens donnèrent nos passeports aux stewarts de l’avion. Les stewarts étaient très inamicaux et insistèrent que l’on paye le vol de Monrovia à Dakar avant même de songer à nous rendre nos passeports. Lorsque l’avion atterrît à Dakar, nous eûmes les mêmes problèmes car nous n’avions pas non plus de visa pour le Sénégal. Mais en fin de compte et après les premières difficultés à l’aéroport, les autorités sénégalaises se montrèrent plus gentilles et plus compréhensives que leurs collègues au Libéria. Ils nous donnèrent un visa de transit de 72 heures. Mais ils gardèrent nos passeports jusqu’à ce que nous quittions le pays. À l’aéroport, j’échangeais quelques dollars en monnaie locale et nous primes un taxi. Je demandais au chauffeur de nous amener dans n’importe quel hôtel de première classe au centre ville. Je n’avais jamais été au Sénégal et n’avais aucune idée dans quel hôtel aller.

 

Le Docteur et moi nous retrouvâmes dans un pays que nous ne connaissions pas, un pays qui n’était pas sur notre itinéraire. Le taxi nous amena d’un hôtel à l’autre dans l’espoir de trouver une chambre. Nous avons dû visiter six à sept hôtels de première à troisième classes, tous complets. Notre arrivée à Dakar coïncidait avec la visite d’état du Président français Georges Pompidou, et tous les officiels et les journalistes couvrant l’événement. Tous les hôtels disponibles à Dakar étaient complets. Après avoir abandonné par désespoir, nous nous arrêtâmes dans un hôtel de cinquième catégorie appelé « Vichey». Je parlais au réceptionniste et lui demandais s’il avait une chambre pour deux personnes. Il répondit qu’il n’avait plus qu’une seule chambre double inoccupée. Je vérifiais la chambre et elle était vraiment horrible. Elle semblait affreuse, inconfortable et avait des meubles très vieux et usagés. Je retournais voir le Docteur qui m’attendais dans le taxi et lui expliquais la situation en lui parlant de la chambre disponible et son état déplorable. Le Docteur alla dans l’hôtel pour vérifier l’état de la chambre. Il ne l’aima pas du tout, mais me dit que nous devions la prendre car nous n’avions pas le choix. Une fois que nous avions amené les bagages dans la chambre et après nous être installés, il était très tard. Nous allâmes pour une courte visite en ville et retournâmes à l’hôtel. Le Docteur et moi nous mîmes en pyjamas et nous mangeâmes des fruits que nous avions amenés avec nous de Côte d’Ivoire.

 

Vers 10 heures le soir, Docteur Dahesh se leva et s’habilla. Je pensais qu’il voulait aller se promener comme d’habitude et je commençais à m’habiller aussi. Il se tourna vers moi et me dit qu’il souhaitait se promener seul. Je lui dis que je lui tiendrai compagnie car il ne connaissait pas la ville et pourrait se perdre. Mais il insista que je ne m’inquiète pas et qu’il devait sortir seul pour une bonne raison. Après avoir dit cela, je n’avais de choix que de me soumettre à son souhait.

 

Le Docteur était parti depuis longtemps et vers minuit je commençais à m’inquiéter pour lui. Je pensais qu’il devait s’être perdu dans l’une de petites rues immenses de la ville. Vers une heure du matin, je commençais à être vraiment soucieux. J’allais quitter la chambre pour réveiller le directeur ou le réceptionniste pour m’amener à la police, quand le Docteur Dahesh entra soudainement dans la chambre avec un groupe d’amis libanais ! J’étais soulagé de le voir et il me présenta à ses nouveaux amis.

 

L’un d’eux me raconta la façon incroyable dont ils avaient rencontrés le Docteur ce soir là. Ils étaient assis à la terrasse de leur maison avec des invités libanais parlant et s’amusant après un bon dîner. D’une manière ou d’une autre, la conversation dériva sur le Docteur Dahesh et les révélations et miracles inhabituels dont ils avaient souvent entendu parler. Soudainement, ils virent un homme entrer et dire : «Je suis le Docteur Dahesh, l’homme dont vous parlez». Il continua de raconter, «Vous auriez dû entendre les hurlements et les cris de surprise qui montèrent des gens rassemblés sur la terrasse». Une fois le vacarme terminé, tout le monde apprécia une soirée plaisante en compagnie de Docteur Dahesh.

 

Ces personnes libanaises traitèrent le Docteur exceptionnellement bien et il apprécia leur générosité et leur bonté envers nous. Ils étaient constamment avec nous depuis qu’ils les avaient rencontrés. Ils nous amenèrent partout et restèrent avec nous jusqu’à ce que nous primes l’avion pour Rome. Nous ne restâmes que quelques jours à Rome, visitant des musées et des galeries d’art avant de rentrer à Beyrouth pour des raisons professionnelles.

 

Souvent le Docteur Dahesh suggérait ou sous-entendait de faire certaines choses, à d’autres occasions il me demandait explicitement de les faire. Dans ces cas, je faisais ce qu’il demandait sans hésitations. Je me souviens d’un exemple. Un après-midi, j’étais très occupé dans mon bureau après être rentré d’un voyage d’affaires long et fatiguant. Je préparais les lettres et les télex qui devaient être envoyés à nos différents clients au Moyen Orient lorsque subitement le téléphone sonna. C’était Sœur Zeina, elle me dit que le Docteur souhaitait me voir. Je lui demandais si c’était urgent ou non, et s’il souhaitait me voir maintenant ou plus tard dans la journée, car si ce n’était pas urgent, je viendrai l’après-midi. Zeina répondit qu’il serait préférable que je vienne aussi rapidement que possible à la maison du Docteur. Je laissais tout sur mon bureau et me dirigeais directement vers la maison du Docteur. Lorsque j’arrivais, Zeina me salua et m’installa dans une petite pièce adjacente à l’entrée. Là, je trouvais une prière daheshiste, un ramz, qui m’attendait sur une petite assiette. Dès que je m’assis, Zeina m’informa que Docteur Dahesh n’était pas présent. Mais il avait laissé les instructions précises que je devais être appelé immédiatement afin de venir à sa maison et que je devais brûler ce ramz qui était sur l’assiette. Elle m’informa aussi de répéter au moins six fois la phrase suivante lorsque je brûlerais le ramz : «Au nom de Dieu et de son Prophète Bien Aimé que tout se déroule pour le mieux».

 

Je fis exactement ce que Zeina me demanda de faire. Lorsque je brûlais le ramz, je m’inquiétais de ce qu’un problème arrive à moi ou à un membre de ma famille. Je demandais à Zeina si elle connaissait le contenu du ramz, mais elle n’en savait rien. Avant de retourner au travail Zeina me dit de jeter les cendres du ramz à environ 20 pieds de l’entrée du bâtiment où était situé mon bureau. Je suivis les instructions que le Docteur Dahesh avait laissées à Zeina, jusqu’aux moindres détails. Peu de temps après, j’oubliais toute l’histoire.

 

Un jour, environ un mois plus tard, alors que j’allais quitter le bureau, je reçu l’appel d’un client important. Il faisait escale à Beyrouth pour la nuit, avant de continuer son voyage vers l’Europe. Il me demanda si je pouvais venir le voir dans sa suite à l’hôtel immédiatement, car il voulait passer des commandes de systèmes à air conditionné et de réfrigération. Le client m’expliqua qu’il repartait le lendemain matin et c’est pour cela qu’il ne pouvait venir me voir au bureau. Je lui dis que je viendrai le voir immédiatement. J’étais content qu’il m’ait appelé, car c’était un bon client. Je savais que lorsqu’il disait qu’il avait besoin d’équipement et souhaitait passer des commandes, il pensait ce qu’il disait. J’étais sûr qu’après l’avoir rencontré à l’hôtel, je ressortirais avec de grosses commandes. Il était un de ces clients que je respectais vraiment. Il était un homme d’affaires droit, qui connaissait très bien son affaire, les prix et la concurrence en général. Je faisais toujours en sorte de lui donner les meilleurs prix possibles. Avec lui, il n’y avait pas de marchandage, et les transactions étaient rapidement réglées de manière directe, simple et nette. Lorsque j’eus terminé de rendre visite à mon client et finalisé les commandes qu’il voulait passer, je quittais son hôtel. Sur le chemin, alors que je conduisais attentivement, une grosse voiture rouge venue de nulle part me rentra dedans comme un éclair, sur le côté droit. Tout ce dont je me souviens de cet impact dévastateur est que ma voiture se retourna. Soudainement, je me retrouvais debout à côté de la voiture sans la moindre égratignure. Comment j’ai pu m’en sortir entier, je ne m’en souviens pas. Mon véhicule était une masse informe de ferraille et de verre et elle était en feu. Dans la confusion qui s’en suivit, la voiture rouge s’enfuit. Personne, dans la foule qui s’était regroupée pour voir l’accident, n’avait pensé de relever le numéro d’immatriculation. Mon automobile était une épave et le conducteur qui avait causé les dommages, me tuant presque, s’était enfuit. Lorsque je dis à la foule que quelques instants auparavant j’étais à l’intérieur du véhicule en feu, ils furent étonnés que je sois encore en vie. Quelques jours plus tard, j’allais rendre visite au Docteur Dahesh et je mentionnais simplement que j’avais été victime d’un accident de voiture qui avait failli me coûter la vie. Avant que je puisse continuer la conversation, le Docteur me demanda de le suivre dans sa chambre. Il ouvrit le tiroir d’une commode qui était pleine de messages spirituels pliés en ramz de papier jaune. Il me demanda de prendre n’importe lequel des ramz pliés dans le tiroir. Après en avoir choisi un, il me demanda de l’ouvrir et de le lire. Ce que je lus me mis dans un état de choc. Il prophétisait les détails exacts de l’accident, indiquant qu’il serait fatal, mais avec l’aide de Dieu et sa pitié, je devais être épargné et ne pas être touché. À la fin de ce message, il y avait une demande du Prophète Bien Aimé d’écrire une prière spéciale pour moi. Et dès qu’elle serait écrite par le Docteur Dahesh, je devais la brûler aussi vite que possible. Le Docteur expliqua qu’il savait que l’accident allait avoir lieu après avoir lu le message spirituel. C’est pour cela qu’il avait donné les instructions à Zeina de m’appeler au bureau de façon à ce que je vienne dans la maison et que je brûle cette prière spéciale. Il était certain qu’avec l’aide de Dieu et sa pitié, aucun mal ne me serait fait.

 

Une autre occasion pour laquelle le Docteur Dahesh me demanda spécifiquement de faire quelque chose est lorsqu’il me demanda de voyager avec lui en Union Soviétique. Je l’accompagnais avec joie, après avoir envoyé un télex à la société à Chicago que je partais pour deux semaines en vacances. Je ne pris même pas la peine d’informer la société du lieu où je me rendais. Ce voyage fut le seul pendant lequel je fus totalement libre de faire ce que le Docteur souhaitait. Je n’avais pas d’affaires auxquelles penser, ni de problèmes à résoudre. Nous partîmes par le biais d’un voyage organisé qui était arrangé par une agence de voyage à Beyrouth. Nous étions des touristes et tout ce que nous voulions faire était de visiter les musées, les monuments historiques, les parcs célèbres, les vieux châteaux. Pendant ce voyage, j’étais constamment avec le Docteur Dahesh. Où qu’il aille, j’étais avec lui. Plus tard à Leningrad nous fûmes rejoins par un autre frère daheshiste Ibrahim Shukr qui étudiait l’électronique en Union Soviétique.

 

En Russie, nous visitâmes beaucoup de musées, de vieilles églises qui avaient été transformées en halls publics et beaucoup de vieux châteaux et monuments historiques. Les trésors artistiques trouvés en Union Soviétique sont réellement sans prix. Docteur Dahesh était heureux de voir tous les musées dans lesquels nous étions emmenés, surtout le Musée Pushkin à Moscou et l’Hermitage à Leningrad. Il nous dit de ce dernier qu’il était l’un des meilleurs musées au monde.

 

Notre voyage en Russie était très chargé. Nous visitions des lieux différents chaque jour. Si ce n’étais pas un musée, c’était un ancien château qui appartenait au tsar, ou un parc célèbre, ou un monument historique. Un jour, nous visitâmes la place Rouge et le Mausolée de Lénine.

 

Malgré tous les merveilleux endroits que nous visitions, et le tour chargé que nous faisions, le Docteur ne semblait pas vraiment à l’aise en Union Soviétique. Il y avait quelque chose dans le pays qui faisait qu’un étranger se sentait, que ce soit justifié ou non, constamment surveillé et seulement toléré et pas vraiment bienvenu. Malheureusement, c’est ce que nous ressentions là-bas. Alors que nous visitions différents endroits, Docteur Dahesh acheta quelques petites peintures et d’autres objets d’arts et des souvenirs russes. Mais sur notre chemin de retour à Beyrouth, il fut mis de côté à l’aéroport de Moscou pour une inspection. Quelqu’un du tour organisé avait dû informer les autorités russes qu’il avait acheté des peintures et objets d’art. Cette personne, dont j’appris l’identité plus tard par le Docteur Dahesh, avait dû être ennuyée par l’habitude du Docteur d’admirer les peintures plus longtemps que tout le monde et donc d’être toujours le dernier du groupe. Lorsque nous arrivâmes à l’aéroport nous ne savions pas qu’il était interdit de sortir de l’Union Soviétique tout objet pouvant être classé comme de l’art. Alors qu’ils commencèrent à fouiller le Docteur, ils survolèrent mes bagages et me dirent que je pouvais avancer et rejoindre le groupe qui se préparait au départ. Je refusais de partir et restais avec le Docteur. Ils commencèrent à fouiller tous ses bagages, pièce par pièce, regardant tout y compris les lettres fermées. Je me souviens d’un officier russe très méchant dévissant un stylo bille que le Docteur avait. Naturellement, ils ne trouvèrent rien d’illégal. Mais ils nous firent des problèmes sur les peintures à l’huile que nous transportions. N’ayant rien trouvé d’illégal dans les valises du Docteur, ils le prirent dans une pièce spéciale pour plus d’inspection.

 

L’avion que nous étions supposés prendre était parti pour le Liban. On nous laissa, coincés à l’aéroport, supportant les mauvais traitements et l’humiliation, aux mains des officiers soviétiques. Alors que le Docteur supportait un traitement rude, l’autre frère daheshiste qui était venu pour notre départ nous regardait à distance. Lorsqu’il se rendit compte de la manière avec laquelle ils traitaient le Docteur Dahesh, il se mit à crier en russe sur les officiers pour leur reprocher leur brutalité et leur insensibilité. À un moment, ce courageux frère daheshiste entra dans la zone d’inspection et fut presque pris dans une bagarre aux poings avec l’un des officiers les plus méchants. Trois ou quatre officiels russes se jetèrent sur lui et je crus un moment qu’ils allaient le mettre en prison. Heureusement il n’en fut rien. Lorsque Docteur Dahesh sortit de la pièce d’inspection, il était visiblement choqué et nous dit qu’il ne se sentait pas bien. Ils ne trouvèrent rien sur lui et la recherche n’était pas utile. Cette expérience humiliante et le désagrément furent un traumatisme pour le Docteur. Après avoir finit de chercher et ne trouvant rien, ils décidèrent de me fouiller. Ils me demandèrent de rouvrir mes bagages et ils les fouillèrent pièce par pièce. Puis ils me prirent dans leur pièce spéciale et me fouillèrent physiquement. Ils fouillèrent mes poches et mon portefeuille et faillirent déchirer la doublure de ma veste pour voir si quelque chose y était caché. Ne trouvant rien, ils me laissèrent partir. En sortant, je vis le Docteur avec le frère daheshiste qui m’attendaient. Le Docteur n’avait pas l’air bien, et paraissait pâle et fatigué. Nous étions maintenant bloqués à l’aéroport de Moscou avec le frère daheshiste qui restait avec nous. Nous n’avions nulle part où aller et la seule chose que nous pouvions espérer était un vol avec une connexion rapide qui nous amènerait à Beyrouth. Alors que nous attendions à l’aéroport, Docteur Dahesh tomba vraiment malade, avec des frissons de froid. Nous lui amenâmes du thé chaud pour le réchauffer mais cela ne fut d’aucun secours. Il nous dit qu’il avait des problèmes avec son cœur et qu’il souffrait de battements de cœur irréguliers. À mon avis, il avait besoin d’une aide médicale d’urgence mais le Docteur refusa. Après avoir passé une nuit sans sommeil et inconfortable, nous trouvâmes un avion pour Yerevan en Arménie. L’avion devait décoller le matin à 6h et arriver à 9h. Plus tard dans l’après-midi, nous pouvions prendre un avion quittant Yerevan pour Beyrouth. L’avion fut retardé à Moscou pendant plusieurs heures et nous n’arrivâmes à Yerevan qu’à midi. Là, en République d’Arménie, ils confisquèrent deux peintures. Ils fouillèrent aussi nos bagages mais par routine, ce qui nous était égal. Le Docteur me dit que ses problèmes et sa souffrance étaient dus à une femme envieuse qui nous avait dénoncé aux autorités. Il me dit qui était cette femme et qu’elle était avec nous pendant le voyage organisé.

 

Quelques jours après être revenus à Beyrouth, j’essayais d’appeler le mari de cette femme pour lui dire quelques mots. Lorsque j’appelais à son travail, la secrétaire me répondit et m’informa qu’il était absent et ne serait pas de retour au bureau avant quelques jours. La secrétaire me dit qu’une tragédie avait touché sa famille. Son seul fils, un jeune homme de 20 ans était subitement mort d’une crise cardiaque. Je demandais à la secrétaire si son fils était malade, mais elle me dit qu’il était en pleine santé et très sportif. Elle me dit que cette tragédie était très étonnante et choquante et qu’il n’y avait pas d’explication apparente au décès soudain de ce jeune. Après avoir raccroché, j’appelais immédiatement le Docteur pour l’informer de cet incident étrange et malheureux. À l’instant où il décrocha la téléphone et avant même que je puisse dire un seul mot, j’entendis une voix dire : «Mais la machination mauvaise se retourne seulement contre ceux qui y recourent» (Coran, Sourate Créateur ou les Anges, 43).

 

Je me rendis compte immédiatement que la voix que j’entendais était celle du Docteur Dahesh habité par l’Esprit, et je savais à quoi il faisait référence. Plus tard, lorsque je discutais de l’incident avec le Docteur Dahesh, il fut profondément attristé.

 


 

Chapitre Quatorzième

 

En voyageant avec le Docteur Dahesh et en étant associé à lui pour un temps assez long, on découvrait que le Docteur voyait les choses telles qu’elles étaient et non pas telles qu’elles apparaissaient. Docteur Dahesh voyait, sentait et jugeait tout en terme d’attributs spirituels, en terme de qualité de sayals spirituels et non pas d’après l’apparence physique. Pour lui, les gens, les animaux, les substances inanimées, la nourriture et même les habits, tout était objet conscient.

 

Le Prophète Bien Aimé voyait toutes les formes et les choses, vivantes ou non vivantes de la même manière, comme des entités qui avaient, en dehors de leur apparence physique, des niveaux variés et des qualités de conscience. Aussi étrange et incroyable que cela puisse paraître, Docteur Dahesh sentait les sayals spirituels dans toutes choses. Il les sentait dans l’air qu’il respirait et dans l’eau qu’il buvait, il les sentait dans la nourriture qu’il mangeait, dans les habits qu’il mettait. Pour Docteur Dahesh, la conscience permettait tout dans l’existence et il pouvait dire la qualité des sayals spirituels dans tout ce qu’il touchait ou ce qui entrait en contact avec lui. J’ai vu le Docteur Dahesh refuser de manger de la nourriture ou refuser d’acheter des objets à cause de leurs mauvais sayals spirituels. D’un autre côté, je l’ai vu acheter des objets à des prix exorbitants qu’il n’aurait jamais achetés en des circonstances normales, uniquement parce que ces objets avaient de bons sayals spirituels.

 

Je l’ai vu se sentir mal à l’aise physiquement en présence de gens qu’il n’avait jamais rencontrés auparavant, et subitement il se mettait à suer abondamment du front.

 

Je me souviens avoir fait un safari de cinq jours au Kenya et en Tanzanie avec le Docteur Dahesh. Le second jour du voyage, nous étions logés dans un hôtel à la frontière tanzanienne juste à côté de la merveilleuse montagne Kilimandjaro. Nous étions les seuls clients de l’hôtel. Dès que le Docteur entra à la réception et qu’il vit le directeur européen, un homme gigantesque avec un œil monstrueusement déformé, et les quelques serviteurs locaux, il se sentit soudain mal à l’aise et me dit que le directeur, les serviteurs et l’hôtel tout entier avaient de mauvais sayals spirituels. Je pensais que le Docteur blaguait et je ne pris pas ce qu’il disait au sérieux. Nous devions rester dans cet hôtel car nous n’avions pas d’autre choix. Il faisait parti d’un safari organisé. Après nous être installés dans nos chambres et avoir lavé nos visages, nous décidâmes de descendre et de faire un tour dans la luxuriante foret du Kilimanjaro qui entourait l’hôtel. Nous étions parti une heure et demie et lorsque nous retournâmes à l’hôtel, il était déjà tard dans l’après-midi. Nous étions assis dans le lobby et je commandais du café pour moi et du thé pour le Docteur. Lorsque nous nous assîmes nous remarquâmes un jeune homme blond marchant en dehors de l’entrée de l’hôtel. Le Docteur se tourna vers moi et dit soudainement avec un changement de ton abrupte que cet homme avait été réincarné en chien. Je regardais le Docteur avec incrédulité et pensais que sûrement il blaguait. Je ne pris pas sa remarque au sérieux et continuais de boire mon café. Soudainement, l’homme disparu et je vis un chien marron clair entrer dans le hall. Nous étions les deux seules personnes dans le lobby. Le chien s’arrêta pour une ou deux minutes regardant le Docteur Dahesh à distance, puis il s’approcha de là où il était assis. Le chien se tenait au pied du Docteur Dahesh, tremblant de tout son corps. J’étais pétrifié de ce dont j’étais témoin. Alors, le Docteur pris de l’eau dans un verre et en arrosa le chien en disant : « ...de l’eau, Nous avons fait toute chose vivante ?» (Coran Sourate Les Prophètes, 30). Ayant finit de dire cela, il fut instantanément habité par l’Esprit et me dit que nous devions retourner à nos chambres et brûler plusieurs ramz afin d’éviter les mauvais sayals présents dans l’hôtel et dans les gens. Le chien partit et je suivis le Docteur jusqu’à sa chambre où il commença à écrire et brûler des ramz spéciaux. Lorsque l’Esprit le quitta, je lui expliquais ce qui s’était passé.

 

Un moment plus tard, nous entendîmes quelqu’un frapper à la porte. Avant même que je bouge pour ouvrir la porte pour voir qui était là, Docteur Dahesh me demanda de dire à celui qui frappait à la porte que nous ne voulions pas dîner et de le renvoyer. Lorsque j’ouvris la porte, un serveur local nous dit que le dîner était prêt, je dis à l’homme que je n’avais pas faim. Je refermais la porte à clé une fois qu’il fut parti et en me tournant vers le Docteur Dahesh je lui dis en blaguant que peut être ils essayaient de nous empoisonner. Docteur Dahesh fut soudain ravit par l’Esprit, et me dit que en effet ils essayaient de nous empoisonner afin de nous voler notre argent. Tout cela était réellement terrifiant et pour ne rien arranger, les lampes de la chambre commencèrent à clignoter. Je devins nerveux et soucieux, mais à ce moment là, le Docteur habité par l’Esprit me dit de ne pas m’inquiéter, l’Esprit nous protégeais.

 

Nous ne mangèrent pas la nourriture de l’hôtel ce soir là, nous nous contentâmes de quelques bananes et mangues que nous avions ramenées à l’hôtel avec nous. Je racontais plus tard au Docteur les détails de cette révélation incroyable. Le matin suivant, Docteur Dahesh refusa de manger ou d’avoir quoi que se soit à faire avec l’hôtel. Nous quittâmes rapidement l’hôtel pour continuer notre safari. Nous nous arrêtâmes à un autre hôtel quelques kilomètres plus loin afin de prendre du thé et du café.

 

Les mauvais sayals ne sont pas limités aux seuls êtres vivants. Ils peuvent être dans la nourriture que nous mangeons, dans les matières que nous touchons ou que nous portons, dans tout. Je me souviens d’un jour où j’étais avec le Docteur et avec un autre frère daheshiste qui vivait en Afrique de l’Ouest. Nous étions invités à une grande réception le soir. L’homme qui nous avait invité était un business man très important. Il n’avait encore jamais rencontré le Docteur et souhaitait faire sa connaissance. Au départ, le Docteur ne souhaitait pas aller à ce dîner mais il accepta l’invitation lorsque tout le monde insista pour qu’il vienne. Lorsque nous arrivâmes le soir suivant, la maison était remplie de gens qui voulaient voir le Docteur Dahesh. Il y avait au moins quarante personnes présentes. Le Docteur était l’invité d’honneur et tous ces libanais étaient impatients de le rencontrer. À son entrée dans la maison, le Docteur se sentit très mal à l’aise. Au même moment, plusieurs serviteurs préparaient la table à manger qui faisaient au moins 15 pieds de long et était couverte de nombreuses variétés de mets. Lorsque l’hôte demanda au Docteur de commencer le dîner, il déclina l’invitation. Il refusa de manger. C’était très étrange et un peu génant, mais le Docteur demeura inflexible. Il refusa même une tasse de thé. L’autre frère daheshiste qui connaissait tous les invités libanais de la soirée, sentant l’inconfort visible du Docteur dit au groupe que le Docteur ne se sentait pas très bien. Il expliqua à l’hôte qu’il ne s’était pas senti bien de la journée et qu’il devait rentrer à l’hôtel se reposer dans sa chambre. Nous nous excusâmes et partîmes, laissant tout le monde déçu. Sur le chemin de l’hôtel, le Docteur nous dit qu’il n’aurait pas pu manger quoique ce soit dans cette maison. S’il avait mangé, il aurait été très malade. Nous comprîmes de ses remarques que les sayals spirituels de cette maison, de la nourriture et de certaines personnes réunies cette nuit là, étaient incompatibles avec les siens.

 

À une autre occasion, je me souviens que nous étions à Tripoli en Lybie. C’était un vendredi, le jour de repos officiel des pays musulmans. D’habitude ce jour là, les magasins et les entreprises sont fermés. Mais je trouvais un petit quartier touristique près du port qui était resté ouvert. Je demandais au Docteur Dahesh s’il souhaitait visiter le marché avec moi pour passer le temps, mais il préférait rester dans la chambre pour écrire son journal. Je le laissais seul dans sa chambre et me dirigeais vers ce quartier. Alors que je commençais à me promener le long des boutiques, un beau costume marron en tweed, fait en Italie, attira mon attention. Il était de bonne qualité et je décidais de l’essayer. Malheureusement, il était trop petit et je demandais au vendeur s’il avait le même, la taille au-dessus. Il n’en avait pas d’autre et me dit que c’était le dernier. C’était une bonne affaire et je décidais de l’acheter pour mon frère Ali qui était un peu plus petit que moi. Le vendeur emballa le costume et le mis dans une boite. Il plaça la boite dans un grand sac de papier marron et me le remis. De là, je pris un taxi et retournais à l’hôtel directement dans la chambre. La porte était légèrement entrouverte et avant d’entrer, je frappais pour que le Docteur sache que je rentrais. Il était assis à la table, occupé à écrire. Au moment où il me vit, il dit : « J’avais espéré que tu n’achètes pas ce costume, il a de mauvais sayals spirituels. Mais il est trop tard pour y remédier, sauf à brûler ce ramz spécial que j’ai fait pour toi.» Il me dit de dire : « Au nom de Dieu et de son Prophète Bien Aimé, que les mauvais sayals de ce costume soient inoffensifs.» Incidemment, lorsque j’allais au marché, je n’avais pas l’intention d’acheter un costume. Cette pensée ne me vint à l’esprit que lorsque je vis le costume en tweed en exposition.

 

J’étais réellement étonné de cette révélation qui prouve que même un costume peut contenir de mauvais sayals. Cette révélation spirituelle prouve sans aucun doute que les sayals spirituels se trouvent dans toutes formes et tous objets. Deux jours plus tard, toujours à Tripoli, en Lybie, le Docteur et moi décidâmes de nous rendre dans le centre ville. Cette fois, ce fut lui qui admira un costume en exposition. Nous entrâmes dans la boutique et je demandais au vendeur de nous amener un costume comme celui que le Docteur avait vu mais à sa taille. L’homme parti et revint avec le costume qu’il me tendit. Le Docteur enleva la veste qu’il portait pour essayer le costume, mais à peine avais-je posé la nouvelle veste sur lui qu’il commença à avoir des tics nerveux dans tout son corps. Il me cria, comme s’il souffrait : «Enlève moi immédiatement cette veste, elle contient d’horribles sayals.» Il quitta la boutique précipitamment. Je rendis le costume au vendeur qui était debout à nos côtés et qui ne comprit rien à ce qui se passait, ni pourquoi nous partions si vite !

 

Un autre événement dont je me souviens, se déroula lors de l’un de mes voyages avec le Docteur et sa sœur Antoinette à Malte. Nous étions descendu dans un hôtel de luxe à La Valette, la capitale de Malte. Le Docteur et sa sœur avait pris une chambre et j’en avais pris une adjacente à la leur. Une journée après être arrivés à Malte, je vis un collier en or dans l’une des boutiques du lobby de l’hôtel. Le Docteur le pris dans sa main, le regarda minutieusement et se tournant vers moi, dit : «Tu devrais l’acheter pour ta femme, car il contient de bons sayals.» D’habitude, je n’achète pas de bijoux dans les boutiques des hôtels de luxe, pour la raison évidente que les prix y sont beaucoup plus élevés que partout ailleurs. Mais lorsqu’il me dit d’acheter ce collier pour ma femme, je l’achetais sans hésitation. Le vendeur me le déposa dans une jolie boite spéciale, que je devais remettre à ma femme comme une surprise. Je la déposais dans la mallette que je prends toujours avec moi. Après être resté quelques jours à Malte, nous allâmes à Tripoli et à Benghazi avant de revenir à Beyrouth. Dès que j’arrivais à la maison, je me souvins du beau bijou acheté à Malte. Je ne le trouvais pas. Je regardais partout, mais il n’y en avait pas trace. Je pensais alors que je l’avais perdu quelque part pendant le voyage. Je n’en parlais pas à ma femme car elle aurait été fâchée que je n’en ai pas pris soin. De toute façon, ce n’était pas la première fois que je perdais un objet de valeur pendant un voyage. Quelques mois plus tard, je téléphonais au Docteur Dahesh pour savoir si je pouvais lui rendre visite ce soir là avec ma femme. Il me dit que je pouvais venir et me demanda d’amener avec moi l’un des ramz qu’il m’avait donné l’année précédente. Il y avait beaucoup de monde ce soir-là et après nous être assis pendant un moment dans le salon, le Docteur Dahesh entra. Il salua tout le monde et souhaita la bienvenue à ma femme en particulier. Il dit alors qu’il avait un cadeau spécial pour elle et même s’il n’était pas de sa part, il était apparu spirituellement. Il dit que si elle n’était pas venue lui rendre visite, le cadeau n’aurait jamais été retrouvé. Il rentra et revint avec une enveloppe blanche. Il la donna à ma femme et lui demanda de l’ouvrir pour voir ce qu’il y avait dedans. Lorsqu’elle l’ouvrit et vit le superbe collier, elle fut très surprise et ne comprit pas ce qui se passait. Je me tournais vers le Docteur et lui dit que c’était le bijou en or que j’avais acheté pour ma femme à Malte quelques mois plus tôt. Docteur Dahesh me demanda de lire tout haut le texte du ramz que j’avais amené avec moi. La prophétie disait où et quand j’achèterai ce collier pour ma femme. Il disait aussi que j’allais le perdre mais qu’il allait réapparaître spirituellement pour être donné à ma femme à telle date et que ma femme devait porter ce collier car il contenait de bons sayals. Ces incidents et révélations prouvent qu’il y a de bons et mauvais sayals dans les gens, la nourriture, les habits et toutes autres choses. Il y a comme je vais l’expliquer basiquement, différents niveaux de sayals spirituels, même dans les sociétés et les nations. La Bible et le Coran sont pleins d’histoires de nations et de communautés que Dieu détruisit complètement à cause de leur iniquité et leurs péchés.

 

Lorsque je voyageais avec le Docteur, j’appris aussi qu’il aimait certains pays plus que d’autres. Par exemple, il aimait l’Egypte pour son amitié et sa chaleur de cœur. Il admirait l’Italie pour ses qualités artistiques et son goût et il détestait le caractère permissif et immoral de certaines nations. Le Docteur critiquait l’Amérique pour son matérialisme excessif, mais il en faisait des louanges de bon cœur pour son amour de la démocratie et de la liberté. Il se sentait mal à l’aise avec les qualités austères et étouffantes de l’Union Soviétique. Il était attristé par l’ignorance et la nature corrompue de certains pays qu’il visitait. Pour le Docteur Dahesh, les nations sont comme des individus, elles possèdent une entité à elles. Tout pays ou toute société en général est le reflet des sayals spirituels dominants des gens. Si la majorité des gens constituant un pays est cruelle et corrompue, il en découle que leur gouvernement sera aussi cruel et corrompu. La règle générale est que les gens et les nations auront toujours le gouvernement qu’ils méritent en fonction de leur conduite morale et spirituelle.

 

De même, si les gens sont égoïstes et matérialistes, alors leur pays sera certainement égoïste et matérialiste. En bref, les pensées, les sentiments, et les actes de la majorité des gens seront les caractéristiques de leur nation et gouvernement.

 

Je questionnais un jour le Docteur Dahesh à ce sujet et il me dit que même la nationalité d’un individu n’est jamais une coïncidence. Par exemple, pourquoi un allemand est allemand ou un italien italien ou un africain africain ? L’explication daheshiste de cela, comme je l’ai comprise, est simplement que l’enfant allemand est né avec des caractéristiques générales des sayals du peuple allemand. L’enfant italien est né avec les sayals du peuple italien et de même pour l’enfant africain.

 

Les sayals spirituels de l’enfant sont latents à sa naissance, mais lorsqu’il ou elle grandit, les sayals spirituels s’affirment. Ils commencent à prendre forme et influent sur le comportement et le caractère de l’individu. En conséquence, dans le cas d’un enfant allemand né de parents allemands, avant même d’être réincarné comme un enfant, il avait des sayals spirituels similaires aux caractéristiques des sayals spirituels de la grande majorité du peuple allemand. Lorsque l’enfant grandit ses sayals spirituels le modèlent dans le caractère allemand.

 

La même chose est vraie pour l’enfant italien qui a réincarné à sa naissance des sayals latents en harmonie avec ceux du peuple italien et leurs caractéristiques. Lorsque ces sayals sont complètements réveillés, cet individu aura l’esprit et l’humeur italiens. Quant à l’enfant natif africain lui aussi aura des sayals spirituels qui lorsqu’ils seront complètements développés seront en harmonie avec les caractéristiques générales de la société africaine dans laquelle il sera né.

 

Certains pourront dire qu’une telle explication ne tient pas dans un pays aussi grand que les Etats Unis qui a une grande proportion d’américains naturalisés, d’américains nés dans d’autres pays de parents qui n’ont peut-être jamais mis les pieds aux Etats Unis. Cela peut parfaitement être le cas, mais la réponse serait toujours que ces gens qui deviennent américains ont dû trouver quelque chose en Amérique qui les a attirés. En d’autres termes, leurs sayals spirituels et ceux des Etats Unis sont en harmonie et ont des affinités entre eux.

 

Les sayals spirituels dans les individus seront toujours attirés par l’environnement spirituel qui leur correspond dans lequel ils pourront s’exprimer complètement.

 

Certains pourront argumenter que des facteurs d’environnement déterminent les caractéristiques et le comportement d’un individu. Par exemple, un environnement violent produira probablement des individus violents. Après que ceci peut paraître vrai en surface, cette affirmation serait rejetée par la philosophie daheshiste. Les facteurs environnementaux sont bien sur importants et jouent une part significative en influençant le caractère de la personne, mais en analyse finale, ce qui détermine les attributs d’une personne en termes de ce qu’il aime, hait, sent et connaît, seront toujours ses sayals spirituels. Mais il y a un lien précis entre les sayals spirituels d’un individu et ceux de son environnement. L’environnement reflète l’agrégat d’humeurs et d’expressions de ses habitants. L’environnement dans lequel grandit une personne est très important car il aide les sayals spirituels de cet individu à s’accomplir pleinement. C’était l’environnement artistique de la Florence de la Renaissance qui a aidé les sayals de Michel Ange à s’épanouir et à trouver leur expression spirituelle réelle. Pour des raisons spirituelles, c’était l’environnement du Moyen Orient qui a donné naissance aux religions monothéistes du monde. Je me souviens avoir posé un jour la question au Docteur Dahesh sur ce point et pourquoi les religions monothéistes du monde apparaissaient au Moyen Orient. Sa réponse fut qu’il y avait certainement des raisons spirituelles à cela. Les prophètes connus d’Adam à Abraham et Moïse, et plus tard Jésus et Mohammed venaient de là bas.

 

En conclusion, nous pouvons dire que chaque pays et environnement possède ses propres sayals. Chacun attirera vers lui des gens et des individus avec des sayals similaires dans leurs caractéristiques générales. En conséquence, nous pouvons parler de psychologie des nationalités comme nous parlons de la psychologie d’un individu.


 

 

Chapitre Quizième

 

Mes voyages avec le Docteur Dahesh prirent fin en 1973 et pendant cette période le Docteur visita tous les pays dans lesquels j’allais pour affaires. Plus tard, il continua à voyager autour du monde avec d’autres daheshistes.

 

Même si mes voyages avec le Docteur Dahesh étaient terminés, je continuais d’être très proche de lui. Si je n’étais pas en voyage d’affaires, je lui rendais visite presque chaque jour, et parfois même deux fois par jour.

 

Début 1975, les nuages noirs de la guerre civile commencèrent de se rassembler dans le ciel du Liban, semant dans leur sillage haine, bigoterie et violence. L’état libanais commença à se désagréger. Des milices armées, contrôlées par des politiciens cruels et corrompus, poussèrent de nulle part. À un moment, il n’y eu pas moins de 30 bandes armées réparties partout, se battant les unes contre les autres dans une nation minuscule, pas plus grande en taille que certains états d’Amérique.

 

Toutes les bandes armées revendiquaient de se battre pour une noble cause, pour un soi disant « meilleur Liban». Mais des crimes atrocent, qui ne peuvent jamais avoir aucuns liens avec une noble cause, furent perpétrés partout dans le pays. Beaucoup de vies innocentes furent perdues à cause de leur religion ou de leur affiliation. La terreur régnait en maître partout. Le monde se souvient encore avec horreur les massacres sanglants et criminels dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila à Beyrouth pendant l’invasion israélienne de 1982.

 

La guerre civile libanaise qui débuta en 1975 annonça le début de la destruction systématique et graduelle du Liban. Pas une seule région du Liban ne fut épargnée. La destruction de villages, villes, entreprises, bâtiments publics et même de récoltes et d’animaux domestiques fut répandue. Des communautés entières de tous les côtés furent éliminées. La sauvagerie des crimes, les atrocités et les massacres de personnes innocentes défient toute description. Un reporter occidental, qui était témoin du massacre des palestiniens du camp de Tel El Zaatar par les phalangistes, l’a décrit comme l’un des plus affreux et immondes qu’il avait jamais vu dans sa vie de correspondant de guerre. Des gens innocents étaient tués chaque jour uniquement à cause de leur religion. Chrétiens, musulmans, druzes étaient massacrés par les partis opposés.

 

L’agonie et l’autre destruction du Liban, qui n’est toujours pas résolue dix sept ans après le début de la guerre civile, est un exemple extraordinaire de punition spirituelle que le peuple du Liban a amené sur lui même. Le Liban, contrairement à tout son brillant superficiel et sa courtoisie, était un centre de corruption et de perversité.

 

D’une perspective daheshiste ce qui est arrivé au Liban et ce qui continue de se dérouler ne peut être rien d’autre qu’un phénomène spirituel. Derrière les traces visibles des causes de la guerre, il y a les causes spirituelles.

 

Le Liban paye le prix terrible de la justice et la rétribution divine qu’il méritait. Le pays est puni sévèrement pour son iniquité et sa corruption, mais par dessus tout pour son déni et sa persécution du Docteur Dahesh, le Prophète Bien Aimé, et de son message spirituel.

 

Pendant dix années consécutives, Docteur Dahesh et ses compagnons furent victimes de persécutions religieuses brutales, instiguées surtout par le clergé chrétien maronite et par le Président d’alors, Béchara El Khouri, aidé et avec la complicité d’officiels du gouvernement et de personnalités publiques.

 

Le résultat de cette conspiration criminelle est que le Docteur Dahesh fut victime d’une campagne de presse féroce et diffamatoire. On lui refusa le droit de se défendre et le bureau de censure du gouvernement lui refusa le droit de réponse aux diffamations de la presse. Il était l’objet d’une surveillance policière constante et d’investigations répétées et arbitraires. Enfin, il fut injustement arrêté le 28 août 1944, déchu de sa nationalité libanaise et expulsé du pays par des mesures despotiques sans précédent, concoctées et exécutées en secret, sans s’embarrasser d’un procès ou de tout autre garantie de procédé en bonne et due forme, selon la loi. L’attitude des personnes publiques libanaises et des leaders d’opinion comme les journalistes, les professeurs, les écrivains fut encore pire. Aucun d’entre eux ne vint défendre la cause de la vérité et de la justice dans le cas du Docteur Dahesh. La conspiration du silence ne fut pas moins brutale et contribua effectivement à la perpétuation des crimes commis.

 

Lors de son exil, Docteur Dahesh souffrit de faim, de douleur et de destitution. Les autorités libanaises continuèrent à le persécuter et en 1947, il se retrouva à la frontière de l’Azerbaïdjan où il fut arrêté et exécuté par un peloton d’exécution. Mais malgré ce terrible crime perpétué à l’encontre du Docteur Dahesh, l’œil de Dieu l’épargna et frustra ses ennemis.

 

La personne que les autorités libanaises bannirent à la frontière de l’Union Soviétique était l’une des six personnalités spirituelles du Docteur Dahesh. Cet incident est bien documenté et des photos de l’exécution du Docteur Dahesh furent publiées dans différents journaux libanais qui rapportèrent l’événement. Pas un seul des journaux relatant cette histoire n’eut le courage professionnel de commenter ou de poser la question de savoir pourquoi un homme innocent avait été persécuté par le gouvernement et avait été laissé tué injustement à la frontière d’un pays étranger. Pas un seul journal ne se donna jamais la peine de demander aux autorités pourquoi ils avaient infligé une telle peine à un citoyen libanais innocent dont le seul «crime» était de répandre la parole de Dieu, disant aux libanais de s’aimer les uns les autres et de se débarrasser du fanatisme religieux et de la bigoterie qui habitait leurs cœurs.

 

Docteur Dahesh et ses fidèles se battirent avec un courage singulier demandant que justice soit faite, les droits restaurés et les dommages compensés. De sa cachette, Docteur Dahesh écrivit, publia et distribua soixante six livres noirs et cent soixante cinq pamphlets noirs et livrets dans lesquels il exposait pour le bénéfice de l’opinion publique, la conspiration criminelle et les crimes commis contre lui lors de son exécution. Il alla même au delà des limites de son propre cas et dénonça les corruptions immondes et les abus de pouvoir exécrables commis par les mêmes officiels qui étaient impliqués dans sa persécution. Ces publications noires contribuèrent à la chute disgracieuse du Président Bichara El Khouri le 18 septembre 1952 par un soulèvement populaire général. Le gouvernement suivant redonna sa nationalité au Docteur Dahesh et abrogea le décret d’expulsion, admettant ainsi que toutes les mesures, par lesquelles Docteur Dahesh avait été déchu de sa nationalité et expulsé de son pays, étaient illégales.

 

L’analogie entre la destruction actuelle du Liban et la destruction biblique de Jérusalem en 70 après Jésus Christ est absolument étonnante. Les deux communautés amenèrent sur elles la colère divine et elles furent punies par leur péchés et pour leurs dénis et leurs persécutions des messagers de Dieu. (1)

 

Il y a deux mille ans, les habitants juifs de Jérusalem rejetèrent Jésus Christ. Ils le ridiculisèrent et ils le crucifièrent avec l’aide et à l’instigation de rabbins influents. En conséquence, Dieu punit les habitants de la Palestine Biblique aux mains des romains qui les écrasèrent et les dispersèrent dans le monde entier.

 

Cette fois, le peuple libanais et son gouvernement, encore à l’instigation principale des leaders religieux de l’Eglise Chrétienne Maronite rejetèrent et diffamèrent Docteur Dahesh. Ils le persécutèrent et essayèrent même de l’assassiner. Pour ce crime, le Liban paye maintenant le prix ultime, celui d’une destruction totale et de sa disparition éventuelle en tant que pays indépendant. Le peuple libanais, comme les juifs des temps anciens, sont maintenant dispersés dans le monde entier.

 

Un soir, je me souviens avoir rendu visite au Docteur. Il était assis dans le corridor, entouré de frères et de sœurs daheshistes. Alors que nous étions assis, la conversation tourna autour des problèmes insolubles que le pays rencontrait. Tout le monde se demandait si la situation allait se détériorer encore, lorsque soudainement le Docteur sortit de sa poche des pages qu’il avait terminé d’écrire quelques heures plus tôt, le jour même, le 25 octobre 1975. Cette pièce inspirée était intitulée de façon appropriée « Ô Liban misérable»(2)

 

Il lut son article à haute voix à tous ceux qui étaient présents. Nous écoutâmes attentivement chaque mot et lorsqu’il conclut, il n’y avait aucun doute dans l’esprit de chacun que le Liban était aux prises avec une guerre civile dévastatrice, une guerre qui serait si vicieuse et si cruelle que le pays ne serait jamais plus le même.

 

Peu de temps après, les choses s’aggravèrent. Des attaques armées, des tueries au hasard prirent place partout dans le pays, ainsi que les journaux locaux le rapportèrent. Des histoires de kidnapping, de tortures, d’assassinats devinrent de plus en plus fréquentes. L’atmosphère du pays devint de plus en plus exaspérante.

 

À l’époque, je vivais dans un voisinage à majorité chrétienne, très près du camp de réfugiés palestiniens de Tel El Zaatar. Le bâtiment dans lequel nous vivions était sur une colline surplombant le camp. De notre balcon, on pouvait parfaitement voir le camp qui était à quelques mètres. La seule chose qui nous séparait du camp était une large zone couverte de pins et une autoroute qui était parallèle au camp et montait vers les montagnes.

 

(1) Dans le philosophie daheshiste, le Sayal de la prophétie est commun à tous les messagers de Dieu ou prophètes. Dieu continue de réincarner ce Sayal de prophétie pour délivrer son message spirituel à différentes intervalles de temps.

 

(2) «Ô Misérable Liban» (1975) dans «Garden of Gods: the Lyre of Live» Beirut, Al-Nisr al-Muhalleq Publishing Co., 1980, p114. On notera que lorsque cette pièce prophétique fut écrite, la guerre civile libanaise n’était vieille que de six mois. Et personne, même parmi les observateurs les plus informés ne prédisait à l’époque et même longtemps après, les années misérables, sanglantes et horribles qui étaient à venir ; ni le destin lugubre que le Liban rencontrait.

 

 

Un matin, alors que je me préparais à aller au travail, j’entendis un bruit inhabituel dans le bâtiment. J’ouvris la porte pour voir ce qui se passait, je remarquais plusieurs jeunes miliciens phalangistes dans leurs uniformes et armés. Du balcon de l’appartement, je remarquais un autre groupe de phalangistes se mettant en position derrière les pins du jardin. Je n’avais aucune idée pourquoi ils faisaient cela, ni dans quel but, même si j’étais mal à l’aise et avais un mauvais pressentiment sur leurs motivations.

 

 

Subitement, sans prévenir, ils ouvrirent le feu sur les gens dans le camp de réfugiés, tirant sur tout ce qui bougeait dans cet infortuné camp. Au début, je ne voyais pas sur quoi ils tiraient, puis je remarquais un petit bâtiment de trois étages en construction. Il était constitué des fondations, des colonnes, du plafond et d’un escalier allant du sous-sol aux étages. Il n’y avait pas encore de murs et beaucoup d’ouvriers étaient au travail ce matin là, portant du ciment, des briques et d’autres matériaux de construction vers les étages non protégés. Lorsque je vis les pauvres ouvriers tomber morts comme des oiseaux sous la grêle des balles, je me rendis compte avec horreur que les phalangistes tiraient sur ces pauvres victimes. La vue de gens innocents, assassinés de sang froid, me rendait trop malade pour que j’en sois témoin. Ce fut l’une des visions le plus horribles de ma vie. Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais vu de crimes commis à l’encontre de personnes innocentes et je n’avais jamais pensé rencontrer dans ma vie des individus sans remords qui pouvaient être aussi peu sensibles et dépourvus d’une once de conscience. Qui que ce soit qui ait entraîné et endoctriné ces jeunes voyous à tuer des innocents pour une raison politique devaient avoir des cœurs mauvais et dépravés. Plus tard, je vis des hooligans musulmans armés commettre des crimes sans pitié similaires contre des chrétiens innocents. Cela m’a convaincu que les deux côtés de la guerre civile au Liban comprenaient des criminels notoires et des tueurs sans cœur.

 

Pour se défendre, les palestiniens du camp répondirent en tirant dans notre direction, et pendant les deux jours suivants, personne n’osa sortir dans les rues par crainte d’être atteint par une balle et les tirs de mortiers qui tombaient dans toutes les directions.

 

Le troisième jour, il y eu un répit dans la bagarre qui amena une sorte de cessez le feu. Cela permis aux gens de sortir, acheter de la nourriture et s’occuper de leurs affaires. Une semaine plus tard environ, la bataille repris et cela recommença ainsi pendant plusieurs semaines. Pendant ce temps, la guerre se répandait rapidement dans tout le pays, la bataille entre milices chrétiennes et les milices musulmanes se déroulait sur de nombreux fronts. Les deux partis étaient aidés par des alliés locaux ou régionaux. Alors que des gens étaient tués chaque jour et leurs propriétés détruites, les politiciens libanais et les chefs de guerre se battaient pour leur position ou influence, mettant en évidence une arrogance totale et une insensibilité de cœur envers l’agonie et les épreuves de leur nation mourante.

 

À ce stade de la guerre civile, il y avait encore espoir que le gouvernement libanais, qui fonctionnait encore, serait capable de contrôler la situation. Les gens en général sentaient que la violence et les troubles se tariraient, restaurant la paix et l’ordre public fragile et superficiel du pays.

 

Les journaux libanais étaient pleins de commentaires et d’articles qui donnaient l’impression que la solution du problème était proche. Un journal publia même un article en anticipant sur la fin des combats et le retour à la normale dans un délai très court. L’article prédisait que les pays de l’ouest, surtout les Etats Unis ne laisseraient pas la situation au Liban rester sans contrôle car le pays était trop important pour l’occident comme base politique et commerciale au Moyen Orient. Alors que le pays attendait et espérait un règlement politique de la crise, beaucoup de libanais pensaient déjà à déménager vers d’autres pays. Docteur Dahesh planifiait de visiter d’autres pays.

 


 

 

Chapitre Seizième

 

Lentement, mais sûrement, le Docteur commença à préparer son départ. Les daheshistes savaient que cette fois le Liban subirait une terrible punition spirituelle. La prophétie qu’avait faite le Docteur Dahesh en 1948 et publié dans le journal Al Hayat du 4 janvier 1948 sur la destruction du pays, se réalisait(1).

 

À l’été 1975, le voisinage dans lequel je vivais devint une zone de combat. Des batailles importantes avaient lieu chaque jour entre phalangistes et palestiniens, et les dommages dans notre quartier augmentaient. Dans notre immeuble, le concierge fut tué par une balle perdue. Souvent, je ne pouvais me rendre au travail pendant plusieurs jours, d’autres fois, nous rassemblions toute la famille dans le couloir au milieu de l’appartement pour y dormir pendant plusieurs jours. Le couloir nous protégeait au cas où l’appartement aurait été touché par un obus de mortier ou une roquette.

 

Nous décidâmes de quitter l’appartement à la première occasion et un jour j’utilisais une accalmie dans les combats pour quitter temporairement, avec ma famille, ce voisinage jusqu’à ce que la situation s’améliore. Nous abandonnâmes tout pour nous installer dans un petit appartement meublé loué au mois à Beyrouth Ouest. Malheureusement, nous ne pouvions prendre avec nous notre gros chien dans le nouvel appartement et lorsque ma fille retourna le chercher deux jours plus tard, elle le trouva mort.

 

À partir de ce jour, je ne remettais jamais les pieds à Beyrouth Est. Plus tard, une de bande de chrétiens armés s’introduisit dans notre appartement et vola la plupart des meubles, les tapis et tout ce qui était léger et cher qu’ils pouvaient transporter. Ils auraient tout pris si notre voisin chrétien ne les avait arrêté. Lorsque Docteur Dahesh entendit parler de l’intrusion dans l’appartement, il envoya deux daheshistes courageux, de naissance chrétienne(2) dans cette zone de guerre pour sauver ce qui restait de l’appartement.

 

Mon frère Ali vivait aussi dans un quartier qui fut durement touché. L’immeuble qu’il habitait était souvent attaqué par des tirs d’obus et de roquettes. Lui aussi dû quitter son appartement. Je le laissais lui et sa famille s’installer dans mes bureaux jusqu’à ce qu’il puisse trouver un quartier plus tranquille.

 

 

(1) Les conséquences catastrophiques sur le Liban, de la persécution du Docteur Dahesh par le gouvernement libanais et le clergé, furent prédites depuis le début de cette persécution en 1942-1943. Ce fut une menace répétée constamment dans les livres noirs et pamphlets dans les années 1944-1952. Ce fut même déclaré au monde entier dans deux pétitions aux Nations Unies. La première fut envoyée à l’Assemblée des Nations Unies en octobre 1948 et la seconde au Comité des Droits de l’Homme du Conseil Economique et Social en novembre 1949. Pour plus de références, on peut consulter Fares A. Zaatar. «Le cas du Docteur Dahesh et le Watergate : étude comparative». Thèse de l’Université de Long Island 1985. pp733, chapitre XIV.

 

(2) La carte d’identité libanaise indique dans l’une de ses rubriques la religion et la secte religieuse de son possesseur.

 

 

Un jour, Ali prit le risque d’aller vérifier l’état de son appartement. Lorsqu’il revint, il était visiblement attristé et nous dit que le bâtiment avait été touché par plusieurs roquettes. Son appartement, ou ce qui en restait, avait été complètement détruit par une roquette. Il ne restait rien des meubles sauf quelques débris et des objets brûlés. Tout le quartier, dit-il, ressemblait à une ville fantôme et avait été désertée par les habitants. Les seules personnes qu’il vit étaient des tireurs musulmans prenant position dans certains bâtiments abandonnés et détruits. Ces tireurs furent très inamicaux avec Ali et menacèrent de le tuer s’il ne partait pas.

 

Vers la fin 1975, les politiciens libanais incapables de signer un accord sur une politique commune pour sauver le pays, paralysèrent le pays et au contraire l’empêchèrent de prendre ses responsabilités vis-à-vis de la loi et de l’ordre. Dès le départ, ce développement encouragea les voleurs armés et les hooligans de se développer partout et de créer leurs propres lois. Ces voyous armés traînaient librement à Beyrouth Ouest, s’introduisant dans les maisons, volant, battant et même tuant des victimes innocentes au grand jour pour nulle autre raison que le vol et le vandalisme.

 

La maison du Docteur Dahesh était située dans l’une des zones de guerre les plus dangereuses de Beyrouth Ouest. Elle était prise pour cible par des anciens antagonistes qui la bombardait avec les obus et des roquettes, et les voyous armés essayèrent de la voler et la vandaliser. La pitié divine protégea la maison de la destruction. La plupart des roquettes tombèrent à côté et autour de la maison.

 

Avec quasiment aucun gouvernement pour protéger les gens et leurs propriétés, de la violence et du vol, les frères daheshistes se portèrent volontaires pour garder la maison du Docteur Dahesh et la maintenir sous surveillance 24 heures sur 24. Cela dura plusieurs mois pendant lesquels il y avait toujours des frères daheshistes prêts à prendre des positions pour défendre leur Docteur Bien Aimé et sa maison, même de leur vie. Ali était l’un des frères daheshistes qui se portait volontaire pour ce travail.

 

Il commença à passer fréquemment des nuits à la maison du Docteur Dahesh avec d’autres daheshistes qui le gardait et l’aidait à emballer et à déménager tous les objets de la maison vers des endroits moins dangereux.

 

Alors que la violence augmentait et que la situation politique se détériorait, je ne pouvais plus retourner avec ma famille dans notre appartement dans le quartier chrétien. Le seul fait que je portais une carte d’identité qui montrait que ma religion de naissance était l’islam et que je parlais arabe avec un accent palestinien aurait signifié un assassinat automatique si les phalangistes m’avaient attrapé. Je sus plus tard que l’un des chefs phalangistes qui patrouillait dans la zone où j’habitais, confia à un voisin chrétien qu’il ne savait pas que j’étais d’origine palestinienne et musulman. Il regrettait sans doute le fait que j’avais filé entre leurs doigts.

 

Dans l’impossibilité de retourner à notre appartement dans le secteur chrétien de Beyrouth Est, je décidais d’envoyer ma famille à Chicago pour quelques mois jusqu’à ce que la situation au Liban se stabilise. J’avais prévu de rester au Liban et d’utiliser l’une des pièces de mon bureau comme résidence temporaire. Mon bureau était situé dans le secteur musulman de Beyrouth Ouest. À la veille du départ de ma famille pour Chicago, j’allais rendre visite au Docteur. Je lui demandais s’il pouvait écrire une prière pour ma famille afin que leur déménagement en Amérique soit sain et sauf. Docteur Dahesh écrivit un ramz, une prière daheshiste, alors que j’étais assis à côté de lui. Il demandait à Dieu Tout Puissant de protéger ma famille. Il plia le ramz et me dit que le matin suivant je devais le recopier exactement comme il l’avait écrit et que je devais le brûler avant que ma famille quitte l’aéroport. Le matin suivant, je dépliais le ramz et le recopiais, mais ce qui était écrit avait changé. Au lieu de la prière du Docteur Dahesh, il y avait un message spirituel terrifiant. Il déclarait que Dieu est très patient, mais qu’il est aussi un Seigneur juste et attentif. Il était aussi mentionné dans le message que le Prophète Bien Aimé avait vécu auprès des libanais et que pendant plus de 33 ans il avait essayé de corriger leurs mauvais chemins et les ramener dans le droit chemin du droit et du salut. Au lieu de l’écouter et de suivre ses conseils pour leur salut, ils le diffamèrent et le calomnièrent. Ils le persécutèrent et le rejetèrent et lui causèrent beaucoup de souffrance et de douleur. À cause de toutes ces raisons, Dieu Tout Puissant allait les frapper si fort qu’ils ne pourraient jamais s’en remettre.

 

Vers la fin 1975, la maison du Docteur devint un endroit de plus en plus dangereux. Presque chaque jour, des roquettes de Beyrouth Est tombaient autour de la maison daheshiste. Le plus souvent, elles rataient, mais parfois elles touchaient la maison. Souvent nous étions assis dans la maison, loin des endroits exposés dangereusement quand soudain une roquette touchait un coin ou un mur dans le vieux bâtiment qui vibrait sur ses fondations.

 

Un jour, je me souviens d’une roquette qui toucha le toit du bâtiment et qui manqua d’arracher tout le toit. Elle laissa un grand trou dans le plafond et il fallu plusieurs jours pour le remettre en état. À une autre occasion, je me souviens être venu rendre visite au Docteur un matin et je trouvais toute la rue menant à la maison quadrillée par les experts en déminage. Apparemment, un frère daheshiste avait remarqué une chose anormale attachée sous sa voiture qui était garée devant la maison du Docteur Dahesh. Inspectant sa voiture, il remarqua des explosifs collés dessous. Immédiatement, il appela les démineurs qui la désamorcèrent. On me dit plus tard qu’ils eurent beaucoup de chance que la bombe n’ait pas explosé car si elle l’avait fait, elle aurait totalement démoli la maison.

 

Un après-midi, je vins rendre visite au Docteur avec mon frère Ali qui vivait alors temporairement dans mon bureau avec sa famille. J’avais évacué la plupart des bureaux à son usage, ne gardant qu’une petite pièce dans laquelle je dirigeais les affaires de la société et où je dormais. Nous passâmes quelques heures dans la maison du Docteur et plus tard quand il fut temps pour moi de partir, Ali m’informa qu’il allait passer la nuit dans la maison du Docteur avec d’autres frères daheshistes. Il me demanda de dire à sa femme de ne pas s’inquiéter pour lui.

 

Le matin suivant, un frère daheshiste vint à mon bureau et m’informa que la maison du Docteur avait subi une forte attaque de roquette la nuit précédente et que Ali avait été légèrement blessé. Je lui demandais où était mon frère et il me dit qu’il l’avait amené aux urgences de l’hôpital. Je sentis que quelque chose n’allait pas et je partis immédiatement avec le frère daheshiste à l’hôpital où il avait emmené Ali. Les urgences de l’hôpital se trouvaient être le grand sous-sol d’un lycée qui avait été converti en clinique improvisée, utilisé pour les cas urgents.

 

La clinique était remplie de blessés ; plusieurs infirmières et quelques médecins étaient occupés à traiter les patients. Je demandais à un médecin de m’indiquer où était Ali. Il me guida vers une section qui semblait accueillir les plus sérieusement blessés. Lorsque je vis mon frère, je fus frappé d’horreur et je sentis le toit me tomber sur la tête. Je me rendis tout de suite compte que Ali était sérieusement touché, peut être mortellement. Sa tête était enflée et il était inconscient. Je posais au médecin qui m’avait amené à Ali des questions sur l’état de mon frère et si c’était sérieux. Il ne voulut pas me donner de mauvaises nouvelles, mais à l’expression de son visage et aux remarques indirectes qu’il fit, je sus qu’Ali était dans un état critique. Le Docteur suggéra que j’amène Ali de toute urgence à l’hôpital de l’Université Américaine où il pourrait peut être faire quelque chose pour lui et me donner un bon diagnostic de son état.

 

À l’hôpital de l’Université Américaine, Ali fut admis immédiatement aux urgences. Deux heures passèrent et je n’avais encore aucun avis du médecin sur l’état de Ali. À ce moment là, toute la famille avait su ce qui s’était passé. La femme et les enfants de Ali, ma mère, mes sœurs, et le reste de la famille vinrent à l’hôpital. Nous attendions tous et espérions qu’Ali s’en sortirait. Ce ne fut pas le cas. Les médecins qui l’avaient examiné et radiographié nous dirent qu’il avait un éclat d’obus dans le cerveau. Techniquement son cerveau était mort, mais il était un jeune homme robuste et son cœur battait encore. Le pronostic du médecin était clair, Ali était mort.

 

Je ne pouvais pas croire que mon frère était parti. Je me précipitais à la maison du Docteur Dahesh espérant et priant que le Prophète Bien Aimé pourrait encore l’aider. Lorsque j’arrivais, la maison était sous le choc. Tous les frères et sœurs daheshistes qui avaient entendu parler de l’accident d’Ali la nuit précédente étaient effondrés. Je demandais au Docteur s’il y avait quelque chose qu’il puisse faire pour aider mon frère car son cœur battait encore et peut être avait-il une chance de s’en sortir. Docteur Dahesh m’amena dans une pièce adjacente, et pour la première fois de ma vie, je vis des larmes couler de ses yeux. Il me dit qu’il aimait beaucoup mon frère, mais que la volonté de Dieu tout puissant devait être faite. Il fit un ramz dans lequel il demandait à Dieu tout puissant de faire ce qui était le mieux pour Ali. Il le brûla et plaça les cendres dans un papier jaune qu’il me tendit pour que je le garde.

 

De la maison du Docteur, je me précipitais à l’hôpital, espérant qu’un miracle spirituel sauverait Ali. Vers cinq heures le soir, je quittais l’hôpital et rentrais chez moi. Je ne pouvais plus supporter la vue de ma mère, la femme d’Ali et le reste de la famille pleurant à l’hôpital d’un chagrin désespéré. Je m’assis à mon bureau, anticipant la mauvaise nouvelle à tout moment. Vers 18h30, le téléphone sonna et on me dit que Ali était officiellement mort. Son cœur avait cessé de battre à 18h.

 

Ce fut pour moi une tragédie de perdre mon frère le plus proche. Non seulement il était mon frère de sang, mais aussi un frère daheshiste dans l’âme, et c’est lui qui m’avait présenté au Docteur Dahesh. Après avoir entendu cette triste nouvelle, je retournais à la maison du Docteur Dahesh, le cœur gros et douloureux. J’y retournais sans raison particulière, juste parce que je sentais que j’avais besoin d’être près de la présence réconfortante du Docteur. Lorsque j’arrivais, je sentis l’atmosphère triste de l’endroit. Docteur Dahesh était sans doute le plus triste de tous. Ces yeux étaient remplis de larmes. Plus tard, Zeina me dit que de toute sa vie avec Docteur Dahesh, elle ne l’avait vu pleurer que deux fois. La première fois était lorsque son ami très cher le Docteur Khabsa était mort et la seconde fois lorsque Ali mourut le 15 décembre 1975.

 

J’ouvris le papier jaune dans lequel les cendres du ramz spécial avaient été placées. Je fus étonné de voir que les cendres avaient été changées en une nouvelle prière ramz. En l’ouvrant, je trouvais à la place du ramz original deux messages spirituels. Le premier, traduit de l’arabe est le suivant :

 

 

       Cher Salim,

 

       Béni est tout daheshiste qui part dans l’autre monde après

       Avoir fait un sacrifice pour le Message et le Prophète Bien

       Aimé, car alors son degré spirituel sera sublimé et sa joie

       Éternelle. J’ai dit béni est tout daheshiste qui part, je n’ai

       Pas dit qui meurt, car il n’y a pas de mort. Il n’y a qu’une

       Transformation d’un état à un autre - d’un état d’ignorance

       à un état de connaissance spirituelle totale, si on mérite le

       Degré de Connaissance.

       Et ton frère Ali, ce frère qui s’est battu pour le Message avec

       Ses mots, son cœur, son esprit et ses sentiments et a été

       Totalement loyal et aimant envers le Prophète Bien Aimé,

       il a été récompensé par la Providence Divine :

       sa récompense a été un monde extrêmement glorieux,

       Enchanteur et captivant où le bonheur est spirituel

       et la félicité éternelle.

       De plus, de ce monde lointain et heureux, il sauvera

       Tes enfants d’un danger imminent qui ne peut qu’avoir lieu.

       Ton frère, à travers une grande aide spirituelle, l’empêchera

       De se produire. Rend louange à Dieu et soit dévoué

       À tes croyances car alors ta récompense sera spirituelle

       Et éternelle car tu vivras dans la félicité éternelle pour

       toujours.

 

(Signé)

Père Nahum (1)

 

 

 

(1) Père Nahum est un prophète biblique mentionné dans l’Ancien Testament. Il donnait souvent des messages spirituels à travers Docteur Dahesh.

 

 

 

Le second message spirituel est le suivant :

 

       Cher Salim,

 

       Tôt ou tard, chaque âme goûtera la mort. Mais en ce qui

       Concerne le vrai croyant, Ali Kombargi, dont la croyance

       Dans le sublime message Daheshiste et son Prophète Bien

       Aimé était absolue, et qui maintenant habite le Planète

       De la Splendeur, nous t’informons de la bonne nouvelle

       Qu’il est parmi les plus heureux, submergés de délices

       Spirituels ; aucune plume humaine n’est capable de décrire

       Cette félicité éternelle.

       Le dernier Sayal de ton frère Ali devait le quitter le

       15 décembre 1975. Quelqu’ait été l’endroit où se trouvait

       Ali à cette date, son Sayal devait le quitter - qu’il soit à

       Beyrouth ou dans une autre ville, s’il marchait dans la rue

       Ou endormit dans son lit ou au travail, lorsque le

       15 décembre 1975 arrivait et à cette heure précisément

       Définie, son dernier Sayal devait le quitter.

       Pourquoi il mourut à la Maison du Message et son sang fut

       Versé par terre suite à une explosion, nous allons t’informer

       De pourquoi cela s’est déroulé et pourquoi ses sayals l’ont

       Quitté à la Maison du Grand Message.

       Cet incident s’est déroulé afin que l’histoire l’enregistre,

       Immortalisant le nom d’Ali. Car au lieu de dire qu’Ali est

       Mort en marchant le long de la rue ou au travail ou

       Mangeant son repas, l’histoire se souviendra qu’Ali donna

       Sa vie en martyr alors qu’il protégeait le Prophète Bien

       Aimé et la maison du Prophète Bien Aimé et ceci élèvera

       Son nom.

 

 

(Signé)

Père Nahum

 

 


 

Chapitre Dix Septième

 

Environ deux semaines après le décès d’Ali, je partis pour les Etats Unis afin de rejoindre ma famille. De là, je continuais de voyager intensément pour affaires au Moyen Orient. Pendant ce temps, la situation politique du Liban ne s’améliorait pas. En fait, les combats et le niveau de désordre et de violence augmentait, créant encore plus de détériorations et de chaos dans le pays.

 

En 1976, Docteur Dahesh put enfin quitter le Liban pour les Etats Unis. J’étais parmi les daheshistes qui l’accueillèrent à l’aéroport Kennedy à New York. Dès qu’il mit le pied en Amérique, Docteur Dahesh fut accueilli avec amour et dévotion par ses partisans et surtout par une sœur daheshiste dévouée et sa famille. L’attention, le soin et la loyauté que cette famille dévouée montrait à leur Docteur Bien Aimé fut réellement sans équivalent. Il les aimait beaucoup et se sentait heureux avec eux. Où qu’il aille, ils étaient à côté de lui, s’occupant de ses besoins et ses souhaits. Docteur Dahesh appréciait l’attention et l’amour qu’il lui donnait. Cela remplissait son cœur de satisfaction et de joie. Il suffit de lire la série de 20 volumes «Jardins des Dieux» et «Paradis des Déesses» pour apprécier l’étendue de l’amour, la gratitude et la louange qu’il sentait envers cette noble sœur et son également noble famille.

 

Aux Etats Unis, et pendant ses nombreux voyages dans d’autres pays, Docteur Dahesh, avec le soutien sans limites de cette famille daheshiste dévouée continua son travail divin monumental en posant des bases de sa nouvelle religion. Il fortifia les fondations littéraires et culturelles du Daheshisme en écrivant plusieurs autres livres. Il enrichit la bibliothèque daheshiste en achetant des milliers de livres dans des librairies en Amérique et dans d’autres pays. C’est aussi pendant ses voyages en Amérique qu’il commença des travaux de préparation pour l’immense travail d’étendre et d’élucider l’héritage spirituellement riche de la philosophie daheshiste.

 

Je restais en contact avec le Docteur Dahesh et son nouvel environnement. Mais mes visites malheureusement devinrent moins fréquentes. L’une des raisons est qu’il voyageait beaucoup, soit à l’étranger, soit aux États Unis. Lorsqu’il ne voyageait pas, il passait la plupart de son temps autour de New York. Je vivais à Chicago avec ma famille, mais la plupart de mon temps, j’étais en voyage d’affaires au Moyen Orient. Malgré cela, à chaque fois que je rentrais en Amérique, je m’arrêtais à New York pour voir le Docteur Dahesh lorsqu’il était là. Il me rendit visite deux fois à Chicago.

 

En 1978, Docteur Dahesh retourna dans sa maison au Liban. À cette époque, la situation politique du pays semblait s’être améliorée superficiellement. Il y avait une accalmie temporaire dans les combats entre les antagonistes chrétiens et musulmans. Même si aucune faction n’était d’accord sur une solution politique, chacun se rendait compte qu’il ne pouvait imposer sa volonté par la force des armes.

 

Docteur Dahesh resta à Beyrouth jusqu’en 1980 et pendant ce temps, il publia au moins vingt volumes de ses livres. Il supervisait méticuleusement le travail et les illustrations de chaque volume qui devait être imprimé. La tache de mener à bien un montant aussi colossal de travail de première qualité dans une situation volatile et potentiellement explosive était réellement un exploit impressionnant. Toute la maison daheshiste ressemblait à une imprimerie où plusieurs frères et sœurs daheshistes étaient occupés à développer des films et des photos, des œuvres d’art pour être utilisées dans le livre. D’autres allaient chaque jour aux imprimeries pour vérifier que tout était correct et de grande qualité, tel que le Docteur l’avait souhaité. En 1981, le Docteur Dahesh quitta le Liban pour un séjour aux Etats Unis. Encore une fois, il fut reçu à bras ouverts par la même sœur daheshiste et sa famille. Ils continuèrent d’être avec lui, l’amenant où il voulait et l’assistant dans toutes les entreprises qu’il voulait accomplir. Il écrivit encore d’autres livres inspirés et indiqua les directions que devait prendre le Message Daheshiste.

 

Le 6 juin 1983, je rencontrais Docteur Dahesh à Genève, en Suisse, six jours après son 74ème anniversaire. Je fus le témoin pendant cette visite d’un grand nombre de miracles et je reçus un message spirituel concernant la fin du monde (1).

 

L’héritage spirituel et culturel unique du Docteur Dahesh sera pour toujours un phare de salut spirituel et d’espoir pour l’humanité, inégalé dans les annales de l’histoire humaine. C’est un héritage qu’il n’a pas déduit des livres de sagesse, ni un héritage spirituel qu’il a acquit de ses connaissances personnelles et de son expérience. Docteur Dahesh amena au monde un message divin qui lui a été remis de là-haut, un message religieux de Dieu, attesté par des révélations et miracles spirituels et supranaturels. Il y eu des milliers de miracles et révélations daheshistes, les gens qui en furent témoins et en confirmèrent l’existence étaient des milliers. Ceux qui étaient témoins des miracles du Docteur Dahesh admettaient que ce qu’ils voyaient étaient des miracles et ne pouvaient pas être expliqués autrement. Mais malgré cela, certains ne voulaient pas changer leurs modes de vie et suivre le Docteur et son nouveau message spirituel.

 

Malheureusement, tout ceux qui furent témoins des révélations et miracles du Docteur Dahesh ne réalisèrent pas que Dieu Tout Puissant avait donné le pouvoir au Docteur Dahesh de faire ses miracles spirituels pour que les gens écoutent et tiennent compte de son Message.

 

Tout le monde ne réalisa pas que les miracles qu’il faisait étaient le sceau de la prophétie tout comme Moïse et Jésus l’avait reçu avant lui.

 

Au delà de l’identité spirituelle du Docteur Dahesh et au delà du fait qu’il réalisa des milliers de miracles inspirant une crainte révérencieuse, quel était la dynamique principale de son message spirituel et de sa philosophie ? Disait-il aux gens quelque chose de si bizarre et hors de propos qu’ils n’auraient pas pu y réfléchir ? Essayait-il d’enseigner une philosophie qui contredisait les enseignements de Moïse, Jésus et Mohammed ? Ou proclamait-il quelque chose de complètement absurde ou en opposition avec les connaissances et découvertes scientifiques modernes ? Avait-il essayé de faire appel aux inclinaisons sauvages des gens, en leur disant ce qu’ils voulaient entendre ? Ou avait-il encouragé ses disciples à avoir des pratiques mystiques dangereuses et inhabituelles ? Non, mille fois non.

 

 

 

(1) voir texte page 107

 

 

Docteur Dahesh avait un message spirituel à livrer, sans tenir compte de ce que les gens pensaient. Il avait un travail divin à réaliser, faire la volonté de Dieu et dire la vérité spirituelle à qui voulait l’entendre. Il essayait de distiller dans le cœur des gens, les valeurs basiques et éthiques du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam. Il apprenait aux gens à mettre en pratique les valeurs éternelles et universelles de la décence, la bonté, l’honnêteté, la compassion et de faire aux autres ce que vous souhaiteriez qu’ils vous fassent. Car sans ces valeurs, la vie n’aurait pas de sens. La philosophie daheshiste complétait les religions judéo-chrétiennes et musulmanes, mais avec plus de clarté et d’explications. Le message daheshiste est une religion moderne et dynamique à l’intention du 20ème siècle et au delà. C’est aussi une philosophie religieuse visant l’homme moderne rationnel. Aucune autre religion avant le daheshisme n’a révélé autant de secrets spirituels concernant la vie et la mort. Le daheshisme annonce avec emphase la fondation basique spirituelle de toute chose dans la nature. Il révèle aussi que le secret extraordinaire de toute la matière, incluant les substances inanimées qui sont en fait vivantes et sont des objets conscients. Seul le daheshisme parmi les autres religions dévoile clairement les corrélations spirituelles indubitables entres les causes et leurs effets, et découvre les secrets spirituels de la vie et de la nature que les physiciens nucléaires commencent seulement à découvrir. Je me réfère à la découverte scientifique concernant les composants de la matière (particules atomiques) qui a été découverte comme étant en perpétuelle transformation. L’anihilation et la re-création des particules sub-atomiques qui a lieu perpétuellement dans les atomes de la matière prouvent que les formes physiques sont fondamentalement momentanées et sans réalité permanente. Cette découverte scientifique qui met en avant la nature changeante et insaisissable de la matière est un soutien et un crédit à l’assertion daheshiste que tous les sayals physiques (toutes les formes et objets) sont fondamentalement illusoires et transitoires. La philosophie daheshiste n’est pas un phénomène mystique oriental comme ceux qui affirment que le monde n’est ni bon ni mauvais et ne peut être que ce qu’il est. Le daheshisme n’affirme pas que l’accomplissement spirituel ne vient que de la pure contemplation ou en s’asseyant tranquillement et en étant maître de l’art du non-sens et du paradoxe : en d’autres mots, ne rien faire et attendre passivement sans être concerné par la souffrance et la misère du monde, et espérant que la lumière spirituelle viendra dans un flash spontané, révélant par degrés les secrets de l’univers. Comment pouvons-nous avoir une telle revendication, nous, mortels !

 

La religion daheshiste n’accepte rien de cela et proclame haut et fort que le monde est très mauvais et au bord de l’autodestruction à cause de tous ses péchés. Le daheshisme dit au monde qu’il a un besoin urgent d’un réveil spirituel de grande proportion s’il souhaite éviter un désastre. Il dit aussi haut et fort que les récompenses spirituelles et l’enrichissement ne peuvent venir que d’une participation positive et active à ce monde, en nous aidant les uns, les autres à comprendre la nécessité de modifier notre mode de vie spirituel pour le meilleur. La philosophie daheshiste nous apprend que la paix dans le monde et la bienveillance entre les hommes seront toujours un rêve lointain et inaccessible tant que l’homme sera guidé par le matérialisme et l’envie. Elle nous apprend aussi que c’est seulement à travers des efforts spirituels disciplinés et nobles que nous serons capables de surmonter notre misère et nos souffrances et d’obtenir la justice, le bonheur réel et la tranquillité pour tous.

 

La moralité, l’éthique, la compassion, l’implication pour faire du monde dans lequel nous vivons un endroit meilleur, et aimer et obéir à Dieu Tout Puissant et ses lois : voilà de quoi traite la religion daheshiste. En conclusion, ce que j’ai appris du Docteur Dahesh entre autres choses sont les suivants :

 

Premièrement, la race humaine est une part infinitésimale de l’univers physique qui est rempli de millions d’autres civilisations. Nous occupons une très modeste et basse place dans l’ordre universel des choses. En d’autres mots, nous ne sommes pas proches des plus intelligents ou des plus privilégiées des créatures divines. Mais nous sommes quand même une partie de son Royaume et en conséquence inclus dans son amour, sa pitié et sa grâce infinis.

 

Deuxièmement, nous vivons dans un univers physique où les causes et leurs effets (causes spirituelles) forment une toile imbriquée de relations interconnectées qui gouvernent tout dans la nature. En d’autres termes, tous les événements dans la nature, incluant la maladie, la peste, les calamités, la famine, les inondations, etc... ont lieu pour des raisons spirituelles. Les causes et les raisons spirituelles peuvent ne pas être apparentes et souvent nous ne savons pas faire le lien. Normalement, nous expliquons les événements externes non spirituels, sans être au courant des causes spirituelles derrière l’événement. Les révélations daheshistes mettent clairement en valeur les connexions entre les causes spirituelles et leurs effets. «Car ce que l’on sème, on le récolte» (Épître aux Galates 6:7).

 

Troisièmement, nous sommes une partie d’un univers physique dans lequel la dualité du physique et du spirituel, l’aspect double des sayals sont combinés pour former les blocs de construction de l’univers. Les doubles sayals spirituels et physiques sont interconnectés et reliés dans toutes les formes et les objets de l’univers. Les sayals sont en état constant de changement et de transformation, d’annihilation et de re-création (réincarnation). La loi universelle de transformation et de changement des sayals est l’une des réalités fondamentales de la nature et c’est la cause et la raison de tous les événements qui se déroulent dans l’univers. En bref, quelque part, un jour ou l’autre et dans une forme ou une autre, nous, ainsi que tout dans l’univers, existons depuis le début et existerons toujours.

 

Quatrièmement, l’univers et chaque partie a une origine spirituelle et est pénétré de conscience. En conséquence, aussi étrange que cela puisse paraître, tous les éléments de la nature sont des objets vivants et dynamiques capables de faire la différence entre le bien et le mal. Tout objet de la nature (le temps est hors sujet) est sujet aux lois divines de réincarnation qui implique que nous sommes (et tout dans la nature) ce que nous méritons d’être.

 

Cinquièmement, nous tenons la clé de notre bonheur ou notre malheur, de nos propres récompenses ou nos propres punitions. À travers nos propres pensées et nos propres actes. Tout ce que nous voyons autour de nous d’infortune et de félicité sont amenés par nos propres faits. Le terme « nos propres faits «se réfère aux pensées et aux actes que nous faisons librement à travers le cycle sans fin des vies, naissances, morts et réincarnations.

 

Sixièmement, l’univers et tout ce qu’il contient sont des créations divines et nous sommes gouvernés par des lois spirituelles. Dieu est plus glorieux, plein de pitié et juste sans exception, il récompense ceux qui méritent récompense et il punit ceux qui méritent punition, soit dans leur vie actuelle, soit dans leurs vies futures.

 

Quoiqu’il nous advienne, quelques soient les conditions dans lesquelles nous vivons, et quelque soit la forme que nous prenions, tout est mérité justement. Dieu a aussi infiniment de pitié et nous avons donc toujours la possibilité de changer la condition dans laquelle nous sommes à travers nos pensées et nos actes. Les principes daheshistes, principalement les lois divines de réincarnation et la conscience de tout objet dans la nature avec sa capacité à différencier le bien du mal, sont des assertions mentionnées dans d’autres religions. Elles sont clairement mentionnées dans la Bible et le Coran et malgré tout elles ont pu ne pas être reconnues et complètement comprises.

 

La Bible et le Coran se réfèrent indirectement à la réincarnation et il y a beaucoup de versets dans ces deux livres saints qui font référence à des éléments de la nature comme possédant la connaissance et la conscience. Par exemple, dans le livre de Marc, chapitre 4, verset 39 :

«S’étant réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi !» Et le vent tomba et il se fit un grand calme.».

 

Un autre exemple dans le Coran, Sourate Le Pèlerinage, verset 18 : « Ne vois-tu point que, devant Allah, se prosternent ceux qui sont dans les cieux et ceux qui sont sur la terre, de même que le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux et beaucoup d’Hommes ?»

 

En plus de ces deux versets saints qui indiquent clairement que les éléments et tout dans l’univers possède pensée et conscience et qu’ils ont la capacité de comprendre et de vénérer Dieu, un nombre de physiciens éminents parlent maintenant de conscience et de matière comme éléments inséparables. Par cela, ils sous entendent que la réalité de la matière est inexorablement liée à la pensée et à la conscience. Les daheshistes amènent cette notion une étape plus loin, affirmant que la réalité de la matière (formes et objets) n’est pas seulement liée par la pensée et la conscience mais qu’ils sont eux-mêmes les aspects physiques temporaires et spécifiques des sayals. Tout autour de nous, voitures, maisons, arbres, gens, animaux, collines. Tout, que ce soit fabriqué par l’homme ou propagé par la nature reflètent un état et un niveau temporaire des sayals dont ils sont constitués.

 

Lorsque les scientifiques nucléaires sondent l’intérieur des structures infiniment petites des pierres ou du fer ils ne trouvent pas de la matière solide massive ou de la matière indestructible. Au lieu de cela, ils détectent des particules d’énergie active, fluides et dynamiques. Ils détectent des particules atomiques qui sont soumises à un processus constant de transformation et de changement.

 

Une autre réalité que le daheshisme a introduit exceptionnellement au monde est le concept de sayal. Le concept de sayal en constante évolution comme étant la fondation matérielle et spirituelle de l’univers physique et la raison pour tous les changements et transformations qui prennent place dans cet univers, est réellement l’une des révélations spirituelles les plus remarquables jamais révélé par une religion.

 

Enfin, le Docteur Dahesh, en plus d’être le Prophète Bien Aimé et le fondateur de la religion daheshiste, est aussi un auteur talentueux et le fondateur de la bibliothèque daheshiste, un expert d’art et le conservateur du Musée Daheshiste. Par dessus tout, il est, à mon opinion, le plus grand enseignant de tous les temps. Il nous appris de toujours penser par nous même, d’être tolérant et patient avec ceux qui ne sont pas d’accord avec nous, mais en même temps de ne pas s’excuser ou rester sans défense avec ceux qui essaient de nous faire du mal. Docteur Dahesh nous a appris à ne pas considérer les choses pour leur valeur extérieure et à ne pas se laisser impressionner par les apparences, car les apparences n’ont pas de substance. C’est une haute qualité spirituelle qui est la substance des individus et des nations. On nous a dit d’être des individus alertes, attentionnés, décents, compatissants et fiers, activement impliqués dans le monde, car seulement à travers une implication positive, on peut trouver un accomplissement spirituel et des récompenses. Le Docteur Dahesh nous dit de faire attention de ne pas être pris par le brillant du progrès matériel et de la fortune, de ne pas être balayé par la superficialité brillante de l’époque moderne. Par dessus tout, nous devons juger les individus et les choses pour ce qu’elles sont vraiment en appliquant l’ancienne règle biblique : «C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.» (Matthieu 7:16). Cette règle simple contient toute la sagesse dont on a besoin pour éviter les déceptions et les surprises lorsqu’on traite avec des individus et des sociétés.

 

Par exemple, on ne doit pas s’attendre à ce qu’un sayal matérialiste apprécie une leçon sur la spiritualité ou le besoin moral de partager avec les autres, ni d’attendre un traitement de compassion et indulgent de gens cruels et insensibles.

 

Enfin, je souhaiterai terminer ce livre avec cette note finale, Docteur Dahesh devint de plus en plus désespéré et pessimiste sur l’aspect sans remords de la race humaine. Dans beaucoup de ses écrits tardifs et de ses remarques aux frères et sœurs daheshistes, il prévenait du désastre imminent qui attendait le monde. Docteur Dahesh fut de plus en plus convaincu que cette terre et ses habitants devenaient de plus en plus mauvais et coupables. Comme s’est arrivé au temps de Noé, si la race humaine ne corrige pas rapidement ses mauvaises habitudes, elle devra faire face à une destruction imminente. Cette fois, Dieu laissera l’homme s’auto détruire dans une anhiliation nucléaire. Les signes menant à cette catastrophe pointent un peu partout. Il suffit de regarder avec un esprit ouvert pour se rendre compte que nous allons effectivement dans cette direction. La disparition générale des valeurs morales et spirituelles affecte toutes les nations et sociétés du monde. Violences et guerres ont lieu fréquemment pour régler des différents et des disputes. L’exploitation des gens et des ressources naturelles par l’envie et pour l’argent sous des déguisements et des prétextes créent des inimitiés, détruit la solidarité humaine et plante les graines des conflits sanglants et de troubles sociaux.

 

Ce sont quelques uns des maux qui nous guettent. S’ils ne sont pas résolus, ces vices moraux qui s’aggravent, ces contradictions nous détruirons car nous vivons dans un monde rempli d’armes nucléaires de destruction massive, un monde qui est malheureusement dominé par des hommes égoïstes et superficiels. Le dernier message spirituel que je reçu du Docteur Dahesh était à l’origine une prière écrite qui s’est miraculeusement transformée en ce message spirituel.

 

 

       Cher frère,

 

       L’heure du jugement est très proche - cette grande heure de

       Terreur et de peur indescriptibles. Car pour Dieu, mille ans

       N’est qu’un seul coup d’œil.

       Malheur aux habitants de la terre à cette heure terrible

       D’horreur et de peur. Le mal est ancré dans la vie et les

       Luxures interdites sont commises partout. Chacun s’est

       Permis des péchés interdits, obéissant à l’appel du mal.

       C’est pour cela que tous méritent de mourir d’une mort

       Terrible et finir dans les mondes infernaux. Tu as compris la

       Vérité et tu as senti le pouvoir éternel de l’Esprit. Prie Dieu

       Pour qu’il te récompense, en t’autorisant à habiter dans un

       Monde heureux et lumineux. Aussi, souviens-toi que tout

       Retourne au néant et que la seule réalité qui durera

       Éternellement est la réalité spirituelle qui permettra à la

       Personne d’habiter dans un monde paradisiaque de

       Bonheur et félicité éternels.


 

Appendice A

Les Sayals (1)

 

Dans la philosophie daheshiste, les sayals sont considérés comme les blocs de construction ou le «tissu» de l’univers. Car l’origine de l’univers est spirituelle ainsi que son essence et sa substance. Même la matière est un état spirituel dont l’existence en tant que telle est définie par des causes spirituelles. Nous ne savons pas tout sur les sayals, mais ce que nous connaissons sont certaines de leurs formes physiques et leurs manifestations spirituelles.

 

Les sayals sont des entités à pouvoir spirituel. Toute l’existence est faite de sayals aussi infiniment divers en genres et en caractéristiques que la vie et la nature.

 

Leurs degrés spirituels sublimés ou dégradés est toujours un facteur déterminant pour leur niveau d’existence. La matière n’est rien d’autre que des sayals spirituels condensés. Dans un monde physique, les sayals spirituels sont fondus avec les éléments matériels du monde dans lequel ils méritent d’être réincarnés. Et l’entité spirituelle qui est née de cette fusion se manifeste aussi bien dans des aspects physiques ainsi que spirituels. C’est pourquoi on peut dire que dans tout l’univers physique, les sayals ont des doubles caractéristiques physiques ainsi que spirituelles interdépendantes et corrélées.

 

L’aspect physique des sayals est tout ce qui est visible et mesurable. Il peut prendre ou posseder la forme d’un humain, un animal, un arbre, une montagne, etc... En somme toute la matière et l’énergie.

 

Les aspects spirituels connus des sayals consistent en des pensées, émotions, sentiments, instincts, connaissances et caractères... attributs de la conscience. Et puisque la matière, est un condensé de sayals spirituels, son essence et sa substance sont de la même nature. Le daheshisme considère que les lois de la physique sont aussi des lois divines. Les outrepasser entraine une punition qui se reflète dans les dommages physiques reçus par le transgresseur. Comme les deux aspects des sayals, le physique et le spirituel sont interdépendants et en corrélations, en conséquence tout ce qui est animé ou inanimé a une origine spirituelle et est en réalité dynamique et possède une conscience. En d’autres termes, toute matière et énergie possèdent une conscience. Par exemple, un homme ou un animal sont composés de matière et de conscience en même temps. De la même manière, une pierre qui nous apparait comme de la matière est aussi conscience et matière à la fois.

 

 

 

(1) Sayal est un mot arabe dont l’exacte traduction en français est «fluide». Le pluriel du mot Sayal en arabe est sayalat. L’auteur a préféré utiliser le terme arabe sayal au lieu de «fluide» et d’utiliser la forme française sayals au pluriel au lieu de l’arabe sayalat.

 

 

Le physicien Werner Heisenberg, lauréat du Prix Nobel de physique et auteur du livre «Physics and Beyond» dit dans son livre «Across the Frontiers» : «les lois de la vie ont leur origine au-delà de leur manifestation physique et nous contraignent à examiner leur source spirituelle»(1).

 

La philosophie daheshiste met en avant le fait que tout ce qui est physique est à la fois matière et conscience. Elle ne fait pas non plus de différence entre objets vivants ou non vivants. Le docteur Dahesh nous révéla que la distinction entre objets vivants ou objets non vivants n’est qu’une perception humaine qui n’a pas de base dans la vérité. Toute matière ou énergie vit comme des objets conscients. Cette idée daheshiste d’interdépendance et de corrélation entre les aspects spirituels et physiques des sayals est une idée extrêmement difficile à expliquer, même si c’est un principe basique de la philosophie daheshiste. Simplement dit, la nature, le caractère, le type et les conditions de toute manifestation physique des sayals ne peut être que la réflexion de sa réalité spirituelle profonde. Nous lisons dans les mots du physicien Capra : «La clarification du concept de l’ordre de l’univers dans un domaine de recherche où la matière et l’esprit sont de plus en plus reconnus comme étant une réflexion de l’un sur l’autre, promet d’ouvrir des frontières fascinantes à la connaissance» (2).

 

La connexion et la corrélation entre l’aspect physique-spirituel des sayals ont été soulignés d’innombrables fois à travers les révélations spirituelles et les écrits inspirés du docteur Dahesh. Des centaines de miracles ont prouvé sans aucun doute que le monde de l’Esprit qui n’est pas lié par nos lois peut changer des pensées en matière.

 

Ce que Docteur Dahesh a dit aux gens pendant plus d’un demi-siècle sur la nature changeante et illusoire de la matière (sayals physiques) à travers ses écrits inspirés et les révélations divines, je pense que les scientifiques sont juste en train de le découvrir et l’affirmer au travers de la physique moderne.

 

Les physiciens nous disent aujourd’hui que ce nous percevons comme de la matière solide n’est rien que de l’énergie et que l’énergie a des caractéristiques doubles : particule/onde. Le physicien Fritzof Capra défini les particules comme des «entités confinées dans un tout petit volume, alors que les ondes sont répandues dans une grande région de l’espace. alors ce qui apparait en réalité comme des objets solides peuvent aussi être des ondes d’énergie ou l’éngergie est toujours associée à l’écoulement, l’activité et le changement.» (3)

 

Au niveau de l’infiniment petit, la distinction entre les substances organiques et inorganiques (vivantes et non-vivantes) cesse d’exister et les physiciens découvrent, à leur grande surprise, que les particules d’énergie réagissent à l’information et semblent avoir une conscience.

 

Si le sayal spirituel dominant dans tout objet ou forme atteignait un plus haut niveau de connaissance et de sublimité à travers de nobles actions, et vice-versa, les manifestations physiques temporaires de cet objet ou forme changerait à travers la mort, la détérioration ou la désintégration et une nouvelle manifestation spirituelle-physique en corrélation apparaitrait à travers la loi de la réincarnation.

 

 

(1) Heisenberg, Werner, Across the Frontiers (Oxbow, 1990), p.xiv

(2&3) Capra, F., The Tao of Physics (Berkeley’s Shambala, 1975), p.351

 

 

La longueur moyenne pour chaque cycle de réincarnation est différente d’une créature à une autre. Par exemple, un homme peut vivre 100 ans, un arbre plusieurs centaines d’années, et une montagne ou une pierre plusieurs millions d’années, mais à la fin, tous périront et seront transformés.

 

L a loi divine de la réincarnation (transformation et changement) s’applique à tout dans la nature. Lorsque l’aspect physique des sayals disparait ou, en d’autres mots, lorsque l’objet ou la forme meurt, se détériore ou se désintègre, le Sayal spirituel dans cette forme ou objet est libérée. Il sera instantanément réincarné dans l’objet ou la forme qu’il mérite même si c’est à des millions d’années lumières.

 

Le sayal spirituel, quand il est complètement purifié, retourne à sa nature d’origine - l’Esprit. Alors il quitte le monde matériel et est intégré dans le monde pur des Esprits. (1)

 

 

(1) Pour une recherche plus approfondie de la Doctrine daheshiste, voir : Dr. Ghazi F. Brax, Daheshism : A spirituel Truth Attested by Miracles, conférence donnée dans la faculté de Droit (Université Libanaise) le 21 mai 1971 (Beyrouth : Al-Nisr al-Muhalleq Publishing co., 1971), voir aussi Dr. Ghazi Brax, Lights upon Dr. Dahesh and Daheshism, conférence donnée le 5 mars 1986 à la faculté de Religion comparée, Anvers - Belgique (New York : the Daheshist Publishing co., Ltd, 1986).

 


 

Appendice B

 

En tant qu’ingénieur étudiant, j’avais eu plusieurs opportunités de lire des livres sur la physique moderne. La science nucléaire, dans les années cinquante, était très intéressante et on en parlait beaucoup. Elle générait des débats sans fin et des prédictions de ce que le futur de l’homme et de son environnement pourrait être dans une ère nucléaire.

 

Je trouvais le sujet très intéressant. Je n’étais pas intéressé par les détails scientifiques et techniques de la nouvelle physique que je trouvais difficile et compliquée, mais plutôt par ses implications philosophiques que je trouvais réellement surprenantes. C’était comme quelqu’un se réveillant d’un rêve et se rendant compte que les sensations ressenties dans ce rêve, qui semblaient alors réelles, n’était dues qu’à son imagination.

 

Le message philosophique de la nouvelle physique qui m’est apparu, était très clair. Il disait que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être, et les lois de la nature sont fondamentalement différentes que ce que nous pensions. La nature apparaissait pleine de secrets et de surprises qui sont imperméables à notre logique et nos perceptions.

 

Bientôt mon attention se tourna vers d’autres sujets, et le sujet de la physique moderne ou de la mécanique quantique, fut enterré dans mon subconscient pour presque 30 ans. Il ne refit surface que lorsque ce que j’essayais d’expliquer le concept daheshiste des sayals. Mes pensées me ramenèrent vers ce que j’avais lu sur la physique moderne dans le passé. Tout me revint très vite et je pus voir clairement les connections entre l’interprétation daheshiste de la nature et ce que les physiciens disaient. Mon intérêt pour le sujet fut ravivé et je lus beaucoup de livres pour mettre à jour mes connaissances et m’aider à expliquer les vues daheshistes.

 

Les nouvelles théories et les nouveaux postulats quantiques ont émergé depuis les années cinquante. D’une manière ou d’une autre, toutes ces théories semblent tourner autour d’une évidence pointant l’existence d’un ordre spirituel qui gouverne tout dans la nature.

 

D’une perspective daheshiste, la physique moderne, ou la mécanique quantique est une science qui a révélé graduellement quelques uns des mystères les plus profonds de la nature. C’est une science qui s’approche de plus en plus près de la périphérie des secrets spirituels, et en faisant cela, elle commence à découvrir et confirmer une partie de ce que les daheshistes ont toujours su. Pour beaucoup d’entre nous, la physique moderne a changé notre vue de la nature et notre place au milieu d’elle. Cela nous a fait nous rendre compte que les réalités de la vie à leur niveau spirituel le plus profond restent au delà de nos sens – un secret caché et un paradoxe.

 

Je vais essayer d’illustrer ce que je veux dire par l’exemple suivant. Le bon sens nous dit qu’une grande pierre est un objet solide, sans vie et quasiment indestructible. C’est notre vue commune d’une pierre. Pour un physicien nucléaire qui sonde profondément à l’intérieur de la structure moléculaire de la pierre, il verra quelque chose de totalement différent. Il trouvera que la pierre est faite de molécules de différents éléments groupés ensemble par des forces électromagnétiques. Sondant encore plus profond dans la nature infiniment petite des molécules, le physicien découvrira une pierre, non pas comme un objet inerte et sans vie, mais comme un champ actif d’énergie concentrée, consistant, de manière imagée, d’une infinité de zones vides dans lesquelles quelques grains de particules tournent à une vitesse fantastique donnant à la pierre son apparence. Le physicien détectera aussi un processus continu de destruction et de renaissance des particules qui se déroule dans les atomes de la pierre. La réalité physique de la pierre, pourra conclure le physicien, n’est qu’une apparition trompeuse et une illusion.

 

Un daheshiste, comme le physicien, sera d’accord que la pierre est basiquement un objet transitoire, et que son apparence physique n’est qu’un état temporaire. Il confirmerait de même que la pierre est un objet actif, sujet à un processus de transformation et de changement.

 

Le daheshiste, cependant, insistera que la pierre a une origine spirituelle et que les transformations et les changements qui prennent place dans sa structure infiniment petite sont de nature spirituels. La pierre, dira un daheshiste, est en réalité un objet complètement conscient, et comme tout dans la nature, il est gouverné par les lois divines et universelles de la réincarnation.

 

Même si le parallèle entre l’interprétation daheshiste de la nature et l’opinion du physicien devient de plus en plus évident, les révélations spirituelles de la nature restent infiniment plus illustrées et révélatrices.

 

Alors que les physiciens s’approchent de plus en plus de la découverte du fonctionnement interne de la nature, ils ne pourront jamais complètement connaître ses secrets ultimes. Il y aura toujours des barrières spirituelles bloquant la découverte totale des secrets de la vie, parce que la vie et ses secrets internes sont essentiellement des phénomènes spirituels qui ne peuvent être que partiellement révélés. Car en réalité, l’homme ne mérite pas de découvrir tous les secrets de la vie !

 

 

 


 

Appendice C

 

Outre sa personnalité humaine, le docteur Dahesh a six autres personnalités spirituelles. Les Six Personnalités Spirituelles apparaissent sur la terre pour des raisons spirituelles. Les personnalités sont identiques au Docteur Dahesh en apparence et ne pouvaient pas être différenciées de lui.

 

Ces personnalités spirituelles identiques, ou extensions du docteur Dahesh, pouvaient sembler paraître pratiquement humains, mais en réalité elles ne l’étaient pas. Elles appartenaient à un ordre spirituel plus haut et en conséquence, elles n’étaient pas liées à nos lois physiques. Elles pouvaient apparaître et disparaître instantanément et pouvaient être à plusieurs endroits au même moment. Elles n’étaient pas concernées par la mort comme nous l’entendons sur terre et en général, elles n’étaient pas gouvernées pas notre expérience tri-dimensionnelle et nos lois. La personne qui a été exécutée par un peloton d’exécution en Azerbaïdjan et dont les photos furent prises et publiées était l’une des Six Personnalités du docteur Dahesh. La personnalité qui fut exécutée ne mourut pas réellement et le docteur Dahesh ne fut pas blessé.

 

De la même manière, les daheshistes croient que Jésus Christ avait aussi des personnalités spirituelles qui lui étaient identiques. Le Jésus qui fut crucifié, il y a deux mille ans, était l’une des personnalités du Christ. Puisque c’est la personnalité qui a été crucifiée, selon la philosophie daheshiste, Jésus Christ lui-même n’est pas mort et retrouva ses disciples plus tard. Mais, après la crucifixion d’une de ses personnalités, Jésus vécut en solitaire et seuls quelques uns de ces disciples le savaient.

 

 

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